‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 405 sur 511 · POVRQVOY LES PARTIES SONT ACCOMPAGNÉES PLAISIR · texte numérisé non relu

POVRQVOY LES PARTIES SONT ACCOMPAGNÉES PLAISIR

generatives d'vn grand

L'vsage des parties geueratiues est accompagnée d'vn très grand plaisir, et aux animaux qui sont en la fleur de leur aage , certaine rage et cupidité furieuse procède dudit vsage :

ce que Nature a ordonné , à fin que l'espèce demeure à iamais incorruptible et éternelle , par la multiplication de ses indiuidus : et partant Nature a voulu que les animaux fussent aiguillonnés d'vne ardeur et eniiie extrême de se coupler ensemble , et qu'à ce désir fust coniointe vue grande et chatouilleuse volupté, à fin , de tant qu'ils n'ont point de raison, ils fussent neantmoins par l'aiguillon du plaisir incités à se mettre en deuoir pour conseruer et maintenir leur genre et espèce. Pline ~ dit que toiis les âhitriaux ont certains temps limités de charger et porter leurs petits : toutesl'ûis l'hottitae seul

' Gai. au liu. 14. de vsu part. chap. 9. — A. P. — Cette citation existe déjà en 1573.

^ Liu. 7. ch. 5. — A. P. — Cîtalion de

n'a àlicun temjps hy téi-tné iîi'ëflx ou défini, mais vient au monde ëh rôtit temps. Outre que Nature a donné alix parties génitales vh grand sentiment plus aigu et vif qti'â hiiûe autrfe partie , par ïé moyen 'dés herifec^wi y sbfit dispensés : ipàrtarit niil ne se doit esmérueillei- poiirquoy à leur action elles sentent plus grande deléctcltîon et plaisir.

br d'abondant il y a Vil'é certaine humeur séreuse sénibiable à là semence , mais plus liquidé et subtile , contenue dédans lès prostates, qui sont deux glàndulés situées au commencemetit du col dé la vessie, et aux femmes au fond de la matrice par lés vaisseaux spermatiques. Icélle humeur a vné petite acrimonie piqiiante et aiguillonnante , aiîéc vh jiéiit prurit et démangeaison , qui irrite les parties à faire leur action , en donnant volupté et plaisir, patce qu'elle est accompagnée de grande quantité d'esprits qui s'eschauffent et désirent à sortir hors. Et pour exemple , comme lors qu'il y a en vue partie de nostre corps quelques humeurs aîgrés ou acres, accumulées sous le cuir, qui chatouillent et démangent , inuitent à se gratter, et en se grattant on a vn grand plaisir. D'auantage les parties génitales ont vn plus grand sentiment que celles de la peau , lesquelles estant aiguillonnées de cest esprit , sentent un plus grand plaisir, principalement à l'heure du coït i. JPareillemenitlorsque ladite humeur sort auec la semence , on sent vh extrême et incomparable plaisir et volupté 2 :

et téilé chose a été l^ite par dame

' Cette phrase est une addition de 1575.

' Hip. liu. de la génération, — Gai. ibid. chap. 11. — A. P. —Ces deux citations sont de 1579.

LE DIX-HVJT1£ME UIVKK

Nature de peur que la semence ne fust iettée hors la matrice, pour le désir qu'elle a à faire vénération.

D'auanlage ceste humour, oulrc qu'elle donne enuie de s'assembler, et s'assemblant donne vn grand plaisir, elle arrouse et mouille le canal de l'vrine contre l'acrimonie d'icelle.

Autrement qui considereroit le conduit du champ de nature humaine, et les immondices qui passent par iceluy , et ses deux voisins le boyau cullier et la vessie', iamais l'homme ne voudroit s'accoupler auec la femme : de l'autre coslé , si la femme auoit esgard au mal qu elle doit auoir de porter l'enfant neuf n ois en son ventre , et l'extrême douleur d'enfanter, iamais ne desireroil d'àuoir compagnie d'homme. Neantraoins tout cela , il y a des hommes qui vsent intempesliuement du coït , pour l'appétence excilée pour la mémoire du plaisir et de la volupté : et n'estant détenue de la raliocination, enflamme et allume le sang et les esprits, lesquels eschauffez excitent ce plaisir lubrique, tellement que plusieurs en vsent sans reigle et immodérément : bien souueal au lieu de semence ieltent vn humeur demycuit et sanguinolent, voire le sang tout pur, dont la mort s'ensuit : car la concupiscence et l'appétit desordonné sont si grands, que bien sonnent ils contraignent Nature de sortir hors de ses bornes et limites '^.

Or il aduient quelquefois difficulté d'vriner pour auoir trop usé du coït ^,

' L'édition de 1573 disait seulement *es de«x i'o/s//j.s ; les noms de ces deux voisins ont été ajoutés en 1575.

" Celle grande phrase, commençant par : neantfnoins tout cela, a élé ajoutée en 1575.

• Chose digne à noter. — A. P. -- ihT-i.

pour la consomption de ceste humeur glaireuse , dont les parties dédiées à l'vrine ont esté trop desseichées : à tels, pour les faire vriner, faut ietter de Ihuile auec la syringue dedans la verge.

Et pour retourner à nostre propos, pour bien habiter auec les femmes , il faut que la verge de l'homme soit bien fermement tendue , à fin que la semence par son canal soit ieltée au loin dedans la matrice ' : et estoit nécessaire quà l'émission d'icelle ledit canal demeurast fort droit et fort large, à fin que promptement et sans intermission elle fust ietlée au profond de la matrice ' : car si elle lardoit en chemin , elle se refroidiroit. et par euaporalion de ses esprits seroit rendue inféconde.

Or la verge se dresse parle moyen du sang et esprits flalulens , et pour ceste cause est composée d'vne partie nerueuse, spongitMiseel cane. La matrice a vne faculté propre d'attirer la semence du masie à elle par son conduit bu emboucheure : et par deux autres conduits qui sont ses cornes (OÙ sont les vaisseaux spermaliques) est iettée la semence de la femme en la cauité de sa matrice 2, lesquelles cornes ont esté faites pour tirer la semence de ses propres testicules : lesquels sont fort peiits , et beaucoup moindres que ceux des hommes : à ceste cause ne sont si chauds ne vigoureux, et ainsi leur

' Galien liu. 15. de vsu pari. chap. 1 et 3^ — A. P. — 1579.

^ L'édition de 1573 dit ; elle fust ieliee en la matrice, et la phrase finit là Le reste a élé ajouté en 1575, mais le texte primilir était toujours resté le même ; cl ce n'est que dans la première édition posthume qu'on lit , au profond de la matrice.

semence est plus froide et humide que celle de l'homme , et parlant meslée auec celle de l'homme , se tempjne. Aussi l'orifice de la matrice s'ouure à l'émission de sa semence , pareillement à fin que celle de l'homme entre en sa cauilé : et iamais la conception ne se fait , que les deux semences ne concurrent ensemble en vn mesme instant, et que la matière ne soit bien disposée, et que les deux semences de Tvn et de l'autre ne soient bien élaborées par bonne concoction. Et s'il y a plus grande quantité et qualité plus vigoureuse de semence de l'homme, il se fora vn masle : au contraire , si la semence de la femme surmonte celle de l'homme, tant en quantité qu'en vertu, il se fera vne femelle : car comme vne grande lumière obscurcit lapetite, pareillement la vertu estant plus forte et plus grande des semences, la moindre cesse : toutefois et en l'homme et en la femme il y a geniture, tant pour engendrer masle que femelle. Qu'il soit vray , il y a plusieurs femmes qui n'ont eu de leurs premiers maris que des filles seulement : lesquelles depuis estans remariées à d'autres maris , n'ont fait que des fils. Et aussi mesmes les maris d;'sque!s les femmes ne faisoient que des filles, et estant remariés à d'autres femmes, ont engendré des maslcs : et autres qui ne faisoient que des masies, ont engendré des filles estans retnariés à d'autres femmes. Et pour le dire en vn mot, tant en la femme qu'en l'homme, est contenue semence masculine et féminine.

Toutesfois il faut entendre, qu'il ne se produit pas tousiours en un mesme homme vne semence pour engendrer vn fils, ny aussi pour faire vne fille : mais cela varie selon la

variété de l'aage et façon de viure :

ce qu'on voit presque ordinairement :

ainsi est-il de la femme. Parquoy nul ne se doit esmerueiller de ce qu'vn mesme homme auec vne mesme femme engendrent, tantost vn enfant masle , et tantost vne femelle.

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