DE LA POTION VVLNERAIRE
Or si l'altération de l'os et consoli-
été reproduit dans la note ci-devant, p. 586. Après quoi l'auteur reprend :
« Sembiableinent icy fault noter ce qui a esté dict à l'extraction des esquilles d'os, c'est que iama's (non plus qu'icelles) on ne doit extraire par violence les cscailles d'os, mais il est besoin d'attendre que Nature commence d'exfolier et ietlcr l'os altéré, régénérant chair sur le sain, pour le munir et défendre, tant de medicamentz aucune fois indeuement appliquez que de l'iniure de l'airexterieur, qui est totaiiement contraire aux os nudz, comme a esté dict. Pour ceste cause , fault euiter la téméraire application des medicamentz chauldz et acres, après que nature aura exfolié et iecté l'os carieux, de paour qu'ijz n'absument la chair régénérée pour la munition de l'os et instauration de la perdue , principalement si on voit qu'ellesoitbonne, sçauoir est qu'elle ne soit trop molle, spongieuse ou (comme dict le vulgaire des chirurgiens) baueuse, mais au contraire qu'elle apparoisse solide, et en forme de petitz grains de grenade, qui est quand il fault ayder Xature, la conduisant à cicatrisation. » — Foi. 4 1 et suiv.
C'est donc en 15()1 que Paré a modiiié sa doctrine et sa rédaction à la fois : et à la suite du paragraphe conservé dans le texte actuel, il ajoutait pour les os du crâne l'indication du temps qu'ils mellenl à s'exfolier; indication qu'il a eu soin de reproduire dans son chapitre 22 du livre Des plaije.s eu particnlier, ci-devant, page 65.
1 Ce chapitre , tel qu'on le lit ici , et sauf
dation des playes sont repuirnans aux remèdes susdits , faut oidonuer au
fjE SEIZIEME LIVRE,
quelqncs petites additions, ne date que de IVdilion de IS79; mais déjà il en existait un du même litre en 1676 cl en 15G4, copiés tous deuxsurrédiliop de I;)G1. -Je noierai même à cet égard que le texte de «675 est abiolumenl le mèmcquc celui de 15CI ; tandis que l'édition intermédiaire offre do légères différences. Veici ce tex}e primilif :
« Or si ralteration de l'os et consolidation des playes sont répugnants aux remèdes susdits, faut ordonner au patient potion vulnéraire. Ce que i'ay souuentcs fois fait auec heureuse yssue pour ce que^aturc fait choses admirables «ydce par telle potion, poji seulerMcnt aqx iJlayes de teste, mais ftijssi iJe toutiBs les p.ajtips de uoslre corps. Çfi^l^ pelioD estielle :
^. SaRJculap, hugloi, pilosella-, pimpinellœ, paryophyUatœ, herb;e carper^larii, dei)tislconis, summitijtum rubj, consolidae ipajoris et mUiima: quinqueneruiae, betOHÏeae, summitatum cannabis, agriniomœ, verbcnœ, osmondte regalis, rubœ raajofis, caiilrichi , lingua; auis tcrres- Iris, fragariip, bu-ilossa;, genlianœ, hcrniœ, omnium capil. recenlium, scordij -Yeri, nepjtae, pentaphyllon, tanaccti, IjprbiK J^oberti apa ni. ft.
Yiiarum passarum muiidatarum , glycyrrhizi' rasa", scminis hyperici et cardui benedicli aua 5 . i.
'frium florum cordialium p. iiij.
Cpquanlur complété in a<iuà commun! :
postca in tine adde vini albi et mellis rosati, cinamomi quantum sullicil : (iat decûctio :
» laquelle on passera par la chausse d'IIippocras , et eu sera (Jonné vue once et demie ou deux au patient au matin, deux heures deuant manger.
(L'édition de lo'i dit Iroiaou quatre onces.)
» lit noteras icy que, si l'on ne trouuoit toutes les susdites herbes, que l'on se coutculed'vnc partie.
» A.ussi le puis asseuver que i'ay veu par
patient potion vulnéraire. Ce que i'ay souuentesfois fait , auec heurou.s^e issue, pource que Nature fait clioses admirables aidée p:ir telle potion.
Car nous voyons souuent aduenir que les playes cl vkeres, qui da leurs premiers commencemens sembloient estre des plus leg^eres , deuiennent aiu'C le temps si rebelles, quil n'est possible, quelque diligence et industrie qu'on y employé , les aqiener à raison et consolidation par les remèdes ordinaires : soit à cause de leur mali{,^nité et cacoëlbie, soit à raison qu'iceux remèdes communs et ordinaires sont repu2:nans à l'altération et consolidalion desdites playes, vlceres,et fistules Parquoy les anciens en tel cas ont inuenlé et ordonné certaines potions , qui à cesle occasion ont esté appellées vulnéraires , à raison de leurs nierueilleux effets pour la guarison des playes , vlceres et
expérience merucilleux elTccls de telle potion pour les vieilles vlceres cacoclhes et fistules : ce qui se peut aussi prouucr par raison : car tout ainsi que nous sommes nourriz des alimentz que nous prenons, s'ils sont bons, noslre corps et noz esprits s'en Irouuent bien : au contraire, s'ils sont mauuais nous trouuons mal. Or, s'il est aihsi que ccUiy qui a vue vlccre ou fistule, ou passion arlliritique, subit qu'il fait quelque desordre, siiecialemcut à son manger et boire, comme s'il mange viandes fort salées, espices, ou aulx et oignons, vin fort et sans eau, et autres choses contraires, subit, ou tost après, sentira cjouleuret inllammation en SCS articles ou à son vlcere, et paieillemcnl mulalion de sanic en icclle. Dont ie conclus, que tant ainsi que donnerez icellc potion vulnéraire (laquelle a faculté, puissance et vertu de purifier la masse sanguinaire, tant par vrincs, sueurs que fcr lialituiii] aidera aussi à !a cure desdiles vlceres et fistules : ce qui est cogneu par l'eipel'ience quotidiane. •
DE L4 GJiQSSE YEBOI.I.E.
fijstijjes desespçriîes. Car iellcs, por lions, bien qu'elles ne vuicJenL les l^umenrs par le bas, sj sont elles conlicn.iblesî» neUoyerles playes et vlccres (Jo toutes b's bunieurs superflues , à purifier le sanç (11- toutes les inipnrités,à recoler les os brisés, el guarir les nerfs : brief a aider Nature en telle façon , qu'en peu de temps les playes soyent incarnées et cicatrisét's, niesme quelquesfois sans appliquer autre remède. Ce considéré, il m'a semblé bon d'en dire quelque chose , d'autant principalement que leur vsage ayant esté approuué anciennement, est pour le iourd'huy presque du tout anéanti et neg^ligé par les ^Médecins et Cliirujgiens , chose grandement dommageablo au public. C^r si la guarison de tebes playes «t vlceres inuelerées est ladetersion el régénération de la subslancepcrdue, quelles choses le pourroirnt mieux faire que celles par la vertu miraculeuse desquelles le sang humain est tellement monditié,quo diceluy, comme de matière compétente el bien disposée, la chair el substance perdue est promplement reparée , et la partie rendue en sa première vnion? Que si les vlceres lislulcux, les chancres vlcerés, les passions ailhritiqucs, et autres semblables malaiirs, par vsago de viandes salées, espicées, acres el subtiles, comme d'aulx, d'oignons, mous tarde, bref par quelconques excès en boire el manger, s'aigrissent et enflamment, pourquoy par viandes et medicamens contraires ne se pourronlils amènera quehjue raison?
Or à fin que les ieunes chirurgiens se puissent aider dt? tel remède, ie me délibère proseiilemenl d'en descouurir et desployer le Ihresor : dont les simples et ingrediens de telles compositions sont :
La scabieuse, La senjcle, Le bugle, La pilozelle, La pimpinelle, La garence, La tonaisip,
Les sommités
ronces, Le ciclamen,
Les consoldcs
YuiE passtç-, L'arisiolochie, La véronique, L'ajgremoine, Les capillaires, L'herbe Robert, Le pied de coulon.
Lus sommités tle Le pUn tain, chanure, L'herbe dite lan-
de gue de chien, Le caryophyllate, La charpenliere, L'osmonde royale, grande etpetite', La toute-bonne, La verueine, La gentiane,
Lascrpeîîlajre, L'iierbe au Turc, L'armoyse, Le chou rouge,
La peruenche, Le scordium, La centaurée, L'i.erbe à chat^, L'herbe dite lap- Le pentaphylLm, gue de serpent, Le mille-pertuis, La betoine, Lechardon-benist,
Le petum ou Nico- Les trois fleurs cor-
liane, Vlmaria, Tussila,^o, Dens Leonis,
diales.
Le soucy, Fenoil, Le macis.
De tous ces simples, le chirurgien cboisira ceux que bon luy semblera eslrp propres aux parties vlcerées , comme auons dit au Traité des Vlc(rcs parliculieres, et selon la saison et le
' Tel est le texte de la cinquième édition ; mais la seconde et la quatrième portent :
l-a coiisoldes yrmide et utoijeiine,
' Les cinq ingrédients qui précèdent ne se trouvent pas dans la formule de ifj'O; ils ont été ajoutés en 1685; et le (leinier,/^((œ pnvsce, a été iclranché dans les éditions posthumes.
■^ I>'édilio!i de 1579, après let trois peurs cordiales, énumère les capillairei déjà cités, /es chancres de riuiere, les e^creuices, le viasi$, et le ùolianneue. Celle de 15S5 retranche ce dernier, et ajoute le soucy et fenoil ; et enfin nous donnons ici le texte de la prcmière édition posthume.
LE SEIZIIÉME LIVRE ,
temps , selon le tempérament du patient , et selon l'espèce et propriété de la maladie. le puis asseurer les potions qui seront faites des jus ou décoctions d'icelles, soit en vin blanc simple ou vin miellé , estre par l'expérience que l'en ay par plusieurs fois faite , tres-vliles à purifier et mondifier le sang, et nettoyer les vlceres sanieusesct virulentes, et dysentériques, à prohiber la pourriture, et dissiper les humours superflus, à exfolier les os à dissoudre le sang des meurtrisseures et contusions , chasser tous corps estrans'es, et faire autres merueilleux etfets au corps humain.
Parquoy (\(^ craint(! que le ieune chirurgien ne se perde en si grand iardin d'herbes dessusdiles , l'en presenteray deux exemples, à l'imitation desquels il pourra dresser toutes ses autres potions vulnéraires ».
Prenez bugle, petum ou nicotiane, tussilago, vlmaria, dicte royne des prez, senicle, aigremoine , de trois sortes de plantain, des consoldes, prunella, verueine, armoise, dent deLyon.caryopbyllata, racines ou sommités de ronces, de chacun demy poignée :
Herbe Robert, aluine Ijlancbe ou PiOmaine, fenoil verd, choux rouge, de chacun vne poignée.
Le tout sera mondé etlaué, puis mis en vn pot neuf et plombé, en huit liures de vin blanc, et demie liure de miel crud, puis le tout bouillira in halneo Mariœ:el ne doiuent lesdites herbes y estre plus d'vne heure et demie, de peur que leur vertu ne se dissipe, et soit rendue de mauuaisgoust. Puis sera passée, couîôe , et mise en petite bouteille bien bousrhée : de laquelle
» Dans l'édition de 1579, l'auteur dit seuleif.enl : l'eu preaeiileraij vn exemple ;et celte première formule manque. Elle aélé ajoutée
potion le malade prendra trois onces pour chaque prise au matin , trois heures auant le repas. Les susdites décodions peuuent estre aromatisées de canelle, pour donner meilleur goust au malade.
Autre.
SanicuJa-, buglae, scabiosaB, betonicae, scordij et nepitae ana m. 6.
Vuarum mundalar. sera, hyperici, et cardiii benedicti ana o.j.
Triuni florum cordialium ana p.ij.
Coquantur complété in B». viij. aquae coramunis, postea in flne adde :
Vini albi ft. ij.
Mellis Xarbonensis fc. j.
Fiat decoclio lento igné, vel in balneo Mariae : passctur per manicam Hippocratis, addendo cinnamomi §• fi- Detur manè tribus horis ante prandium ad 5. iij.
Mesme de telle liqueur on peut vser es iniections es fistules , et en lauer les vlceres, et mettre desdites herbes dans les potages des malades, de tant que le suc d'icelles peut estre dit médicament alimenteux ». Et puis asseurer auoir fait choses merueilleuses par long vsage desdites potions , es fistules de la poitrine et ventre inférieur, et autres parties . où les autres remèdes ordinaires n'auoient sceu obtenir la parfaite guarison : ayant tousiours euesgard, suiuanl le bon vieillard Guidon , de n'en vser au commencement es playes récentes , à cause que telles herbes sont chaudes et aperitiues, et partant eschauffent et subtilient le sang, le faisant (luer en la partie blessée. Parquoy après que la suppuration sera faite ,
1 Ce membre de phrase : Ei puis asseurer, etc., jusqu'aux mots : ayam lousiours eu esrjard, se lit pour la première fois dans l'édition de 1585.
DE LA CROSSE VEROLLF
et qu'il ne reste plus qu'à deterger et incarner, et l'inflammation passée, il sera tres-vtile et expédient d'en vser '.