CVRE DES PLAYES DV THORAX OV POITRINE
Si la playe pénètre au dedans du Thorax , au premier -appareil ne la faut clore, mais sera tenue ouuerte deux ou trois iours : et si on voit le malade eslre auec peu de douleur, n'ayant pesanteur susle Diaphragme,
* A. Paré n'a pas parlé de la hernie du poumon à travers la plaie , que probablement il n'avait point vue.
On connaît le premier cas de ce genre raconté par Roland de Parme et par Théodoric (voyez mon Introduction); André de La Croix le rapporte et aioule- Hoc eiium fecissc confitetur (uirffjiiis tiostrœ œialis ac hujus iiiclijtœ civilatis Kcnelianim chirurgus francisais SiraUt de Ihirano, Aloisium de Burano ejus soccrum. -^ Il manque quelque chose à la construction de cette i)Iirase; peut-être faut-il entendre que c'est à son bcau-pére même que Stratade JUirano a^ail réséqué uneportion herniée du poumon. — Op. cit. f. 108 ver.
et qu'il respire bien, lors on ostera la lonle, et la playe sera consolidée le pluslost qti'il sera possible , en mettant vn linge délié beaucoup plus grand que la playe, couuerl de baume •agglutinatif, se gardant y mettre de la charpie, de crainte qu'il ne soit attiré au dedans , lors que le malade inspire'.
D'auantage les tentes que l'on applique à telles playes , doiuent eslre attachées ou liées aux compresses, et qu'elles ayent semblablement la teste grosse et large, à fin qu'elles ne puissent tomber au dedans : car eslans tombées causeroient putréfaction , et par conséquent la mort : parquoy le ieune Chirurgien y prendra garde. On appliquera sur la playe vue emplastre de diachalciteos, ou autre semblable.
Son régime , et les purgations , saignées , et autres choses nécessaires , luy seront administrées , ainsi qu'il sera requis.
Aussi si Ton connoist qu'il fust tombé beaucoup de sang au dedans du Thorax, il faut tenir l'orifice de la playe ouuerte auec grosses tentes, iusques à ce que la sanie causée par ledit sang soit vuidée : et si le cas ad-
' Ce conseil appartient à A. Paré, aussi le signale-t-il par cette note marginale : Belle auiiotatiou.
Avant lui , les avis étaient fort partages. Des chirurgiens araliistes qui avaient précédé Guy de Chauliac, les uns voulaient qu'on tint toujours ces plaies fermées, les autres toujours ()u> ertes ; Guy de Chauliac, partageant le différend, ferme les plaies qui ne lui paraissent pas compliquées d'épanchemenl intérieur, et c'est encore la doctrine d'A. de La Croix. A la vérité, Jean de Vigo trouve plus sûr de tenir la plaie ouverte ; mais avec moins de précision que Paré , et surtout il n'indique pas aussi nettement après quel temps il faut ôter la tente. Voyez du reste mon Introduction.
«ES PLAYFS K^' PARTICVLIFR.
uient (qui so fait le plus sonnent , quelque grande diligence que l'on puisse faire) que la playe dégénère en fistule , lesquelles peu sonnent se guarissent, par-ce que les muscles du TLorax , qui sont entre les costes , sont en perpétuel mouuement , et aussi que par dedans ne sont couuerts que de la membrane pleuretique,qui est exangue : ioint aussi que la playe n'a point d'appuy pour estre comprimée , cousue et liée pour aider à Nature à rapprocher les labiés, et y faire régénération et agglutination :
tout cela fait que les fistules en cest endroit sont le plus sonnent incurables ',
Or pour la cure il faut , après les choses vniuerselles faites, donner au malade de la potion vulnéraire , et luy en faire des inieclions dedans ladite fistule : en laquelle on adious-
^ L'édition de 1575 ajoute:
« Et icttent grande quantité de sanie tous les iours. Ce qui se fait premièrement des vapeurs qui ont esté eleuées du sang, et tombant au dedans , se putréfie (sir) : lequel estant putréfié, esleue vapeurs putredineuses qui montent au cœur et engendrent liéure, laquelle eschauffe tout le corps , et subtilie et liquéfie les humeurs, qui puis après sont enuoyées au lieu blessé pour secourir la partie, qui découlent au thorax : ainsi que l'on voit à vn gigot de mouton estant en la broche, et picqué d'vn coup de Cousteau, tout le ius en sortir, de façon que ledit gigot demeure tout deselché: ainsi se fait-il , quand Nature veut secourir la partie vulnercc, luy enuoye grande quantité de sang et autres humeurs et esprits contenus auec luy, lesquels se consomment et tarissent par le découlement de la sanie qui sort iourncliemcnt de l'vlcere, qui fait que le malade meurt hectique, aride et sec. >>
Tout ce passage a été retranché en 15*9; mais la théorie en a étéreproduile, sauf quelques modifications, à la fin de ce chapitre , sous ce titre: Problème.
terr. du sirop,des roses seiches, et miel rosat, et vn peu d'eau de vie , auec vne syringne : et où il y auroit grande pourriture,i'aysouuentesfoisadiousté de l'onguent Egyptiac. Et faut auoir esgard à la quantité de l'iniection , à fin de la faire sortir, et qu'il n'y en demeure nulle portion , s'il est possible : car y demeurant , nuist à la partie , par-ce qu'elle se corrompt estant là retenue.
Figure d'vne Sijrimjue pour faire inieclions en quelques parties que ce soil , lors qu'il en faut ietler en grande quaniilé.
L'iniection sortie, on mettra vne tente cannulée faite d'or, d'argent ou plomb , laquelle sera pertuisée , à fin que la sanie entre en icelle, et qu'elle soit vuidée par dedans ladite cannule.
D'auantage ne faut omettre qu'elle soit bien liée , craignant qu'elle ne
lOS
LE HVITIEIVIE LIVRE,
tombe au dedans : et à l'orifice d icelle, on y mettra vne grande esponge trempée en vin et eau de vie , puis esprainte et toute chaude sera mise sur la partie. Ladite esponge sert à clorre l'orifice de l'vlcere, de peur que l'air extérieur n'entre au dedans : d'auantage est propre pour aucunement attirer et contenir la matière sortant d'icelle , qui se fera par l'a de du malade , lequel souuent tant le iour que la nuit, bouchera le nez et la bouche, et poussera son vent , et se panchera du costé malade , à fin d'expurger ladite sanie. Or ladite cannule sera ostée, lors que la fistule iettera peu : . puis sera cicatrisée.
Figures de Tentes cannulées, aiiec leurs liens et esponges. — Noie que lesdites canmiks ne doiuent auoir plusieurs irous , comme lu vois par ces figures, mais seulcmenl deux on trois en leurs exlremilés, à raison que lu chair s'imprime et entre dedans lesdils Irous , qui est cause qu'on ne les peut retirer sans douleur et nuire à la playe. le le sais pour l' auoir expérimenté *.
Et si la fistule ne pouuoit estre curée, à cause que l'orifice d'icelle est
' Celte dernière phrase manque dans la première édition. Il est remarquable du reste que les figures qui suivent , déclarées mauvaises par l'auteur dés l'édition de .575, n'ont jamais été changées. C'est parcelle raison que je les ai conservées; en eflel, la ca- . nule, telle que l'indique A. Paré, serait bien mieux représentée par celle qui est figurée au chap. des Plages du ucz (voyez ci-dcvanl pag. 87 ) , et qui ressemble d'ailleurs au pyulque des anciens, tel que le représente André de La Croix, Op. cit., fol. 102.
en la partie supérieure, alors faudroit faire vnecontre-ouuerture, ainsi que nous auons dit cy dessus de l'Êmpyeme
Te vo'ux en cest endroit aduertir le ieuneChiruriienqu'à aucuns les poulmons sont attachés contre les costes (comme souuent il se voit par Touuerlure des corps morts) qui fait qu'à tels, si on fait vne contre-ouueiture au Thorax , rien n'en peut sortir : en ce cas le Chirurgien est frustré de son intention : pour cela ne faut pas qu'il délaisse vne autre fois faire telles ouuerlures quand il en sera besoin : car telle adhérence ne se voit pas tousiours, mais rarement •.
Une playe faite aux Poiilmons se peut guérir, pourueu qu'elle ne soit trop grande, qu'elle soit sans inflammation , et qu'elle soit faite aux ext'cmités, et non en la partie supérieure, et que le malade se tienne en repos sans toussir ny parler, et sans grandement haleiner. Car si le malade tousse , la playe se dilatera , et y suruiendra inflammation : puis la vertu expultrice s'efforçant ietter ce qui luy nuist par la toux (car les poulmons ne se peuuent purger que par tel moyen) en toussant l'vlcere se dilate de plus en plus , et ainsi la playe s'aggrandist et l'inflammation accroist , et par ainsi demeure incurable, et le malade meurt tabide dudit vlcere aride et sec.
Et pour mondifier, agglutiner et cicatriser la playe , on fera v ser au malade d'aliments et medicamens em-
1 Ce paragraphe ne se lit ici dans aucune édition d'A. Paré. Il m'a fallu le reprendre à la lin du chap. x de ce mèuic livre où il a été placé par erreur à partir de la deuxième édition, pour le remettre ici à sa véritable place.
DES PLATES EN PARTICVLIER
plastiques, austères et astringens, comme terre sig^illée , bol d'armenie, hypocistis,balausle,plarilin, renouée, berberis, sumach, acacia et leurs semblables, desquels on fera vser au malade en potiige et lohols, y mettant du mielrosat, qui leur fera comme véhicule, et aidera àdetergeretm ndifier la playe K Et lors que le malade vsera
1 André de La Croix expose longuement tous les simples recommandésen potion pour les plaies de poitrine demeurées fistuleuses; et après avoir cité Galien , les Arabes et les arabistes, il ajoute:
« Mais comme les Allemands se servent pour ces opérations seulement de quatre herbes, lesquelles ont été fort recommandées par Théophraste, le peuple les a appelées herbes allemandes, savoir 1° \aiSlellaria montana, qu'ils nomment sunichel et sinaul , et que nous appelons alchimille alpied-de-tion, ou par corruption du mot allemand, saiiicle, sanicula ;2° le garinplnluta beiiedicltim, qu'ils appellent vtirtz et seulem, et qui porte parmi nous les noms de sanamunda et diaponsia ; 3° la demande qu'ils nomment singrien , uimegrun et ungrun, tl nom hiemali s, vinca et provinca. La quatrième est une espèce de trèfle dile trinitas.
» A celles-ci les Français ajoutent l'ériicodanum, et nous le lierre lerresire et la perarin qu'ils appellent pirola.
» Tous ces simples sont toujours conservés tout prêts à Venise par ce diligent aromataire, Angelo Cecchino Martinello, le premier des simplicisies de notre temps. On les fait bouillir dans du vin blanc de montagne, ou dans de l'eau ou du vin , selon les habitudes du blessé et la nature des symptômes , et ajoutant du miel on fait prendre cette potion tiède, à la dose de quatre onces ou d'une demi-livre à la pointe du jour et quatre heures avant le repas. Les herbes doivent être cueillies dans des lieux montueux, pendant la canicule et desi;échées à l'ombre. J'ai connu àFeltre, en 154."), époque où je rédigeais ces Injtitutions de Chirurgie, un chirurgien de cami)agiie qui donnait à ses patients matin et soir un verre de très bon
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de lohots , sera couché à l'enuers , et luy sera commandé tenir lesditslohots longuement en la bouche , en relaschant les muscles du larynx : ce faisant le médicament coulera peu à peu le long des parois delà Trachée artère. Et faut se garder qu'il ne deflue trop à coup, de peur d'exciter la toux : mais qu'il descende par dedans la Trachée artère, ainsi que fait l'eau le long d'vn mur : ce faisant la toux ne sera excitée. Le lait de vache , ou d'asnesse , ou de chéure, sont propres, ausquels sera adiousié du miel , qui le garde se coaguler en l'estomach. Celuy de femme est excellent par dessus tous *.
Le sucre rosat est fort singulier en ce cas , et recommandé grandement par Auicenne : comme ayant vertu ensemble de mondifier et astraindre , qui sont les deux choses souhaitables en vn vlcere. Mais de tant que comme nous auons noté cy devant , la tiéure hectique suruient aisément et assez souuent aux playes et maladies des parties Thoraciques , et nommément du Poulmon, il sera bon de dire quelque chose de la façon de penser telle sorte de fleure : à fin que le Chirurgien
vin blanc avec trois drachmes de poudre de choux rouges, et il était fort heureux dans le traitement de ces plaies. » Op. ciiai. , fol. 106.
Il recommande d'ailleurs de ne pas donner de ces potions avant le quatorzième jour si la plaie est accompagnée d'une forte fièvre; autrement on peut y recourir à partir du septième jour.
1 Le chapitre s'arrête ici dans l'édition de 1575. Tout ce qui suit jusqu'au chap. 34 aété ajouté en 1579 ; de même qu'un chapitre fort étendu sur la fièvre hectique, que nous avons retranché, parce qu'il se retrouve bien plus étendu encore au 'J'raitcdesfléiii-e.i.
L'édition latine a passé le problème tout entier sous silence.
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LE IJVITIEME LIVRE
en l'absence du Médecin , aye deguoy donner quelque contentement et allégeance au malade, en attendant que la venue du Médecin désiré , et en tel cas bien nécessaire, puisse apporter quelque plus grand secours et guerison entière.