CHAPITRE XXXIV
dv mal qvi advient des cavteres actvels indevément applïovés, et qvels remedes il favt mettre apres l'vsage d'icevxi.
Il te faut icy noter que si lesdils cautères sont mal appliqués , c'est à dire trop souuent, ou qu'ils soient laissés trop long- temps sur l'os , il s'en ensuit grand inconuenient : car par leur excessiue chaleur et seicheresse, non seulement est consumée l'humidité superflue de l'os carieux :
mais aussi l'humeur substantifique , qui doit faire séparation de la carie , et induire chair et couuerture entre l'os carié et le sain qui demeure dessous 2. Parquoy l'application desdits cautères se fera tant que le chirurgien verra estre nécessaire, et selon que la carie sera grande et profonde, les tenant dessus , jusques à ce que l'on verra sortir quelque sanie aucunement spumeuse par les porosités de l'os carieux. Ce faisant , on aidera à nature à exfolier, séparer, et ietter hors l'os corrompu.
Je te veux bien icy aduertir de ce que tu dois obseruer soigneusement en cautérisant les caries des os, nommément si elles sont profondes, comme en la cuisse , et autres parlies fort charnues. C'est qu'auant l'apposition d'iceux , il te faut bien couurir les parties d'entour de la playe ou vlcere : pource que le sang ou humeur contenu en la playe , auquel on donne chemin , estant es-
1 Ce chapitre est formé par la réunion
des cliapities 7 et s de l'édition de 1564. ' Toutes les éditions portent f/c'.w/<y, ce qui me parait une pure faute d'impression.
chauffé par le feu sortant hors , fait autant d'impression de brusleure sur la chair, que feroit de l'huile boiiillante K
Apres la cautérisation , on doit pour séparer les os , et faire choir les squames, y appliquer deux ou trois fois de notre huile , cy douant nommée Oleum eatellorum, feruente. Et combien qu'elle y soit propre, îe n'approuue qu'on en applique souuent : pource que de sa substance oléagineuse , subtile et humide , elle pourroit derechef offenser l'os sain , qui est sous l'os carieux. Or l'os est plus sec que nulle autre partie de nostre corps : parquoy les medicamens cras, onctueux et humides luy sont contraires. D'auantage parmesme raison la chair qui est prochaine
1 Ici finit le chapitre 7 de l'édition de 1564. La matière dont il traite n'est pas même touchée en 1552 ; mais en 1561 déjà Paré s'en était occupé dans le passage suivant :
« Et te faut aussi bien noter que, s'ils sont indeuëment appliquez, c'est à dire trop frequentement, ou qu'ils fussent laissez trop longuement sur l'os, par leur trop grande chaleur et siccité, serolt non seulement consumoe l'humidité superflue delà carie, mais aussi l'humeur substantitique qui doit faire séparation de la carie, et produire chair et couuerture entre l'os carié et le sain. Parquoy l'application d'iceux se fera selon que la carie sera grande et profonde : et seront tenuz sur l'os, iusques à ce qu'on verra sortir quelque sanie ( aucunement spumeuse) par les porositez de l'os carieux. Ce faisant aydent à nature à exfolier, séparer et ietter hors l'os corrompu. » — Fol. ccj, verso.
On voit que c'est à très peu près le premier paragraphe de ce chapitre j et j'ai bien voulu donner cet exemple de ce que j'entends par un simple changement de rédaction.
592 LE SEIZIEME LIVRE
des OS, d'autant qu'elle est de nature plus seiche et approchante de la température desdits os, requiert aussi medicamens plus secs : au contraire , d'autant qu'elle en est loin , désire medicamens moins desiccatifs. Parce il conuient vser de ladite huile auec discrétion '.
Mais quelquesfois aussi faudra esbranler doucement les os, pour aider nature à les séparer, sans les tirer et arracher par violence, si on ne les voit esleués en haut, et ne tenir quasi point. Et si le chirurgien est indiscret iusques à tirer l'os carié , deuant que nature ait fait touuerture sur celuy qui est sain , il sera cause qu'il se fera nouucUe altération.
Pource le chirurgien doit bien noter ce passage , lequel n'est de petite con séquence ^.
Outre -plus, quand nature aura ietté et exfolié l'os carieux , il se faut bien garder d'appliquer dessus quelques medicamens corrosifs de peur de consumer la chair que nature
' Ce paragraphe se retrouve en entier dans l'édition de 1552; l'auteur y ajoutait même quelque chose ••
« Donc failli vser de ladicle huile pour bonne discrétion, et qu'elle soit plus chaulde que tiède : considcré que l'un opère sur l'os, lequel est dur et insensible. Es autres parties ne la faudroit appliquer si chaulde. »
L'édition de 15G1 ne contenait rien qui concernât l'emploi de cette buile; mais, en 1564, le paragraphe fut rétabli comme on le lit dans le texte actuel, avec suppression du passage reproduit dans celte note.
' Ce paragraphe n'existe pas dans l'édition de 1552; il a été écrit en 15(jl, et alors il Unissait ainsi :
" El doit le cltirunjicn bien noter ce pussatje, lequel n'eal de petite conséquence , non seulement au Crâne, mais semblablement à Ions les os des autres parties de nostre corps. » — Fol. cciij, recto.
aura produite dessus ' : laquelle estant nouuelleraent engendrée , est molle comme fromage'^ nouuellement coagulé, à cause qu'il n'y a gueres que le sang y est concret et pris : pourtant se faut donner garde de la consumer par medicamens acres. Car auec le tem|s elle s'endurcit, et se forme en manière de petits grains de grenade , en laquelle on voit la sanie rougeastre , polie , égale, glutineuse, non fétide, et puis blanche. Ce fait, seront dessus appliquées des poudres capitales de faculté dessiccatiue , sans aucune mordication, comme celles de racine d"ireos de Florence , d'aloës laué , et mastic, myrrhe, farine d'orge, et semblables : et conduire la playe à cicatrice , diuersifiant les remèdes comme le mal le requiert 3.
Les esquilles des os vallent mieux qu'elles tombent par Nature que par medicamens , ou par instrumeus qui les séparent : car les choses qui sont tirées par vne force subite , laissent des sinuosités semblables aux fistules. Or les os se séparent par le moyen d'vne carnosité qui croist dessous : puis on doit mettre vn médicament desiccatif et astringent sansero sion, de peur de consommer la chiir nouuellement engendrée , laquelle
' Les éditions de 1551 et 1564 portaient ici dessous, ce qui s'entendrait sans doute dessous les medicamens, ou dessous l'exfoliuiian ; lessuivantes ont corrigé dessus.
- Toutes les éditions complètes du temps de l'auteur écrivent /ormaj/e, quelques unes dos postérieures fourmage; l'orthographe que j'ai suivie se trouve dans les premières éditions partielles de 15Gl et 1564.
3 Ici se terminait le chapitre actuel dans l'édition de 1575, et le chapitre 8 du livre Des caries en 1564. Le paragraphe suivant ne date que de 1570, tandis que celui qui
DE LA GROSSE VEROLLE
est molle, à cause qu'il n'y a gueres que le sang-cslconcreé poiirce qu'il est fait comme le fromasre nouuollement figé cl cGao^ulé. Pareiilernent les membranes suppurées et pourries ne doiuent estre Urées par force, d'autant qu'elles sont attachées aux parties saines : et les tirant et arrachant
précède se lisait déjà dans le traité Dea playes de la teste en 1561.
L'édition de 1552 traitailcesujet d'une manière un peu différente ; en voici le texte :
« Apres les cheules et exfoliations des os altérez, fault vser de tel mondiflcalif:
:^.Farinae lupinorunietorobiorumana 5 .ij. Succi apij, absinlhij, manubij ana quantum sulTicit.
Mellis 5 . iij.
Coquantur lento igné : adde in fine ;
Pulueris aioés, myrrhœ, aristolocliiaî 10tundae, ana 5 . ft.
Fiat mundificatiuum vt decet.
» Apres la mondificalion faut régénérer chair auee tel remède , lequel a faculté de régénérer chair et extraire les esquilles demeurées, si aucunes en y a.
:^. Radie, panacis et cappaiis ana 5 . vnam. Aristolochia; rotundœ, mannae, thuris ana 5 . seniiss.
Fiat ex omnibus puluis tenuissimus.
» D'icelle pouidrc on peult vser pur suy, ou auec miel rosat.
» Autre pour niesuic intcnliou.
:^. Pulueris radie, salyrij, ircos llorcnt. farinai orol>ij et lu p. aiia ,3. ij.
Myrrhaî,aristolochia> iotunda;ana 3.6.
Sanguinis draconis veri y . j.
Misce, fiât ex omnibus puluis subtilissimus.
» Geste pouldre peult estre appliquée par soy, ou auec miel rosat, comme dessus. Et si d'aduenture la vertu expullrice est veue tant topilc et négligente qu'elle oublie d'exfolier elexpellerTos carieux, etc. »
Ici se plaçait l'indication du trépan perforatif à la manière de Belloste; ce passage a
par force, ou qu'on y appliquedesme- (licamens acres et corrosils , on induit douleur etinflammalion, et quelquesfois conuuision et autres pernicieux accidens : parquoy faut laisser faire à Nature, qui les iettera et les séparera auec le temps. Car le vif chasse tousiours le mort.