‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 42 sur 511 · DRS PLAYES DV VENTRE INFEMEVR , DIT EPIGASTRE · texte numérisé non relu

DRS PLAYES DV VENTRE INFEMEVR , DIT EPIGASTRE

Apres auoir sommairement traité des playes du Thorax, reste maintenant à parler de celles du ventre in-

» E>>teuf balle de jeu de paume.

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ferieur , dont les vnes sont faites par deuant, les autres par derrière : aucunes sont superficielles , les autres pénètrent au dedans : d'autres passent de part en part au trauers du corps, et quelquesfois l'instrument demeure dedans : aucunes sont auec lésion des parties contenues, comme du foye , râtelle, estomach , intestins, reins : et aucunes d'icelles sont si grandes, que partie de lOmentum sort de dehors : autres pénètrent jusques en la substance de Pancréas :

autres à la vessie et pores vreteres : autres en la matrice , et corps des grands vaisseaux,comme de la grande veine ou artère.

Or les signes que le foye est blessé, c'est qu'il sort grande quantité de sang par la playe, et le blessé sent vue douleur pongitiue, qui s'estend iusques au cartilage Xiphoïde ou Scutiforme, auquel est attaché: quelquesfois le blessé vomit purecholere, el setrouve mieux d'estre couché sus le ventre qu'en autre manière.

Si l'eslomach ou aucuns des intestins gresles sont offensés, le manger et boire sort par la playe , les flancs se tuméfient et deuiennent durs, le malade a le hocquet , et vomit souuentesfois pure cholere, a grande douleur et contorsion au ventre, luy surviennent petites sueurs et refroidissement des extrémités : et si les gros intestins sont vulnerés , la matière fécale sort par la playe.

Si la râtelle est naurée, le sang sort du costé senestre gros et noir , et le malade est altéré , et a les mesmes signes que nous auons dit du foye.

Si les rongnons sont offensés, le malade a difficulté d'vriner , et pisse du sang : a douleur aux aines, à la verge, et testicules.

Si la vessie ou pores vreteres ""sont

naurés , le malade sent douleur aux flancs, les parties du penil sont tendues , et au lieu d'vrine fait du sang, ou l'vrine sanglante, et quelquesfois mesme sortent par la playe.

Si la matrice est vulnerée, il sort du sang par les parties honteuses , et ont presque semblables accidens que ceux de la vessie.

Les playes faites au foye sont mortelles , par ce que c'est la partie qui sanguifie et est nécessaire à la vie : aussi que la veine caue ou porte sont incisées en leurs rameaux, dont s'ensuit grande hemorrhagie, ou flux de sang, qui coule non seulement aux parties intérieures, mais aussi aux extérieures , dont les esprits s'exhalent : ou pour ce que le sang qui est coulé aux parties intérieures, s" eschauffe et pourrit , dont s'ensuit douleur, inflammation , et par conséquent la mort. Toutesfois Paulus jEgineta dit, qu'une partie et portion du lobe du foye peutestre ostée sans mort *.

Aussi les playes de l'estomach , intestins gresles , et principalement du leiunum ( pour la multitude des vaisseaux qui sont en iceluy , et pour la subtilité de sa substance nerueuse , aussi pource qu'il reçoit la cholere du cystis fellis) sont mortelles ^ : pareillement celles de la râtelle, rongnons , vaisseaux, vreteres, vessie, matrice, cystis fellis, sont pernicieuses, et sonnent mortelles, pource que l'vsage de telles parties est nécessaire à la vie , et aussi qu'aucunes sont exangues, et nerueuses, et que par icelles passent les humidités excrementeuses, et qu'il est difficile d'appliquer les remèdes , à cause qu'elles sont en la profondité

> Paul. .ïgin. ch. 88, liu. 6. — A. P. ■■* Hipp. Aphor. 18. llu. C. — .\. P.

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LE HVITIEME LIVRE,

du corps: et partant sont dites mortelles, et principalement si elles sont grandes.

Mesmes toutes playes qui pénètrent seulement en la profondilé des ventres , sans lésion des parties internes , sont fort dangereuses: parce que l'air ambiens ou extérieur entre dedans, lequel n'eslant élaboré , nuit grandement aux parties intérieures, ioint que les esprits s'exhalent , dont les vertus sont rendues imbecilles : et pour ce qu'on ne peut bien mondifier telles playes, qui est cause qu'elles dégénèrent en fistules, principalement au Thorax, comme auons dit, se fail collection de matière, dont en fin la mort s'ensuit.

■ Toutesfois i'ay pensé plusieurs qui auoient des coups d'espée et de pistoles au trauers du corps , qui sont guéris. Et pour tesmoignage de ce, i'ay pensé en la ville de Melun l'Argentier de l'Ambassadeur du Roy de Portugal , qui auoit un coup d'espée au trauers du corps, par lequel les intestins furent vulnerés, en sorte que quand on l'habilloit , sorloit par la playe assez grande quantité de matière fécale, neantmoins ledit Argentier a esté guéri K

Mesme ces derniers iours ie fus appelé pourvu gentilhomme natif dePa-

1 On trouve déjà cette histoire dans la deuxième édition du Traité des \duijes d'hacqitebiiies, 1562, fol. 79 ; seulement A. Paré dit qu'il a pansé le malade aucc maisire ]\''icole Lauernaitli. Elle y est de plus immédiatement suivie de cette autre : Et d'anantaqe vn gentilhomme de Kitrey en Bretagne fui blessé d'vn coup pareil, lequel après auoir esté pensé parmaislre Girard, àpresenl Chirurgien du Jioij, et motj, ne mourut.

Celle-ci a été retranchée à partir de l'éilition de lor,4 , peut-être iiarce que Paré, alors simple barbier-chirurgieu, n'avait eu

ris, nommé Gilles le Maistre, seigneur de Bellc-iambe, demeurant à la rue saint André des Aris, en la présence de messieurs Botal, Médecin ordinaire du Roy et de la Royne, et Richard Hubert, Chirurgien ordinaire dudit Seigneur, et lacques Guillemeau Chirurgien du Roy et luré à Paris, hommes sçauans et bien experiment en la Chirurgie : lequelauoit receuun coup d'espée au trauers du corps, dont par plusieurs iours ietta le sang par la bouche et siège, en assez grande quantité, qui denotoitles intestins estre offensés : toutesfois en quinze ou vingt iours fut guéri.

Pareillement les playes des grands vaisseaux sont mortelles , pour la grande effusion de sang et d'esprit qui s'en ensuit '.

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