‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 420 sur 511 · LES SIGNES A LA FEMME DE BIEN TOST ENFANTER · texte numérisé non relu

LES SIGNES A LA FEMME DE BIEN TOST ENFANTER

Les signes sont, qu'elle sent douleur au dessous de l'ombilic, et aux aines , et est ladite douleur communiquée aux vertèbres des lombes , et principalement lorsque les os des hanches se séparent de contre l'os sacrum , et l'os de la queïie se recule en arrière : leurs cuisses et parties génitales se tuméfient, et leur font grande douleur : d'auantage il leur suruient vn tremblement vniuersel de tout le corps , tel qu'il se fait au commencement des accès desfiéures:

iWus leur face rougit, à cause que le sang s'eschauffe et bouillonne, parce que Nature s'aide de toutes ses forces à mettre hors l'enfant , lequel s'csmeut véhémentement : et le sang ainsi eschauffé et esmeu , sort auec portion des aquosités premier que l'enfant '.

Et si tels signes se demonstrent , sois asseuré qu'en brief la femme enfantera : et partant qu'on luy prépare tout ce qu'elle aura besoin pour tel affaire , et principalement à la bien situer en un lit en figure moyenne, à sçauoir, non du tout à la renuerse ny assise, mais aucunement le dos esleué, à fin qu'elle puisse mieux respirer, et auoir force à mettre Tenfant hors :

d'auantage, faut qu'elle ait les iam bes courbées , et les talons vers les

' Ce paragraphe est absolument calqué sur un passage de La manière de extraire les enj'ans, dont Franco a fait le commencement de son chapitre 82. Voyez ci-devant, page 025.

LE DIX-HVÎTÎ^MK LIVRK ,

fesses , et' les cuisses escartées l'vne do l'autre , et qu'elle s'appuye contre vue busclie de bois posée en trauers de son lit , ayant vn peu les fesses esleuées K

Aucunes accouchent debout estans appuyées des bras sur le bord du lit , ou d'vn banc • autres en vne chaire propre à cela, laquelle ne doit pas estre plus liante de la terre que de deux pieds. L'vtilité de ceste chaire n'est à nicspriser, par-ce que la femme grosse y est située estant renuersée sur le dos, de sorte que elle a son inspiration et expiration libre : aussi que l'os sacrum et l'os caudaî sont en l'air, n'estant aucunement pressés, qui fait que lesdits os se desioignent et séparent plus aisément : pareillelement l'os pubis, à cause que les cuisses sont escartées l'vne de l'autre : ioint aussi que la sage-femme besongne plus à l'aise, estant assise deuant la femme grosse. L'on mettra un oreillier au dossier de la chaire, et quelques linges où les cuisses seront appuyées , à fin que la femme grosse soit plus à sou aise^.

« La manière de extraire^ les enfans recommande une autre position que celle qui est indiquée ici (voyez ci-devant pagcG2). Mais il faut remarquer qu'ici Paré s'occupe seulement de l'accouchement naturel, tandis que, dans son premier opuscule, il traitait uniquement de l'accouchement arliflciel.

Aussi quand il arrivera à cette question un peu plus tard (chap. 32 et suivants ), nous le verrons remettre en lumière non seulement sa doctrine, mais même sa rédaction de 1550.

a Tout ce paragraphe, avec la ligure qui le suit, a été ajouté en 1585 j les éditions antérieures disent seulement :

« Aucunes femmes accouchent en vne cbUire propre à cela: les autres accouchent debout, estant appuyées des bras sus le bord du licl, ou sus vn banc. »

La fujure de la chaire l'est icy représentée ' *

Or il faut bien se garder de mettre la femme aux peines de trauail, deuant que les signes susdits prece-

1 Cette figure est absolument la même que celle de l'édition allemande et de la traduction française de Roesslin. Dans la traduction latine, la ligure est changée : le dos est moins concave, et ses deux bords sont retenus par deux montants arrondis ; tandis que les quatre pieds paraissent réunis par une paroi circulaire complète, excepté entre les pieds de devant. RuelTa copié les figures originales; mais du contour du siège jusqu'en bas, il fait pendre une sorte de draperie circulaire, ouverte seulementen avant, et qui empêche les courants d'air par-dessous la femme. Paré connaissait le livre de lUielTen 1573, et cependant il ne lui a p;i> alors emprunté sa figure; il y a plus, c'est que manifestement il l'a prise ailleurs ; car en supposant la draperie enlevée, la chaire de RuefT a le pied de devant arrondi, et celle de Paré a les pieds carrés. Il y a plus de ressemblance avec la figure originale de Roesslin, copiée dans lalraduction française; mais celle-ci n'a pas les pieds réunis par les trois barreaux courbes que montre celle de Paré ; en sorte que tout bien considéré, il est probable que la figure de notre auteur

DE LA GENERATÎOJN.

dent : car déliant iceux le trauail est fait en vain , et en son t les panures femmes plus molestées et débiles , quand se vient à mettre hors l'enfant à bon escient, à cause qu'elles n'ont tant de force et vertu , lors que l'expul sien de l'enfant se doit faire *. Estant la femme en trauail d'enfant, le tout venant bien , faut laisser faire à Nature et à la sage-feinme : toutesfois faut commander à la femme (lors qu'elle aura des ondées et tranchées) qu'elle s'espreignc le plus qu'elle pourra , luy cloiiant le nez et la bouche : et vue matrone luy presse les parties supérieures du ventre , en poussant l'enfant en bas : car telle chose aide grandement à les faire accoucher , n'estant si vexées des tranchées ou ondées : comme i'ay sou-

a été dessinée d'après quelque modèle emjiloyé à Paris. Du reste l'invenleur de cette ciiairc est ipconnu, et jusqu'à son pays incine. Voici en effet, d'après la traduction française dont j'ai vérifie l'exactitude, le passage de Roesslin qui a rapport a cet instrument :

« Pour le surplus quant la femme enceinte sent sa mairice cstre laschce : et que les tiumcurs coulent plus babondamment : elle se doit derechef recliner et renuerser sur le dos : tellement quelle ne soit veuc ne couchée neleuee totalement : et doit tellement renuerser sa teste en forme de pendant en arrière quelle aye plus que autrement : a laquelle chose faire en aucunes régions J comme en la France el la haulle Allemaigne les obsleirices el saiges femmes ont aucunes chaires assez basses • et peu esleuees de terre creuses pardeuaitl autant qu'il est nécessaire f et tellement soïit faictes que la femme en peine denj'ani y peull eslre comme couchée sur le dos ■ desquelles la forme et figure peull on icy veoir.» ' Ce paragraphe est extrait d'un passage deZa manière de extraire les enfans, qui fait suite au passage indique dans la note de la page précédente: et qui se retrouve dans le chapitre 82 de Franco.

uentesfois expérimenté en plusieurs femmes, où i'ay esté appelle pour leur aider h accoucher K

Si le trauail est long et laborieux (à cause que les vidanges sont sorties long temps auant l'enfantement, et que la matrice demeure à sec) faut faire ce qui s'ensuit :

ic.Lutyri recentis sine sale in aquâ arlemis. loti g . ij.

Mucag. seminis Uni, ficuum, et seminis alih. cura aquasabin. exlract. ana § . fi.

Olei lillorum

Fiat Uniment, ex que obstetrlx liniat fréquenter collum vteri.

Ou huile d'amandes douces, ou graisse d'oye, ou d'autre semblable, à fin de les lubrifier et relascher 2. Aussi on baillera de ceste poudre :

2C. Cinamo. corli. cass. fist. dictara. ana 5. j. Co.

Sacchar. alb. ad pondus onmium.

Et fiât pulu. subtiliss. sumat 3. iiij. cum decocto seminis lini : celeriorem enim

et faciliorem parlum facit : cum minori molestia potesl hic puluis dari cum vino ulbo lenui 3.

D'auantage la sage-femme (quand le trauail est ainsi fascheux) pourra oindre sa main de ce Uniment, et en mettre dans le col et parties voisines de la matrice :

Tf. Olei de semin. lini 3 . j. 6.

Olei moscelini § . fi.

Gall. moscatae 3. iij.

Ladani 3. j.

Fiat linimentum.

' Ces moyens avaient déjà été indiqués dans La manière de extraire les enfans, et copiés par Franco dans son chapitre 84, Voyez ci-devant page 638.

2 Ces mots : Ou huile d'amandes douces, etc., n'ont été ajoutés ici qu'en 1585.

3 Celte plira-e laliue se lit déjà en M'i'o,

Plus on fera esternuer la femme

fum piduere piperis , tel tanliUo hel- Icbori albi in nares immisso '.

Plus pour faire haster la femme d'accoucher, la semence de lin pilée auec eau d'armoise et de sabine sert grandement, ou ce remède :

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