RECVEILLI DES ANCIENS ET MODERNES
PREFACE
Dieu le créateur de toutes choses, au commencement du monde, par
' Nous voici hors de la chirurgie proprement dile; et les deux livres qui vont suivre sont spécialemeut destinés à la science et à l'art des accouchements. Tous deux avaient paru ensemble pour la première fois en 1573, in-8°, sous ce titre : Deux liures de chirurgie ; et ils furent reproduits en 1575 dans la première édition des œuvres complètes. Une partie de celui-ci auraitpuétre copiée sur un opuscule imprimé par Paré vingt-deux ans auparavant, et que nous avons reproduit dans les pages précédentes ; on verra cependant que Paré a préféré partout une rédaction nouvelle.
Lui-même a écrit en tète de ce livre, des 1573, ce modeste aveu répété dans toutes ses éditions : recueilli des anciens et modernes ; et nous essaierons de rechercher les sources où il a puisé, toutes les fois qu'il ne les indiquera pas lui-même. Je dois dire toutefois par avance que pour ces deux livres surtout, il me paraît avoir eu besoin de recourir, sinon à une rédaction étrangère, du moins à des recherches préliminaires faites par des hommes plus érudits qu'il ne pouvait l'être, attendu les nombreuses citations d'ouvrages qui n'avaient point été alors, et dont quelques uns même ne sont pas encore aujourd'hui traduits en français.
un conseil indicible et prudence inestimable, a créé non seulement en l'espèce humaine, mais aussi en toutes autres espèces d'animaux, deux sexes : l'vn masle, l'autre femelle » : lesquels par certains allechemens de volupté se conioindroient ensemble pour la génération de leur semblable, à cause de la condition ineuitable de mort à tous indiuidus animaux, quela volonté diuineleur auoit ordonnée. En cesie conionction vohiptueuse, rhomme et la femme, principalement au sacré mariage , iettent leurs semences, lesquelles ioinles Tvne auec l'autre sont receués et conseruées en la matrice de la femme.
Or la semence est vn humeur escumeux, plein d'esprit viuifiant , qui la fait bouillonner et accroistre en la matrice : et sont lesdites semences la matière et forme naturelle de l'enfant, fait du sang le plus pur de la
' Galien au 14' livre rfe Cvsage des parties. — A. P.
Cette citation est de 1579; dans l'édition de 1573, Paré citait en marge en cet endroit : Maistre Nicolle du Haull pas, en son Hure de la formation de l'enfant. Celle-ci a été effacé» dès 1579,
masse sanguinaire. La virile estant ietlée en la matrice, se fait principe et cause effecliue de la génération de l'animal. Icelle semence doit estre blanche, splendidc et claire, glufineuse, globulcnte, et d'odeur de sureau, bli dé palme, et appelée des mousches, descendante au fond de l'eau: car si elle nage dessus, elle sera infecohde.
Or la plus grande partie d'icelle vient du cerueau : mais le total procède de tout le corps vniuersel , et de chacune partie, tant solide que molle. Car c'est chose manifeste que si elle ne venoit de tout le corps, les parties de l'enfant n'en pourroient estre faites, parce qu'il faut que toutes Ites parties soient l'allés de leur semblable. Et cecy est prouué par la slriîilitude ou semblance des enfans aux père et mère, et par l'imbécillité de certains membres : car si le père ou mère ont le cerueau, ou foye, poulmon, estomach, ou autre partie débile, l'enfant le plus souuent lient de ceste débilité, et mesme est suiet à certaines maladies héréditaires, tant dit corps que de l'esprit i. Or il faut iey entendre, que lors^que les anciens ont dit la semence venir de toutes les parties du corps, il ne le faut entendre de la matière, car elle est tirée de la masse sanguinaire : mais auec icelle lesprit animal, vital et naturel, et les idées de la vertu formatrice d'vne chacune des parties èortt tirées de tout le corps en gênerai , et parties d'iceluy. Et qu'il ne Soil Àirtèi, ttotis voyons ceux ausquels on a coupé vn bras ou vne iambe, ou autres parties , auoit- toùlésfoîs Û'es enfans bien iformés.
' Ces mots, tant du corps qiie de l'esprit, manquent dans l'édilion de 1573, el ont été ajoulé* eu 1675.
LE DIX-HVITIEME LIVRE
Or la semence attize et allume le désir d'habiter, et cause vn plaisir délectable , et principalement à l'émission d'icelle * : de crainte que l'homme , de soy braue et fier, ne desdaignast vn acte tel que semble Taccouplement charnel , et par ce moyen ne se souciast de perpétuer son nom à la postérité par lignée procréée de son corps 2, et de peur que la semence ne fust ietlée en autre lieu qu'en la matrice. Et à fin que la génération fust faite, les masles ayans compagnie de la femelle , les parties génitales de Tvn el de l'autre s estendent de toutes parts : aux masles la verge, pour ietter droit la seméhce en la capacité de la matrice : et aux femelles le col d'icelle , qui pour la receuoir s'ouure et eslargit, et se tient droit pour aussi vuider sa semence , qui est enuoyée par les vaisseaux spermaliques aux testicules, tant de l'homme que de la feinmè^: lesquels vaisseaiix font plusieurs retours et reuolUtiohS el replis comme capréblesde vignes, à fin que dans ces enloi"tiliéures et anfracluosités , le sang et esprit enuoyés aux testicules soient cuits et digérés par si long chemin, et parlant élaborés et blanchis en substance séminale* : else terminent ces dernières entortilleures aux testicules^ qui sont de substance rare, laie et spongifeiisfe, rleciéuahs cest humeur ^ùi jà a tomtn'éticë d'estiie cuit aux vaisseaux , el l'achéueiit
' Galien devsu part. liu. 14. chap. 2. — A. P.— Citations de 1579.
a Ce membre de plirase , de peur que Vlwiume, etc., a été ajouté en 1575.
3 Gaiien ibidem cbap. 10. — A. P. — Cette citation est de 1579; en 1573 il reuvojail au chapitre 9.
* Gai. chap. 3, de tau pan. — A. P. — Citation de 1579.
WÉ LÀ GEWERATIOPr.
de ciiii'e de plus êrande jierfectïOh, luy donnant les qualités, forme el essence requise pour la génération de l'animal. Or la semence est rendue blanche par la faculté des testicules qui sont blancs.
Le tnasle îette la semence hors de son corps : et la femelle dedans le sien , par les vaisseaux spermatiques qui sont implantés dans la capacité interne de sa matrice.