‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 4 sur 511 · DE SCISSVRE , QVI EST LA PREMIERE ESPECE DE FRACTVRE · texte numérisé non relu

DE SCISSVRE , QVI EST LA PREMIERE ESPECE DE FRACTVRE

Si leChirurgienconnoist par les signes prédits l'os estre fracturé et scissure, et qu'il n'y ail playe suffisante : pour la traiter, faut premièrement raser le poil , puis couper le cuir musculeux et le Pericrane auecques vn rasoir, et faire la section triangulaire ou cruciale, de grandeur qu'il sera besoin (car (elle chose ne se peu l bien escrire) euilant touiuurs tant que possible sera, les commissures et les muscles temporaux. Et ne faut que le

Chirurgien face difficulté de ce faire : car il est plus expédient faire vne incision pour descouurir l'os, que ne le descouurir et ne connoislre la nature de la fracture : car ayant fait la section et n'ayant rien trouué, facilement la playe se consolide, mesme commedit Hippocrates: il est meilleur guarir les maladies auecques longitude de temps en sûreté, qu'auecques crainte et soupçon en bien peu de temps • .

Doncques ladite section se fera auecques vn rasoir : et où il y auroit playe du baston qui auroit donné le coup, icelle seruira d'vne desdites incisions.

Rasoir pour faire incision.

Aucuns enleuent toute la pièce dudit cuir musculeux et Pericrane , ce quei'ay fait plusieurs fois 2. Puis après

* Cornélius Celsus. — Hippocr. — A. P. — Ces cilalions manquent dans l'édilion de l^Gl ; de même, dans celle édition et celle de \i>'h, il n'est point parié du besoin d'éviter les muscles temporaux.

- On s'étonne de \oir ce mauvais procédé mentionné ainsi sans autre réflexion par A. Paré. Pierre d'Argelala , au xiv siècle , défendait expressément d'enlever les Ir.nibeaux résultant de l'incision ; mais il est v rai

r.F. HVlTUaiF LIVRE ,

faut bien séparer le Perierane d'auee le Crâne , de peur qu'on ne le touche de la Trépane (car tel altoiichemont seroit cause d'induire douleur el inflammation) en commençant aux angles de la playe auecques tel Cizeau.

Cizeau pour séparer le Pericrauc.

Et après faut emplir toute la playe de charpy , à fin de tenir les léures esleuées et dilatées iusques au lendemain, et par dessus appliquer remèdes repercussifs et restraintifs du

(lo (lire que d'antres ehinugiens ag'ssaienl aiilreiiieiil. Il semble que Marianus Saiielus iHait (le cet avis : vuluns ipsiim AMwrM\v.Jiiliird inauQuluri, vcl oct'Mionnliler uul cntcialiler, non. dubi Iule. — De capiiis lœsion., hi coll. Uffenbach., p. S95. Du reste celte méthode a persisté beaucoup plus tard, et l'on en relrouve des (races jus(iue vers la lin du \\ III sit'cie.

flux de sang. Et s'il aduenoit quil ftist impétueux el si grand quil ne peust esire estanché par iceux , alors faudroit lier le vaisseau , faisant vn point d\iif;uille, commençant à passer l'aiguille à la partie extérieure au trauers de tout le cuir musculeux, puis la repasser par la partie intérieure et faire le nœud dessus, y appliquant vne petite compresse ronde faite de linge, de grosseur d'vn tuyau de plume d'oye, de peur que le fil ne coupe le cuir, et euiterla douleur, le serrant si fort que le sang ne puisse passer outre ledit vaisseau. Et ainsi faisant, f on estanché les flux de sang que les remèdes astriclifs ne peuuenl faire.

Ce que i'ay fait puis uagueres à vn charretier, lequel ainsi qu'il estoit sur sa charrette tomba la teste première sur le paué en ceste ville , et se feist vne bien grande contusion sur l'os Pariétal, partie postérieure : au moyen dequoy le conuint inciser , tant poui faire vacuation du sang meurtri , que pour auoiresgard au vice de l'os:

et par ladite incision fut coupée vne artère. Dont celuy qui le Iraitoit n<luy sceut estancher le sang, duquel ledit charretier auoit perdu si grande quantité, qu'il ne se pouuoit pas seulement tourner dans son lit el à peine parler, tant estoil foible et débile'.

Icy iViy bien voulu réciter telle histoire, à fin d'instruire le ieune Chirurgien qu'il ne laisse mourir vn homme par faute d'vn petit poinl d'aiguille: lequel ne doit seulement estre fait en la teste, mais aussi en

• C'est ici une de ces observations dont la rédaction n'ayant jamais été- changée, pourrait soulever des doutes sur la date de la doctrine professée parl'auteur. Les mots pu/.v iiagueres se rapportent à la date de h première (Million de ce livre, l;Vil.

DES PLA.YES EN PARTICVLIEB

toutes autres parties du corps en cas semblable , s'il est possible faire ledit point d'ai<ruille : puis ayant fait cela, faut situer la lesle du m;:lade en haut. Or pour retourner à nostre propos, le lendemain sera reg-ardé quel vice sera en l'os : et au cas qu'il n'apparust aucune fracture au sens de la veuë et au tact de l'esprouuette , neantmoins on coniecture par les signes prédits y auoir fracture : alors faut mettre sur l'os qu'on aura decouuert de l'encre à escrire , meslée auec vu peu d'huile rosat, à fin qu'elle pénètre dedans la fente , s'il y en a , et que l'os en soit imbu. Et au premier appareil d'après , faut essuyer l'os et voir si l'encre sera entrée dedans, qui se fera en ruginant et raclant l'os auec rugines , iusques à ce que l'on Irouue la fin de la noirceur de ladite encre , et qu'on verra l'os estre blanc : et adonc faut cesser.

Autres y mettent vn cataplasme ou emplaslre astringente , et le lendemain estant leuée , le lieu apparoistra estre plus sec , qui se fait à cause d'vne vapeur chaude qui passe au trauers de la diuision, desseiche le médicament , et par là la scissure est demonstrée'.

' liérenger expose de même la façon dont Guy de Chanliac , qu'il appelle miujnns Gnido, et JNicoIas, croient rccoinia'ilre les fiartures; en plaçant sur l'os de la poudre de maiilic mêlée à de l'albumine, et s'il y a frartiire , le lendemain le mastic sera plus sec dans la direction de la fracture que partout ailleurs. Rertapaglia va plus loin : il a dpu\ emplâtres qu'il suflit d'appliquer sur le cuir chevelu rasé, le lendemain on trouve l'euipli^tre desséché au lieu où existe la fracture. « Mais d'aijord, dit Dércnpor, ou il n'y a pas encore de matière qui puisse s'écouler par la fissure, ou il y en a. S il n'y en a pas, on comprend que des vapeurs chaudes sortant parla fissure, surtout pendant la fièvre,

Et après , encores pour estre plus asseuré si ta Fissure pénètre les deux tables , faut faire clorre le nez et la bouche au patient , et le faire expirer , et regarder si par la fente sort quelque humidité sanguinolente , à cau.se que par tel moyen l'air de la respiration fait enfler et esleuer la substance du cerueau et les membranes, dont s'ensuit l'expulsion de certaine humidité : et si telle chose apparoist, sera vray signe manifiste que les deux tables sont rompues entièrement : et adonc faut couper l'os par les Rugines ou par autres instrumens propres à ce faire, iusques à la Duremere , soy gardant la toucher aucunement. Et si la Scissure estoit fort longue , il ne la faut pas suiure , car Nature réunira le reste d'icelle par vne callosité, qui est comme cicatrice de l'os : semblablement le Chirurgien , comme dit Celse, doit ester

dessécheront le mastic ; mais s'il y en a, évidemment l'emplâtre devra être plus humide au lieu de la fracture ; et c'est ainsi que ce signe pourrait être trompeur, s'il n'était diligemment ruminé. »

Maître Rérenger oublie cette fois d'en appeler à l'expérience : on voit que le grand Guy lui en impose. Du reste, il est à remarquer que ce paragraphe d'A. Paré manque même dans l'édition latine de 1582, il date donc au plus tôt de 1585.

On peut remarquer aussi que ni Bérenger ni Paré n'attachent grande confiance à ces signes. Bérenger recommande formellement de ne pas se borner à un seul signe. Il faut voir et toucher, non avec la sonde, mais avec le doigt, diviserconséquemmentle cuir chevelu, hardiment, sans délai, par une inciion triangulaire ou quadrangulaire ; dans la première heure, s il est posssible, parce qu'alors le malade ne le sent pas. Il porte d'ailleurs cette sentence : qu'il faut arriver au diagnostic de cette maladie, et si ou ne la connaît pas . on ne la guérit pas. O/'. fitato, fol. xj.

LE HVITIEME LIVIIE

de l'os du Crâne le moins qu'il sera possible , pouice que la couueilure de l'os est meilleure que toute autre matière qui y pourroit estre régénérée , après qu'on Tauroil tranelié et osté». Mais suffira donner i-sue et transpiration au sang et à la matière sanieuse, de peur qu'elle ne corrompe l'os, et se face aposleme au cerueau.

Et ne faut passer à faire ouuerture en l'os le troisième iour, s'il est possible , et principalement en Esté : à cause qu'il n'y a encores inflammation ^. Toutesfois i'en ay ruginé et trépané après le septième et dixième iour, tant en hyuer qu'en esté, qui en sont reschappés : aussi plusieurs sont morts. le dis ces choses , à fin que ia-

mais on ne laisse les malades sans ayde : \eu que ( comme dit Galien en sa Méthode ) il est meilleur d'essayer quelque remède , voire douteux , que nul : toutesfois en faisant auparauant bon Prognostique, pource qu'il en meurt plus sans estre trépanés , que de ceux qu'on trépane.

Or les instrumens propres à donner ouuerture aux Scissures sont appellés Rugines , desquelles as icy les pourtrails de diuerses sortes, afin que tu en puisses choisir selon qu'il te sera besoin : et les pourras toutes insérer l'vne après l'autre dans la vis d'vn manche que tu vois icy , laquelle vis tu connois assez par les extrémités desdits instrumens.

Rugines , ou Raspatoires

* Cornélius Celsus. — A. P. — Cette citalion de Celse manque dans l'édition de 15G1 . On y trouve au contraire en marge une indication omise dans les éditions postérieures :

« Galien, au lin. vide la Meiliode,A\i(\nç, s'il y a des longs fragments d'os du crâne, les conuient poursuiure iusqucs à la (in de la scissure., pourueu qu'on cognoisse qu'il ne s'ensuiura point de danger. »

D'où l'on voit que Paré était arrivé seul , dèsliGl , à professer un principe opposé à celui de Galien sur cette question ; et ce ne

fut que plus lard qu'iltrouva à s'élayer d'un passage de Celse.

2 Ce précepte est d'Hippocrale, et Paré l'avait adopté des 1561 ; mais plus lard, ayant trouvé à s'appuyer de l'autorité de Celse, il n'y manqua pas ; et on lit en marge de toutes les éditions subséquentes : « Il fuiU ircpimcr le iiliislosl que faire se peut. » Celse, liu. \iii, cliap. 18.

5 Uans la cinquième édition, on ne trou\ o ici que les sept premières ligures , les trois autres ayant été reportées, par je no sais quelle erreur, au livre des Tumeurs eu pur-

DES PLAYES EN PARTICVLIER

On racle l'os , quand il est fendu et scissure, à Qn de voir iusques où pénètre la fente, et aussi pour Tapplanir lors qu'il est rabboleux , noir et vermoulu: etauxcartilagesallerésetcorrompus. Or il faut cesser de racler l'os quand on en voit sortir vn peu de sang : après on y doit mettre dessus des pouldres cephaliques, comme racines d'iris de Florence , de farine d'iris , thus , arisloloche , escorce de racines de panax , lesquels seichent et détergent sans acrimonie ny picqueure*.

Rugines d'autre façon que les précédentes, pour couper d'auantage l'os.

liculier, ch. des hernies. Je les ai rétablies comme elles existent dans l'édilion de i56l, les deux premières grandes éditions françaises et l'édition latine.

' Ce paragraphe manque jusqu'à l'édition latine inclusivement.

El pour le dire en vn mot , quand l'os est seulement fendu ou fissuré , le Chirurgien se contentera de dilater et ouurir l'os auec les susdites Rugines , et non par trépanes , encore que la fissure pénètre les deux tables : et si elle ne descend que iusques à la deuxième table , ne la faut ruginer que iusques là : mais si l'os est conlus et cassé en plusieurs pièces , faut les oster auec instrumens conuenables :

et s'il est nécessaire y appliquer la trépane , on le fera comme nous dirons tantost*.

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