‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 444 sur 511 · DES CAVSES DE L'AVORTEMENT DES FEMMES · texte numérisé non relu

DES CAVSES DE L'AVORTEMENT DES FEMMES

Il y a différence entre auortement et effluxion : auortement, c'est quand l'enfant est ja tout formé et a receu vie : effluxion, c'est quand les semences premièrement conglutinées ensemble par quelques iours, soudainement s'escoulent, et en sort quelques membranes et caillebots de sang concret, et chair sans forme, que les matrones appellent faux germe, dont les

' f'^n clijsiere airjii; le latin traduit : acriore clyslere.

' lUieff a le quatrième chapitre de son 5" Livre qui est intitulé : De aboriûs causis et sicjnis , necnon de abonientium omnifarid cura. Mais il suffit de dire que Paré a repris presque entièrement son article de la 3Janicrc de cjtii'aircltes eiifaits, etc., pour écarter

femmes sont fort tourmentées et vexées de douleurs oX trancbées. Or l'auortement des femmes vient deuant le (erm(>,pnr nature inslincle' et contrainte d'enfanter par (juelqiie cause et violence contre nature , et tel enfantement est appelle auorlif,ou auortement.

Les causes duquel sont plusieurs, comme grand ihix de ventre , strangurie ou ardeur d'vrine, auec grandes espreintes, grandes toux, vomissemens violens, ou trop grand trauail et agitation , comme courir, dancer, sauter, tomber de haut , ou leuer quelque pesant fardeau, ou cheuaucher vn chenal troltier, ou aller en coche , ou quelque coup orbe donné contre le ventre, par ce que tels mouuemens desreglés rompent et relaschen.t ledits ligamens de la matrice.

Aussi les choses qui compriment le ventre de la mcre , comme font les bustes et choses semblables, qui empeschent que l'enfant ne peut prendre croissance naturelle : parquoy il est contraint sortir deuant le terme deu, dont par telles choses les mères auortent, au moyen de la lésion qu'on fait à l'enfant'^. Aussi toutes choses qui

toute idôe d'imitation ou de plagiat. Franco a fait de ce mémo article son chapitre Sf, intitulé : Des causes d'auortemevt.\ 0)ez cidevant, page 621. Roesslina traité la même question fort au long dans son 8<^ chapitre; niais comme il n'y a rien de neuf dans aucun de ces auteurs, on peut présumer qu'ils ont tous puisé auv mêmes sources, c'est-àdire dans les auteurs de l'anliquité et du moyen-àge, et il n'y aurait aucun intérêt à comparer des doctrines ainsi copiées.

' Jmiincie, l'édition de 157;î portait distincie ; l'édilion latine a sauté toute la phrase. Le sens de ce mol est fort difficile à deviner.

'■' Telles causes d' miorlevtc\U sont cscriles en fraiiçois par les iMeileciiis. — A. P. — Celle

note est de 167 y.

LE DIX-HVITIEME LIVRE

font que les veines et artères, ligamens de l'arriere-faix se relaschent et rompent par quelques efforts: pareillement par la trop grande frequenlaliori des hommes: aussi le bruit de foudre et tonnerre, et de l'arlillerie, et le son des grosses cloches font auorter,et plus-lost lesieunesque les vieilles, par ce que le corps desieunes est plus tendre et délicat et plus rare, et le corps des vieilles plus robuste et plus dense.

D'auantage il vient aussi de trop ieusner, ou à cause de trop grand llux de sang : mais si l'enfant est encore petit, comme d'vn mois ou deux, le danger n'est si grand, à cause qu'en tel temps n'a affaire de grande nourriture. D'auantage si la femme est long temps malade, sera cause de la faire auorler, par ce que le sang se consomme : parquoy ledit enfant est contraint de sortir par fauled'aliment, qui ne luy est enuoyé en suffisante quantité ny qualité. Aussi peut venir par trop grande quantité de vlan»

des : car par icellos est suffoquée, et son aliment corrompu, à cause que le trop boire et manger fait que la digestion est mal-faite, et par conséquent la masse du sang se corrompt, dont l'enfant doit eslre nourri et alimenté. Aussi pour avoir mangé viandes corrompues , et de mauuais suc :

car souuent les femmes grosses sont degoustées, et ont vn appétit insatiable et depraué de manger viaudeseçtranges et mauuaises choses, qui se fait le i)lus souuent enuiron le troisième mois qu'elles ont conceu : lequel appétit vient à raison de certaines humeurs visqueuses, aigres, et froides, et d'vne piluile qu'elles ont à l'eslomach, ou enUe les membranes d'iceluy, dont l'enfant en est infecté.

Ainsi aucunes désirent manger des

DE LA GENEBATIOIN.

charbons, craye, terre, herbes, fruits non meurs, harancs et autres poissons cruds, et chair, papier, piastre, poyure et autres espiceries, boire du vinaigre, ayant en haine toutes bonnes viandes : lequel appelit ainsi depraué augmente lors que les cheueux commencent à venir à l'enfant : et aucunes qui ont vn tel désir n'en mangeans, quelquesfois auortent, et sont en danger de leur vie. Les femmes doiuent en cela résister et dompter cette hiauuaise affection : toutesfois si on connoist qu'elles ayent vn si grand vouloir et enuie d'en manger, leur faut permettre, encore que telles choses leur soient contraires, pourueu qu'elles ne leur apportent trop grand dommage et preiudice :

car souuent digèrent telles choses ordes, et les transmuent en aliment, sans qu'elles en ressentent aucun mal ny dommage en leurs corps.

D'auantage, Tanortement se peut faire par l'vsage des bains et estuues, parce qu'elles mollifient et lubrifient et relaschent les ligamens de la matrice : et aussi que par la chaleur des bains, la chaleur interne de tout le corps est bien fort augmentée, et l'enfantsentanticelle quiluyestestrange, ne la peut souffrir, dont fait ses efforts à sortir hors de la matrice*. Les femmes grosses , qui sans cause manifeste auortent au deuxième ou troisième mois, tombent en cest juconuenient, parce qu'elles ont les cotylédons, c'est à dire, les bouches et orifices des vaisseaux de leur matrice, pleins (le phlegme cras et gluant, et partant Tenfant ne peut cstre détenu à cause de sa pesanteur, et se rompent et deschirent , parce qu'ils sont

' Le paragraphe s'arrêtait ici en là":?; le reste est de 1575.

oints et moiiillés de phlegme glissant.

Aussi peut venir auortement par trop grand' ioyei, ou par vn grand désir qu'elle auroit de manger quelque chose, ou par despit et fascherie qu'elle aura, ne se pouuant vanger et faire ce qu'elle désire, ou vue grande peur, parla mutation trop subile qui se fait au corps. Or voila les causes qui font auorter les femmes.

D'auantage, si les mammelles de la femme grosse sont dures et pleines, puis subit diminuent, c'est signe d'auortement^: car de là nous est signifié qu'il y a défaut d'aliment competant et suffisant pour l'enfant : car comme est enseigné en l'anatomie , il y a des veines communes aux mammelles et à l'amarry, lesquelles lors qu'elles ont peu de sang, les mammelles frustrées de leur enuitaillement ordinaire deuicnnent plus gresles que de coustume : dont s'ensuit que par faute de nourriture suffisante, l'enfant meurt, ou cherchant dehors ce qu'il ne trouue dans le corps de sa mère, rompt violentement les membranes dont il est enueloppé , et sort deuant le temps légitime en lumière.

Aussi si la femme porte deux enfans, et l'vne de ses mammelles flétrisse et diminue, c'est signe que l'enfant qui est de ce costé là est mort, ou en bien grand danger 3.

Les femmes endurent plus grande douleur en auortant que lors quelles accouchent à terme , et sont en plus

' Aphor. 45. sect. 5. — A. P. — Cilalion de 157'J.

» Protjnoslic d'auoriemenl de l'Aphor. 53. sect. 5.— A. P.— Noie de 157!). Dans l'cdilion de 1573, railleur passait inimcdialcmenl à la dernière phrase de ce paragraphe : Au^si si la femme porte deux enfans , etc.

5 Par l'Aphor. 38. secl. —A. P. — 1579.

7l6 LE TDIX-HVITI^ME LIVRF ,

grand péril, d'autant que ce qui se fait contre nature est plus grief et niauuais que ce qui se fait naturelleinent. Il aduient souuent aux femmes qui ne portent au commencement leurs enfans à terme, qu'elles font les enfans suiuans en ce mesme temps. Parqnoy cela aduenant, on aura recours au Médecin à recherciier les causes, et euiter toutes les cboses qui font auorter. Cest emplastre est ville appliqué sus les reins :

1Ç.. Labd. 3. ij.

Galang. 5. j.

Nucis mosca. nucis cupres. boli arrii.

terra; sigill. sang. drac.balausl.aiia5.fi.

Acac. psidior. hypochist. ana 5. j.

Mastic, myrrha; ana 5. ij.

Gumiui arabici 5. j.

Tereb. Venet. 3 . ij.

Picis naual. 5 . j. 6"

Cerae quant, suff. Fiat emplastrum secundum artem, cxlendalur super alulam ad vsura.

S'il suruenoit chaleur et prurit aux lieux où il auroit esté appliqué, par le moyen dudit emplastre, il sera osté, et appliquera-on l'onguent rosat, Infrigidat. Galeni, ou de celuy qui s'ensuit :

2C. O ei myrt. cydon. el mastic, ana 3 . j.

Hypochist. acac. boli Arni. sang. drac.

ana 5. j.

Sandal. citrini 5. iiij.

Cera; quantum sufficit.

Fiat vnguentura secundum artcm.

Quelques femmes portent leur enfant dix et onze mois, parce qu'il a esté engendré de grande quantité de semence : à ceste cause a esté fait grand, fort, el vigoureux, qui fait que pour sa nourriture il faul qu'il demeure plus long temps en la ma-

trice'. Car vn gros fruit n'est si tost meur qu'vn petit : aussi vn enfant menu et gresle dés sa conception , ou première conformation , et qu'il soit cJiaud et sec de sa complexion, a assez de neuf mois , et quelquesfois de sept pour sa maturité, où à vn autre en faudra dix , onze et douze : aussi voil'On communément les filles venir iusques au bout du neufiéme mois, et le fils naistre au commencement et entrée du mois : car la complexion chaude sert beaucoup à la prompte maturité, et la froide et humide plus tardiue. ^'oiIa quant à l'enfant, que selon sa complexion et corpulence qui en procède, séjourne plus ou moins en la matrice attendant sa maturité. A cecy aide grandement la matrice : car elle esl de température chaude ou froide : la chaude aide à cuire le fruit plus tost, et la froide plus tard.

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