‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 436 sur 511 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

en qviil temps il favt sevrer l'enfant *.

Quelques vns sont sevrés à dixhuit mois, les autres à vingt, et le commun est à deux ans , parce qu'ils ont leurs dents, par lesquelles Nature semble demander quelque autre nourriture que le laid et bouillie : aussi qu'ils appetentet désirent les viandes plus grosses et solides que le laict, et y prennent plaisir, et les mangent leur estant baillées en suffisante quantité, de sorte qu'il ne leur est plus besoin de laict ni de boCiillie : laquelle, s'ils en mangeoient ordinairem(>nt, se corromproit auec la chair et les autres viandes. Toutesfois on ne peut certainement designer ne limiter le temps légitime du sevrement, pour la diuersité du temps de la sortie des dents, ne Tenuie de leur puissance de manger les viandes : car nous voyons que les dents sortent plustost aux vns qu'aux autres. Parquoy faut borner le temps de sevrer l'enfant par la sortie dicelles : et ceux à qui elles

■■ Tout ce chapitre, sauf une petite phrase, est entièrement reproduit d'après l'édition de 1573. Je dois noter cependant qu'alors les mots sciirer, seuretnent étaient écrits par un u ; tandis que dans les éditions de 1575, i:i7!), 1585, et enfin dans celle de 159S, la dernière qui fasse autorité pour nous, r« a élé coiiflammenl remplacé par le i. On comprend que je me suis empressé de suivre cette dernière orthographe.

mettent plus long-temps à sortir , doiuent mettre pareillement plus longtemps à estre sevrés : et ceux à qui plustost elles sortent, seront aussi plustost sevrés : pour autant que l'intention pour laquelle Nature a produit des dents, c'est le brisement et mastication des viandes, pour les,preparer et rendre plus faciles à la digestion. Et aussi semble que quand elles sont sorties, Nature incite l'estomach de l'enfant à appeler le nourrissement qui se doit mascher et briser par icelles .- partant elles ne sont produites sans cause : et ne leur faut bailler aucune viande que premièrement leurs dents ne soient sorties :

car si plustost on les sevré, Auicenne dit que cela seroit cause de plusieurs maladies, pour la mauuaise digestion et corruption qui s'ensuiuroit , qui pourroit estre cause de mort.

Les deux ans accomplis, ou plustost, si on voit que l'enfant aye affection de prendre autre viande que le laict, et s'il la masche bien et digère , et lors que nous verrons qu'ordinairement il appete et demande à manger de la chair, ou autres bonnes viandes plus solides que le laict, et aussi qu'il s'en degoustc , nous deuons croire que cela ne luy vient pas d'vne volonté ou fantasie, mais d'vn instinct de Nature, qui raisonnablement l'incite à cela : parquoy lors on le doit asseurément sevrer , et luy donner viandes plus solides que le laict et boiiillie. Les enfans qui tètent trop long-lemps , en sont rendus efféminés, lasches et mois '. Aussi si on voit le contraire , qu'il n'aye point enuie de viandes solides , et n'y prend plai-

' Cette courte phrase :

etent trop long temps etc.

en 1585.

Les enfans y«j , a été ajoutée

sir, et les masche et aualle contre son cœur, encore qu'il eust deux ans , et ses dents , nous le laisserons encor sans le sevrer : parce que la viande prise contre son gré ne se digère pas bien , et se corrompt non seulement aux enfans , mais à toutes personnes, dont s'ensuit plusieurs maladies , comme nous auons dit. D'auantage faut auoir esgard à la disposition de son corps, pour sçauoir s'il est temps de le sevrer : car s'il est maladif, comme tantost sain , tantost malade, lors on ne le doit sevrer , parce qu'il ne mange pas suffisamment , à cause de sa débilité.

Et lorsqu'on le voudra sevrer, la nourrice ne luy donnera sa mammelle tant souuent qu'elle auoit de coustume, et ainsi peu à peu sera sevré : et mettra dessus son tetin quelque chose amere , comme aloés , ou eau en laquelle on aura fait tremper coloquintes, ou absinthe, ou autre chose semblable , ou bien vn peu de moustarde ; et barboiiillera entièrement sa mammelle de suye trempée en eau , à fin de la faire haïr à l'enfant.

Que diray-ie plus? C'est que les enfans qui sont fort galleux à la teste et au corps, et qui rendent beaucoup de morve et baue , et aussi qui ordinairement vont bien à la selle, c'est signe qu'il se porteront bien quand ils deuiendront grands, parce qu'ils se purgent de leurs superfluités : au contraire , ceux qui n'ont point ces choses nesont hors de danger deplusieurs maladies , quand ils seront en plus grand aage : et si telles superfluités tombent sur le dos, aucuns en deiiiennent bossus, courbés et contrefaits.

Or après auoir ainsi desrrit ce qu'il faut faire à l'enfant nouuellement né , voire iusques à estre sevré :

maintenant nous retournerons à de-

clarer quand mere.

LE DIX-HVITliaiE LIVRE,

les signes pour connoistre il est mort au ventre de sa

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