CHAPITRE XVII
CE gv'iL FAVT FAIRE A l'eNFANT .SVBIT QV IL EST >É.
Premièrement, estant sorti du ventre de la mère , la sage-femme doit
' Le chapitre finissait ici en 1575 ; le reste est de 1579.
DE LA. GENERATION
subit tirer Tarierre-faix , s'il luy est possible, et s'il est besoin mettra sa main dans la malrice (le la femme pour l'extraire et mettre hors : autrement sortiroit après avec g^rande difficulté , par-ce que la matrice et toutes les autres parties se reserrent incontinent que l'enfant en est hors. Cela fait, l'enfant doit estre séparé d'auec son arriere-faix , en luy liant le nombril d'un fil double, à distance du ventre de la largeur d'vn pouce , et non plus : et la ligature ne doit estre trop serrée , de peur que la partie qui est outre la ligature ne tombe plustost qu'il n'est besoin : ne aussi trop lasche, de peur que le sang ne flue des vaisseaux ombilicaux, aussi que l'air n'entre dedans le ventre de l'enfant. Et après estre lié , il doit estre coupé deux doigts dessous la ligature , auec vn rasoir ou ciseau bien tranchant : et puis appliqué dessus vn linge en double, trempé en huile rosat ou d'amandes douces , pour seder la douleur : et après cela , au bout de quelques iours , ce qui est coupé tombera auec la ligature.
Aduertissement aux sages-femmes :
c'est que la portion du nombril, après l'auoir lié et coupé, demeure pendante , qui se meurt peu à peu , en fin tombe en gangrené , puis en mortification. Les sages-femmes le couchent communément contre la chair nue du ventre de l'enfant, dont il s'en ensuit grandes tranchées pour la froideur de ce qui est mortifié : à ceste cause il faut l'enuelopper de linges ou cotton, iusques à ce qu'il soit tombé *.
Or plusieurs matrones coupent incontinent le nombril après l'auoir lié,
' Ce paragraphe manque on 157:5 et 1575, et a été ajouté en 1579,
sans attendre que l'arriere-faix soit hors : mais celles qui entendent mieux ces choses différent iusques à ce qu'elles ayent tiré ledit arriere-faix hors la matrice.
Cela fait, l'enfant doit estre nettoyé d'huile rosat ou de myrtilles , pour luy oster la crasse ou excrément qu'il apporte dessus son cuir:
aussi pour clorre les pores, à fin qu'après son habitude en soit rendue plus ferme. Aucuns les baignent en eau chaude et vin astringent , puis les huilent des huiles sus-nommées : ou bien se contentent de macérer et faire bouillir dans le vin , duquel il doiuent baigner l'enfant , des roses rouges , on fueilles de myrtils , y adioustant vn peu de sel > : et font cela par cinq ou six jours, à fin de nettoyer son corps et résoudre les meurtrisseures et gourd-foullement^ qu'il a eu en sortant hors du ventre de sa mère. Il luy faut pareillement manier les doigts les vns après les autres, et estendre et fléchir ses jointures des bras et iambes , voire par plusieurs et diuers iours , à fin de chasser quelque humeur superflu qui pourroit estre en ses iointures ^. Et si on voit qu'il y ait quelque vice aux os, il les faut habiller , soit qu'ils soyent
' Les trois lignes qui précèdent depuis les mots : Des huiles sus-nommées, ont été ajoutées en 1575; en 1573 on lisait seulement: Puis les huilent, et font cela par cinq ou six iours, etc.
' Gourd foullement. Je n'ai pu trouver l'exacte signiûcalion de ce mot, qui se lit de même dans toutes les éditions, sauf le trait d'union qui manque en 1573. L'édition latine dit : Si quid contusum à duro enixu collisumque est.
5 Chose difjne d'estre bien notée aux viatrones.—k. P.— Note de 1573, répétée dans toutes les éditions.
LE DIX-HVITI^ÎWE LIVRE,
hors de leur place , on fractur('s , lesquels seront réduits et redress(';s par la main du cliirurf^ien.
D'auantag^c, fautauoir csgard sises conduits sont estoupés par vne petite membrane (qui se fait à d'aucuns) comme aux oreilles, nez , bouche, wrgc , fojidomeiit , et à l'orifice du col de la matrice aux femelles : et si telle chose se trouue , seront destoupi^s par l'artifice du chirurg^ien :
puis on appliquera tentes etpessaires, et quelque linge entre deux , de peur que les parties qui auront esté coupées ne se rcioignent de rechef.
Antonius Hcniuenius , médecin florentin , au liure 1, chap. 30, dit auoir veu deux enfans masles, lesquels estans venus sur terre auoient le siège feripé : dont l'vn estoit clos d'vne chair, et mourut : l'autre d'vne membrane, laquelle fut incisée, et guarit.
Pareillement plusiems dés leur naissance n'ont point le bout du gland percé: mais il est au dessous, où la figure du gland finit. Ils ne peuuent vriner droit en deuant , sans renuerser la verge contre-mont : ils ne peuuent pareillement engendrer, par-ce que la semence ne peut eslre lancée ne iettée droit au champ de nature humaine. D'auantage , ceste défectuosité cause vne difformiti!. Galien, en V Introduction , et aux Dif finitions médicinales, appelle ceste aflection hypospadias. La curation se fera en tranchant le bout du gland à l'endroit de sa couronne , le plus proche du trou qu'il sera possible K
Aussi quelques-uns ont six doigts à chacune main. Autres ont les doigts des pieds et des mains ioinls ensemble : le vulgaire appelle tel vice patte-d'oye. Autres ont vn ligament
* Tout ce paragraphe a été ajouté en 1585.
sous la langue qu'on appelle le filet , lequel les garde de tetter , ou quand ils seront deuenus grands, il les fait balbutier, à cause qu'il tient la langue liée contre la mandibule inférieure : tous lesquels vices sont aidés par la main du chirurgien.
Spmblablement faut prendre garde s'il y a quelque excrément blanc semblable à la croye ', qui adhère contre les parties internes de la bouche , et sus toute la langue , qui vient à cause de leur intemperalure , qui pareillement les garde de telter : et par faute de les nettoyer, il s'engendre souuent des vlceres , voire iusqu'à la gorge , qui est cause de leur mort. Or pour y remédier, faut prendre huile d'à mandes douces tirée sans feu , miel commun , sucre fin , et auec vn peu de linge lié au bout d'vu petit baston, luy seront frottés doucement les lieux où il sera besoin : telle mixtion ne doit estre trop espaisse ne liquide : elle deterge et fait tomber la sordicie. Aussi luy en peut-on donner quelquesfois la quantité d'vne petite cueillerée pour luy lascher le ventre lors qu'il sera constipé, et cecy appaise la toux , s'il en y a , sede la douleur des tranchées , pareillement nourrit , de sorte qu'on peut dire telle mixtion estre médicamenteuse et alimenteuse : par-ce que Nature se délecte par grande volupté d'attirer les choses douces qui luy sont familières de leur nature.
le diray d'auantage, qu'aucuns en-
' Le vulgaire appelle ceste maladie, le chancre blanc. — A. P. — Celle noie est de 1573, et a été répétée dans toutes les éditions. 11 est sans doute inutile d'avertir que la croye est tout simplement de la craie. L'édition latine dit : Crctacenm aliquod excrcmculuni.
DE LA. GENERATION
fans nouuellement nés ont les paupières prises aueeques le cil, et quelquesfois auec la conionctiue et cornée, lesquels seront séparés auec instrumens propres, se gardant de toucher à la cornée, à l'endroit du trou de la pupille : et après en auoir fait séparation, on mettra dedans les yeux et aux parties voisines blanc d'œnf batlu auec eau rose, et tiendra-on la paupière ouuerte , mettant quelque petit linge délié entre le cil des yeux, trempé en ladite mixture, de peur qu'elle ne se reaggluline : et souuent on leur ouurira les yeux: puis après on leur appliquera quelque collyre desiccatif pour produire la cicatrice.
Que diray-ie plus ? c'est , comme nous auons dit, que quelquesfois on trouue aux enfans nouuellement nés, entre le cuir et le crâne, vne assez grande tumeur mollasse, parce que la sage-femme aura tiré la teste par violence, ou par quelque contusion : ou par grande abondance d'aquosités, qui seront sorties du cerueau par les sutures qui ne seront encor iointes ensemble, comme on voit en hydrocephalos. Pour la cure, il faut faire ouuerture avec la lancette, et euiler le muscle temporal : puis traiter la playe comme il est requis K
Des seings ou marques des enfans.
D'auantage les enfans souuent apportent du ventre de leurs raeres plusieurs taches et macules dites vulgairement seings, dont les vnes sont plates et égales au cuir, autres sont esleuées en tumeur : aucunes ont du poil, et d'icelles les vnes sont noirastres, tirantes sur la couleur plombine, mais la pluspart d'icelles sont rou-
' Le chapitre se terminait ici en 1573 j l'article suivant a été ajouté en 1575.
ges : autres sont esleuées en petite tumeur ronde semblables à verrues*:
autres de diuerses formes , qui sont surnommées des figures qu'elles représentent, comme cerises, fraises, meures, figues, raisins, melons, abricots, et autres, lesquelles ne peuuent estre effacées pour quelque chose qu'on y face. Si par fois elles sont comme flestries et obscurcies, neantmoins quand leur temps vient qu'elles sont en vigueur, et en leur saison, lesdites taches reuerdissent et se colorent comme auparauant. Or c'est vne chose merueilleuse, que l'imagination, outre la forme qu'elle imprime sur le petit enfant, puisse laisser vne disposition suiette à certaines saisons, de sorte que ces taches suiuent la figure des choses qu'elles représentent : ie dis que c'est vne chose admirable, veu l'absence de Timaginalion generatiue de cestaches, après la parfaite formation de l'enfant 2, II ne fîuit prétendre en parler comme si nous eu sçauions ce qui en est : et ne peut-on, à mon aduis, dire autre chose, sinon que la vertu formatrice rend souple et obéissante la matière susceptible d'infinies formes, à la variété et multiplicité de ses impressions : tellement qu'elle la dispose à receuoir la condition de la saison et constitution du ciel, en laquelle lesdites taches ont esté produites.
Telles choses sont grandement difformes et hideuses à voir, et principalement quand elles sont au visage, et s'espandent tellement qu'elles couurent souuen t par succession de temps vne bonne partie de toute laiface.
' Ce paragraphe n'allait pas plus loin en 1579; ce qui suit est de <;)8.").
- Simon de Prouanchiercs eu son Comracataire sur le liure deFerncl. — A. P.
LE l)I\-TIVrriKMF LIVRF ,
Or telles (harques (ce me semble viennent à raison que les mois coulent encore vn peu à la femme, ou bien <iu'il en reste quelque portion contre les paroisde lamatrice, ayant la compagnie (le son mary : et les semences se meslans auec tel sang, il teint et baille couleur à quelque partie de l'enfant. Les femmes disent que cela prouifnt d'auoir eu enuie de manger quelque viande ou fruits pendant leur grossesse, ou quon leur aura ietté au sein ou au visage quelques choses. Cela m'est bien difficile à croire : toutesfois ie croy bien que la forte imagination a grand force à esmouuoir les humeurs, et qu'elle imprime en elles la figure des choses imaginées, aisément sus chacun indiuidu, puis les met en œuure en leur sang (comme nous dirons cy après parlansdes enfans monstrueux, faits par la vertu imaginatiue). Mais que l'enfant jaformépuissereceuoir telles marques par vn désir démanger quelque viande, ou qu'on aye ietté aucunes choses sur elles, c'est chose difficile à croire 1.
Aucunes de ces taches sont curables, les autres non, principalement
C'est chose difficile à croire. Ces mots ne sont qu'une répétition de ce que l'auteur a dit plus haut; aussi ne les lisait-on pas dans la rédaction primitive ; et le paragraphe se terminait ainsi :
«... Ou qu'on aije ietié aucunes choses sur elles : le le croy tout autant que ce que l'on raconte de Cliypus Roy, lequel ayant par grande attention veu combattre deux taureaux, il se meit vn iour à dormir, ayant ceste imagination, à son reuei! il se trouua auoir des cornes de taureau qui lui estoyent venues à la teste. »
I-a traduction latine, qui a sauté tant de passages, avait cependant conservé celui-là; ce qui n'a pas empêché Paré de le retrancher en 1585.
celles qui sont fort grandes, ou qui sont au\ léures, nez et palpebres. Et celles qui sont comme verrues, à raison qu'elles i)articipent de quelque mauuaise qualité, laquelle s'irrite les voulant curer, ne doiuent; eslre aucunement touchées : car parlicipans d'vn humeur melancholic, facilement estans irritées se. tourneroient en chancre, appelle des vulgaires -Vo/i metangere. Celles qui se peuuent curer sont petites, et en parlie qui peuuent permettre d'estre ostées: ce qui se fera prenant vne aiguille enfilée, laquelle sera passée au trauers de la tache, à sçauoir dessous le cuir, à fin de le leuer en haut pour couper toute la marque qui est imprimée en iceluy : et la playe qui restera, sera traitée ainsi qu'il appartient.
Aucuns m'ont fort loué telle chose.
C'est qu'appliquant par plusieurs fois du sang menstruel de la femme, ou bien quelque petite portion des arriere-faix, guarissoit les marques rouges qui ne sont esleuées en tumeur '.
Celles qui sont médiocrement larges et esleuées en tumeur, ayans poil comme vne taulpe ou souris, seront liées selon leur largeur et grosseur, passant une aiguille au trauers de leur racine en trois ou quatre endroits, plus ou moins 2, qui est le moyen de les faire tomber, n'ayant plus denourrissement et vie: et après estre tombées, l'vlcere qui restera sera guarie : et s'il restoit quelque chair à consommer, se fera commodément auecques .Egyptiac, poudre de mercure, et autre. Ou bien si on
' Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
' C'est là en quelques mots toute la méthode des ligatures multiples, sur lesquelles M. ."\!athias Mayor a écrit de nos jours un irailé d'ailleurs très intéressant.
DE I.A GENERATION
craint qu'elles reuiennent, la racine n'estant ostée, sera cautérisée anecques vn peu d'huile de vitriol, ou d'eau fort.
Outre cesdites marques appellées seings, il s'en troinie d'autres qui sont de couleur liuide tirant sur le violet, qui occupent les parties de la face, et principalement lesléures, faisant tu meur molle, laxc,rare, sans douleur, ayant aux enuirons plusieurs veines variqueuses. Icelle tumeur, lors que les enfans crient , et les plus aagés se mettent en cbolere, s'enfle d'un esprit flatulent, et pour lors est de couleur diuerse, semblable à celle de creste de coq d'Inde : le cry et cholere passés, la tumeur s'abbaisse et esuanouit, demourant comme auparauant.Et à telle tumeur ne faut mettre la main.