‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 447 sur 511 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

DES SIGNES POVR CONNOISTRE VNE MOLE d'avec vn ENFANT.

On voit en vne mole quasi tous les signes des femmes grosses d'enfant. Les signes di| comipencemept de mole sont , douleur poignante au ventre, comme de colique : le ventre s'enfle plus subit et plus fort que d'vn enfant , et sera plus dur. Pareillement la mole est plus difficile à porter qu'vn enfant , parce qu'elle est contre nature et comme vne chose sans esprit et vie, et l'enfant est selon nature, ayant une ame diuine. Les niammclles s'enflent au connnencement, mais enfin demeurent mollasses et flestriesS et diminuent, pource

' Édition de 1573 : Aussy les mamelles ne ^'enflenl, mais demeurent mollasses et (laitries.

7*^4 LE DTX-nVITI^ME LIVRE,

que Nature en vain y enuoyeroit du laict, vcu qu'il n'y a point d'enfant pour rallaictcr et nourrir '. Deuant le troisième mois on y trouue mouuement, toutesfois fort obscur, petit, et comme tremblolant : ce qui n'est trouué à vn enfant -.

Or combien que la mole se menue, et qu'il semble y auoir quelque vie, neantmoins elle ne tient point cesle vie de l'ame raisonnable, mais seulement de la faculté de la matrice , et de l'esprit jçeneratif qui gist aux semences et au san^ menstruel , lesquelles choses nourrissent et entretiennent, el donnent forme à l'enfant pour quelque temps : mais puis après sa formation , Dieu luy transmet l'anie, qui est vue inspiration de 1 esprit diuin, laquelle dislingue Tbomnie des bestes et le rend immortel : ce qui défaut à la mole, car elle a seulemenl vievegetatiue comme les plantes^. Aussi l'enfant en son temps a son inouuement différent , parce qu'il se meut de coslé dexlre et senestre, ce qui n'aduient eu vne mole sans compression , et la comprimant à dexlre, est poussée à seneslre, et du seneslrc au dextre, et retourne en mesme lieu d'où elle auoit esté poussée : au contraire de reniant , qui pour TLeure

' Dans l'édilion de 1585 elles suivantes, on lit ici cette courte phrase . D'auaiiUige le nombril ne son hors comme lorsqu'il y a enfant. Je l'ai retranchée sans hésiter, attendu que dans toutes les éditions, même celle de 157;], on la retrouve un peu plus bas, el presque dans les mêmes ternies.

'' La mole a vu mouiicmeni petit el obscur comme les esponges altacliées contre les rochers, el comme les vrlies de mer. — A. P.

3 Ces mots, ce qui défaut ù la mole, etc., manquent en 1573 el en 1575. Les autres éditions portent uniformément : ta»- elle nu seulement, etc. ; j'ai retranché la négation, qui faisait un véritable conlre-sens.

qu'on le pousse ne sort de sa place.

Pareillement quand la femme se tourne en son lit, la sent tourner de coslé et d'aulre , auec vne pesanteur comme si c'esloit vne boule. D'au;intage tout le corps de lafemmedeuient mollasseet emacié, c'est à-dire, amaigri et sec , principalement les cuisses el iambes , lesquelles s'enflent vers le soir, de sorte que la femme ne se peut bien soustenir dessus, à cause de la débilité de la chaleur naturelle , qui commence à défaillir aux parties plus esloignées du cœur : aussi le ventre est fort enflé , et semble que ce soit hydropisie , excepté qu'il est plus dur, et ne rend point de son de tabou rin lorsqu'on frappe dessus. Telle enlleure de ventre prouient de ce que le sang menstruel qui tombe dans l'vterus, n'est point employé en nourri ture , mais s'accinnule ainsi peu à peu. Aussi le nombril ne sort dehors, comme quand il y a enfant. Pareillement en la mole iamais les fleurs ne coulent, comme il se fait queiquesfois à la femme grosse d'enfanl, si ce n'est à d'aucunes, à qui adulent grandes vuidanges, qui les allègent fort de la pesanteur de leur venlre.

Aucunesfois la mole est tant adhérente et attachée contre les parois de la matrice , et aux orifices des vaisseaux ( qu'auons par cy deuant nommés cotylédons) que iamais n"en peut eslre séparée : parlant la panure femme la porte queiquesfois six ou sept ans, et mesme toute sa vie.

La fenune de Guillaume Roger.

maislre potier d'eslain , demeurant rue sainct Victor, aagée de cinquante ans et plus, a porté vne mole dix sept ans ou enuiron, laquelle deceda le 27. iour de Juillet 1574. Son mari m'appella pour ouurir le corps , on trouuay sa matrice n'estant aucune-

DE LA GENERATION

ment attachée et liée, sinon que par le col (l'icelle matrice, et bien peu par Tomentum : n'ayant qu'vnseul testicule du costé droit, assez large, mol et fleslri. Et quant aux cornes de ladite matrice, n'estoient aucunement apparentes, sinon que bien peu du susdit costé. Elle ne receuoit aucuns vaisseaux sinon que par ledit col, lesquels estoient fort apparens en la superficie.Telle matrice estoit de grosseur de la teste d'vn grand et puissant homme. L'ayant séparée ton te entière, la fis porter à mon logis pour la découper, et sçauoir ce qui estoit contenu en icelie : ce que ne voulus faire sans auoir compagnie de doctes Médecins et Chirurgiens, les noms desquels s'ensuiuent : monsieur de Mazille, conseiller et premier médecin duroy, monsieur Alexis, premier médecin de la royne de France, monsieur Vigor, premier médecin de la royne régente, monsieur de S. Pont, premier médecin de la royne deNauarre, messieurs le Féure, Brouel, médecins ordinaires du roy , messieurs Violaines , Greaume, Marescot, Rauin , Milot, Hautin, Riolan, Lusson, docteurs regens en la faculté de Médecine .Cointerel, chirurgien du roy au Chaslelet de Paris, et premier de la royne : le Brun, Guillemeau, chirurgiens iurés à Paris: en la présence desquels ie fis ouuerturede ladite; matrice, laquelle trouuasmes en sa substance et propre tunique (Paulre qui vient du péritoine estant au reste saine et entière) toute scirrheuse et si extrêmement dure, qu'à bien grande peine le cousteau, bien tranchant qu'il fust,y peust entrer : et estoit icelie matrice d'espaisseurde trois doigts et plus. Au milieu et capacité d'icelle, fut trouué vue chair semblable à vne tétine de vache, de grosseur de deux poings, n'estant

adhérante aux parois d'icelle, sinon qu'en certains endroits, estant fort dense et grumeleuse : en la substance de laquelle estoient infiltrés des corps estranges, comme atheromes, cartilages et os : et fut conclu de tous, que le commencement dételle chair auoit esté vne mole, prenant nourrissement et accroissement comme les loupes qui aduiennent en quelque partie de nostre corps : laquelle auec le temps s'estoit tournée en scirrhe, et semblablement toute la substance de la matrice. D'auantage nous trouuasmes vne tumeur au milieu du col de la matrice, de grosseur et rondeur d'vn bien gros œuf de poulie d'Inde, dure en toute sa substance, meslée de cartilages et os, occupant du tout le col d'icelle, et principalement la bouche intérieure delà matrice, dite vulgairement le couronnement, de sorte que rien n'y pouuoit entrer ny sortir.

Le tout estoit de pesanteur de neuf liures demy quarteron. le la garde en mon cabinet, comme chose monstrueuse.

Lors qu'icelle femme viuoil , elle senloit grande douleur au ventre, l'ayant dur, et grand à merueilles, comme si elle eust esté grosse de plusieursenfans,sibien que quelques médecins voyant passé,' le temps légitime d'enfanter, l'auoient traitée comme hydropique : loutesfois ne sceurent rien gaigner sur l'enfleure de son ventre. Quelquesfois aussi elle auoit suppression d'vrine l'espace de deux ou trois iours, et lors ifvrinoit sinon qu'auecgrande douleur : pareillement elle estoit quelquesfois sept ou huit iours sans aller à la selle, pour la

> J'ai restitué ici le mot passé, d'après l'édition de I57;5 ; il manque dans toutes les éditions complètes.

compression des intosUns qun faisoit ceste énorme masse. Et par intcrualle, comme do trois mois on trois mois, ell«> aiioit de grandes viiidanges, lesquelles ne pounoient sortir de la capacitif delà matrice, attendu (comme nousauonsdil) qu'elle estoit remplie et exactement close, fermée et cstoiipée : mais telles vuidangessortoient par les vaisseaux dont les filles se purgent de leurs mois, et aucunes femmes grosses. Au reste, pour r<;normité remarquable de telle mole, ie t'en ay bien voulu icy représenter la figure : l'vne entière, et l'autre estant ouuerte'.

Figure de lu mairice entière.

LE niX-HVITIEME LIVRE,

Fiyure de la matrice oimerie.

A Monstre le corps de la matrice.

B Le testicule.

C Le col de ladite matrice, auquel la petite tumeur estoit cotilenue,

D L'extrémité du col delà matriceseparé, ensemble les vaisseaux par lesquels ladite matrice estoit nourrie.

E Le lien.

FFF Les vaisseaux espandus dans la matrice.

' Cette histoire a été racontc^e avec tous les. détails qu'on vient de lire dans l'édition Ue 1S76, Mais en U")73 la malade vivait cn-

AA Monstrent le dessus du corps de la

matrice.

BBBB L'espaisseur du corps de la matrice. C La Mole.

DO La cauité en laquelle ladite mole estoit contenue.

Rembert Dodonay médecin, en ses Observations médicinales , chapitre 49, dit s'estre trouué vue mole à vne vefue, laquelle estoit presque de la longueur d'vn pied, large de demy pied, et espaisse de quatre doigts '.

Aussi il aduient à quelques-vnes, qu'elles ne la portent qu'vn mois ou deux, ou plus, ou moins , et alors qu'elle estleltée hors, les femmes la

core, et conséquemmenl l'observation était beaucoup plus courte. La voici :

« La femme de Guillaume Roger, maistre potier d'estain, demeurant rue Sainct-Victor, a vne molle depuis sept ans ( cette date s'accorde mal avec celle du texte actuel ), en laquelle on trouue tous les signes cy-dcssus escriptz, et a le ventre grand et dur à merueillcs, comme si elle estoit grosse de plusieurs enTans, si bien que quelques médecins volant les mois passés de sa grosser.se , l'ont traictee comme liidropique, toutefois n'ont sceu rien gaigner sur l'enfleure de son ventre, et demeure toulours en vn mesme estât.»

' Cette citation a été intercalée ici en 1&S5.

DE LA. GENERATION

nomment mauuais germe. Il s'en est trouné autresfois deux ou trois séparées l'vne de l'autre,

Autresfois il s'en est vcu de liées et attachées auec vn fœtus bien formé, comme raconte Valeriola de sa femme qui ietla une mole qu'elle auoit porté douze mois, à laquelle estoit lié vn fœtus de quatre mois, auquel ladite mole luy fit tort, luy ostant sa nourture, et ne pouuoit auoir assez de place pour aller au terme de sa matnrilé. Or c'est chose toute asseurée que ceste mole, comme une meschanle et cruelle besle, tue tousiours le fœtus auec lequel elle est liée '.

il me souuient auoir ouuert vne femme, laquelle mourut parce qu'elle auoit vne mole de la grosseur d'vn œuf d'oye, que Nature vouloit ietter hors, et ne put, et demeura et se pourrit, dont la mort s'ensuiuit.

Auicenne dit que la femme a des douleurs comme si elle vouloit accoucher, et iette vne masse de chair sans forme. Autres ne iellent que seules ventosilés sortans par le col de la matrice auecques bruit et son, qui a esté cause qu'on dit telles femmes auoir accouché d'vn pet 2.

Or pour conclusion, quand la femme pense estre grosse, et qu'on voit passer le temps d'enfanter, faut conclure que ce n'est enfant : et partant faut remédier à la faire ietter hors, s'il est possible, ce qui est contre nature 3.

' Ce paragraphe a été ajouté en 1575.

» Ce paragraphe a été également ajouté en 1575. Au reste on voit que, pour Paré comme pour tous les auteurs de son temps, on comprenait sous le nom de môle toutes les tumeurs de la matrice qui n'ahoulissaienl pas à l'accouchement; ici même il y rattache la tympanite utérine.

3 Ces mots, ce qui est contre nature, mm-

La mole adhère quelquesfois si estroitement aux cotylédons de la matrice, qu'elle se rend sociable à icelle, en sorte qu'elle n'en peut estre séparée, qui est cause qu'elle y demeure toute la vie de la feraniH. Hippocrates appelle telle mole, mole viuante.

Le plus souuent y est attachée légèrement, et parce elle tombeau trois, quatre, cinq, sixième mois : lîippocrates appelle telle mole, auortanle :

il adulent qu'elle est seule, et quelquesfois plusieurs sont moins dangereuses qu'vne toute seule. Souuent on trouuc des moles auec des enfans, quelquesfois y sont attachées, quelquesfois non '.

Page 1