CHAPITRE XV
BV TEMPS COMMODE OV INCOMMODE DE LA NATIVITÉ DE l'eNFANT.
Tous animaux ont certains temps limités de charger et porter leurs pe-
' Ces mots : Qui semble estre la plus vraye
tits , mais l'homme seul n'a aucun temps ny terme pretix, ains vient au monde en tout temps : aussi les vns naissent à sept mois , les autres à huit, les autres à neuf, qui est le plus commun , les autres à dix, voire au commencement de Tonziéme.
Massurius dit , que Liicius Papyrius condamna par arrest vn substitué sur le rapport de la mère du posthume institué héritier, qu'elle disoit auoir porté treize mois après la mort du testateur : et parlant il n'y a aucun terme certain et deOni à porter les enfans K L'enfant naissant à six mois ne peut viure , à cause que ses membres et tout son corps n'ont point encor toute leur perfection :
au septième il peut viure, ce que l'expérience nous monstre , et toulesfois au huitième ne viuent iamais, ou rarement 2. Maistre Nicole du Haut-pas, en son liure de la contemplation de (a nature humaine ^, dit" que la raison ne se doit rapporter à l'astrologie , qui lient que le huitième mois n'est critique comme le septième, ou le neufiéme, ou l'onzième , et que le huitième est attribué à Saturntî , ennemy des vies et naissances .- et où iis viuent, seront tout le cours de leur vie valetudinai-
et naturelle siluniion de l'enfant, ne se lifcnt dans aucune des éditions publiées du vivant de Paré, et ont clé intercalés dans la première édition posthume.
' Arist. cap. i. De (jenerat. unimalium. Pli. li. 7. c. 6. Aulent. De restil. ei eaque peperii vndeciino mense, — A. P. — En 1578 et 1575, l'auteur ne citait en marge que Pline; les autres citations sont de 1579.
2 Hip. lib. De aliment. — A. P. — Celte citation a été aussi ajoutée en 1579.
5 Voyez sur cet auteur la note 1 de la page 649.
res. Les enfans qui naissent au huitième mois ne viuent gueres ' , et sont appelles genitures de la lune, pource que la lune est planelte froide, et par sa grande froideur presse le fruit , de façon qu'en bref il meurt.
Toutesfois la vraye raison dépend de ce que l'enfant , tousiours sur le septième mois, s'efforce de sorlir hors, ce qu'il fait beureusement et auecques asseuranie de vie , sans autre accident , s'il est fort et puissant de nature. Que si au contraire il est foible et floiiet , non seulement il ne peut sortir : mais en outre estant d'auantage débile par le combat et effort qu'il a fait en vain pour sortir, a besoin quasi d'estre comme recuit et retenu danslMerusiusquesàdcux ou trois mois après, ne sortant que sur le neufiéme ou dixième mois, pour ce pendant recueillir et ramasser ses forces. 0"<^ s'il sort vu mois . après, srauoir sur le liuiliéme mois, il est estimé mal-heureux, et sans espérance de longue vie, pource qu'il n'a eu assez de temps à reparer et ramasser ses débiles forces, atténuées par le conflit pour sortir naturellement au septième mois. Noie toutesfois , que si la femme est forle et gaillarde, ([uelle peut heureusement enfanter au huitième mois : de sorte que lenfant mesme sera vital , comme tesmoigne Aristote des femmes d'Egypte, et Auicenne des femmes d'Espagne ■^.
En la naissance de Tenfant, on peut dire aussi cecy estre vne chose fort admirable, qui surpasse l'entendement humain : car rorifice de
LE DIX-HVITIEME LIVRE
Aristote en se.s problèmes. — A. P. —
' Tout ce paragraphe a élé ajouté en 1575.
la matrice, tout le temps que la femme est grosse , est tellement clos, que seulement la pointe d'vne esprouuelte ou dvne aiguille n'y peut enlrer, si ce n'est qu'il se face vne superfetation , ou que Nature se descharge de grande quantité de sang et d'eaux qui sont en la matrice » : et au contraire, au temps de l'enfantement s'ouure et sestend , de façon que l'enfant estant sorti, bien tost après se reserre par une très grande et admirable prouidence de Nature ^ , lalaquelle ne se peut exprimer. Et pour ce , nul ne doit être si hardy et audacieux de senquester comme telle chose se fait : car si on entreprend de passer outre et d'esplucher par le menu comme telle chose se fait, on demeurera condamné et conuaincu de n'auoir conneu la puissance de Dieu, ny la foiblesse de son esprit.
Communément les femmes sont plus trauaillées à leur premier enfantement qu'aux autres , et tant plus quelles ont enfanté , trauaillent moins que la première fois : et parce le leur conseille dvser d'vn onguent emollient comme cestuy , quelque temps deuant l'enfantement ^.
' On peut remarquer que l'are demeure ici d'accord avec ce qu'il avait dit au commenremenl du cha|)itre G; mais qu'il e^l en coniradiclion avec le dernier paragraphe de ce même chapitre, ajouté en i58ô. Ces sorles.de coniradiclions ne sont pas bien rares dans ses ouvrages, et s'expliquent par les dates diverses de la rédaction. La partie du texte à laquelle se rapporte cette note est de 1573.
' Le paragraphe se terminait ici en 1573 ; le reste est de 1575.
^ Ces mots : Quelque temps deuani l'enfantemeut ont été ajoutés en 1579.
I)E LA GE AERAT ION
If.. Spermatis ceti 5 . ij.
Olei amygdalar. diilcium 5 . iiij.
Cerae albœ et medullae ceruinéeana 5 . iij. Axung. anseris et gall. ana 5 . j.
Terebenthinae Venetae § . ij.
Fiat vnguentum.
Duquel en seront frottés les cuisses et le ventre de la femme grosse , et tout autour de ses parties génitales :
d'auantage, pourra semblablement porter vne manière de ligature faite de peau de cuir de chien déliée , laquelle sera frottée de Tonguent susdit , qui luy aidera à supporter l'enfant. Plus quand elle sera sus son neufiéme mois, faut qu'elle se baigne par plusieurs fois dans un bain , auquel auront bouilli herbes emollientes.
Or l'enfantement naturel est, quand la teste vient la première , et suit ses eaux : l'autre qui est moins bon et facile, est quand il vient les pieds deuant : tous les autres sont très difficiles. Parquoy ie veux icy aduerlir les matrones, que là où elles connoistront que l'enfant ne viendra point en ces deux manières , mais le dos premier, ou le ventre , ou les mains et pieds ensemble, ou vn bras , ou en autre figure contre Nature, qu'elles ayent à les tourner et les tirer par les pieds dehors : et si elles ne se sentent assez expérimentées , qu'elles appellent les chirurgiens exercés en cest affaire. Car comme seroit-il possible à Nature les ietter hors estant ainsi situés, si ce n'estoient d'aduenture petits auortons, lesquels pour leur petitesse , Nature pourroit ainsi facilement mettre hors '.
' Ce dernier paragraphe est calqué en partie sur le coramcucemcnt de Lu manière de extraire les cnfuns, etc., dont Franco a fait son chapitre SO.Yoyez ci-devant p. C23.