‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 430 sur 511 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

DES iNlOEVRS DE LA NOVRKICE.

Elle doit estre diligente et non felarde • à tenir l'enlant nettement, cbaste, sobre, ioyeuse, chantant et riant à l'enfant, l'aimant conmie le sien mesme, et plus s'il est possible : aussi faut qu'elle parle et profère bien sa parole, d'autant que l'enfant apprend à parler par sa mère nourrice :

semblablemcnt qu'elle soit sage, et bien moriginéc; - : car l'enfant ne tire tant du naturel à personne, après le père et la mère, que de sa nourrice, à raison du laict qu'il tête. Ce qui est conneu par expérience des petits chiens quiserontallaictésd'vnelouue ou d'vne lionne., lesquels seront plus furieux, hardis et mauuais : au contraire on appriuoise les petits lionceaux et leopars, les faisant nourrir de laid de chéure ou de vache, D'auantage les petits agnelets qu'allaictera vue chéure, auront leur laine plus dure : au contraire les chéureaux qu'allaicte une brebis, auront leur poil plus moi -' : i'agneaù qui aura teté une chéure , n'aura pas seulement la laine plus dure, mais aussi sera plus farouche que ne porte son naturel. Platon admoneste les nourrices de ne compter pas iniiifTeremment toutes sortes de fables aux petits enfans, de peur que leur ame dés ce

' Non fciardc, non négligente. L'édition latine traduit : Dilicjensquc in puera niiidè et rnundè lenendo,

' L'édition de 1573 disait : lù bic» murigerée,(ia latin muruieruta. Ce mot a été changé dès 1.S7."); l'édition latine traduit : Belle moiaUi sii.

3 Le paragraphe s'arrêtait ici en 1573; le reste est de 1579.

LE DiX-flViTlÉME LIVRE ,

commencement ne s'abreuue de folie, et de mauuaise opinion. Et aussi conseille sagement le poète Phocylides, quand il dit :

Dés que l'homme est en sa première enfance, lAIonslrerluy faut du bien la connoissance.

Parquoy ie conseille qu'on regarde bien à eslire vne nourrice , et qu'elle ne soit gloutte ' , ne adonnée au \in , non seulement parce que plusieurs s'estans endormies allaitans l'enfant, l'ont suffoqué de leurs mammelles :

ce que l'ay veu trop souuent aduenir en ceste ville de Paris- : mais par-ce que quasi auec le lait les mœurs et vices de la nourrice influent dans les enfans. D'auantage ne doit que rarement coucher auec les hommes 3, pour plusieurs raisons : car premièrement le coït (rouble son sang, par conséquent le laict : secondement il diminue la quantité du laict, par-ce qu'il prouoque les fleurs, en diuertissant par le moyen du coït le sang des mammelles à la matrice , qui est l'vnedes principales causes qui altère et corrompt le laict : carie coït esraeut le sang menstruel , le fait sortir et changer de situation : liercement il engendre mauuaise odeur au laict et qualité vitieuse,tellequenoussentons exhaler des corps de ceux qui sont en rut et eschauffés en l'amour et acte

' G/oH/?e, gloutonne, gourmande.

' C'était là la seule raison qu'il donnait en 1573, mais déjà appuyée de son expérience; le reste de la phrase a étc^ajoutc en 1575.

5 A partir de l'édition de 1585, la phrase commence ainsi : D'aiianlnge on ne doit, etc. Cet on est évidemment de trop; car il ne s'agit pas d'une personne indéterminée, mais de la nourrice; et j'ai suivi le texte plus pur des trois éditions antérieures.

De la GENERATION.

vénérien * : la quatrième raison , c'est que le coït est quelquesfois cause d'engrossir la nourrice, dont il adulent double inconuenient, l'vn à l'enfant qu'elle nourrit , l'autre à l'enfant qu'elle a dans le ventre : car le meilleur sang abandonne lesmanimelles, estant attiré à la matrice pour nourrir et augmenter l'enfant qui est conceu, et le pire se retire aux mammelles , duquel est fait le laict pour la nourriture de l'enfant nourriron, lequel se corrompt et diminue.

Parquoy l'enfant qui est au ventre de la nourrice ne prend suffisante nourriture , et l'enfant qui est au dehors en prend de mauuaise^.

Les petits enfans se délectent à voir choses belles et luisantes , partant ils regardent volontiers le feu et les chandelles allumées, et autres choses qui flamboyent : et à ouïr paroles flateuses et qui les amignardent, tellement que les plus criarts et difficiles à appaiser se taisent oyans chanter, et lorsqu'on présente deuant leurs yeux choses luisantes. Car ils craignent l'obscurité , et ne veulent nullement voir choses laides et hideuses. Parquoy quand quelque femme vieille , laide , et ridée porte vn petit enfant entre ses bras , si tost qu'il la voit, tressault tout pleurant:

au contraire , là où ce sera quelque belle femme et proprement habillée qui s'approchera, lors luy tendra les bras, pour aller vers elle. Parquoy il ne faut qu'vne nourrice soit triste et mélancolique , mais belle , gaillarde, chantant volontiers, bien habillée,

' Ces mots : telle que nous sentons, etc., sont une addition de 1575.

' Ici se terminait le chapitre dans les trois

et qu'elle aime (comme il a esté dit ) son nourriçon comme le sien propre.

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