CHAPITRE LX
DE LA MOLE ENGENDRÉE EN LA MA- TRICE, APPELLÉE DES lEMMES MAV- VAIS GERME *.
Mjola a pris le nom de myle , nom grec , qui est \ ne meule de moulin , pour la similitude qu'elle a, tant de ligure qui est le plus souuent ronde, que de consistence qui est dure, auec ladite meule de moulin : pour la- (pielle mesme raison l'os du genoinl , dit vulgairement rolula geiiu, a esté aussi appelé mola^ des Latins , et des Grecs, mylc '^.
Mola donc de laquelle-ï\ous voulons icy parler, est vne fausse imprégnation d'vne chair sans forme , de ligure ronde et dure, contenue en la matrice , comme vne masse rude sans articulation de membres distin-
1 Les deux premiers chapitres du 5"= Livre de KucfT Iraitcnl de la môle ; mais il y a une telle dilTcrciicc dans la icdaclion de Paré, qu'il n'a dû einprunlcr à son devancier que fort peu de chose. L'élymologie du mot moin est à peu près la même dans les deux auteurs.
^L'édition de 1573 disait seulement :
Molla ( sic ) a pris le nom de Mollon , nom grec , qui est vne chose ronde , et parce que la forme de Mulla est roude a esté ainsy appelée.
gués, excitée d'vne semence corrompue ou imbecille, et d'vn flux excessif de sang menstruel (et telle est la définition de la mole donnée par Hippocrates » ) laquelle n'est enueloppée d'vn arrière faix , mais seulement de sa susdite membrane, quil'enueloppe de toutes parts ^.
Philoniusditque la mole est engendrée de la semence de la femme et du sang menstruel concurrens ensemble , sans semence virile. Galien dit que les poulies font bien des œufs sans coq , mais les femmes ne conçoiuent sans les hommes, ny vn amas de chair , qui est vne mole , ny autres choses semblables, qui peuuent estre dites mauuais germe. Et dit d'auantage, que la semence de l'homme est la cause et principe du mouuement , et celle de la femme sert et aide comme de matière pour la genera-
1 Au Hure de Sierilib. et au liure de Morbiamulicrum. — A. P.
^ L'édition de 1673 donne une autre leçon :
«... contenue en la matrice, et a sa racine longue de deux ou trois doigts, plus ou moins, faicte de la membrane qui l'enveloppe et des vaisseaux qui la nourrissent (ainsy que nous voyons certaines loupes faictes aux parties de nostre corps) : et la ou elle n'eust eu sa racine ainsy longuette, et séparée de la matrice, lorsque la femme se tourne d'vn costé ou d'autre, elle n'eust bougé de la partie contre laquelle elle seroil allachee : icelle n'est enueloppée d'vn arriere-fais, etc. »
De plus on lisait cette note en marge ; La molle prend son nourissemenl ainsy que foui les louppes, cl les fumjus des arbres. En sorte que cette description convenait tout aussi bien, et même mieux aux polypes fibreux pédicules qu'aux véritables môles. Nous verrons d'ailleurs au chapitre suivant que Paré ne savait pas les distinguer; et c'est ce qui donne même à tout ce qu'il en a écrit un intérêt vraiment chirurgical. Le texte actuel date de 1^)75.
DE LA GENERATION
tion *. Aiiicenne baille deux causes :
la première est vne effusion de matière auee vne chaleur véhémente : la seconde est la compag^nie de l'homme, lors que la matrice reçoit la semence de la femme, la faisant croistre par nourrissement , et à raison que la semence de l'homme n'est féconde, ne se fait conception louable qui paruienne à parfaite conformation-. Ferneldit^que la cause efiiciente d'vne mole n'est seulement le sang menstruel, ny que la semence seule de la femme ne la peut faire, veu qu'on ne vit iamais femme auoir conceu vne mole sans la compagnie d'homme:
parquoy principalement la cause de la moleestre la semence de l'homme, qui fait fermenter celle de la femme , comme la présure le fromage , ou le leuain la paste. Ce que Fernel a appris d'Hippocrales , et de la plus part des bons autheurs, qui tiennent que mole n'est faite sans la semence virile, mais plus de la féminine, et d'vne grande quantité de sang menstruel contenu aux vaisseaux de la matrice, lequel auec la grande quantité de la semence féminine corrompt et suffoque la virile, empeschantque la vertu formatrice ne face son action , laquelle se fait par vne bonne temperature, et au contraire est corrompue par vne immoderation ^. Et telle opi nion est la plus raisonnable : car telle mole ou masse de chair ne s'engendre en l'vterus à la façon des vers, d'vne simple chaleur et d'vn humeur es-
' liiure 14. de vsu pariium. — A. P.
^ Auicennc, liu.3. l'en. 21. trait. 1. cap. J8.
— Celle citation d'Aviceunc manque dans l'cdition primitive, et a été ajoutée en 1575.
3 Six. liu. des maladies, ch. 15. — A. P.
* Le paragraphe s'arrêtait ici en 1573; le reste est de 1575.
pais et visqueux , mais en outre des deux semences de l'homme cl de la femme , par le moyen de l'esprit generatif : ce qui est aisé à connoistre par le moyen des membranes desquelles elle estenueloppée, parles 11gamens auec vn fœtus formé, qui se voit quelquesfois attaché à icelle par superfetalion , par accroissement, et par le mouuement tremblotant.
Or par mauuaise quantité ou qualité des semences n'est seulement faite vne mole, mais aussi enfans imparfaits et monstrueux, voire quelquesfois des animaux, et autres cho ses monstrueuses, dont nous parlerons cy après. Et si on tenoit qu'vne mole peut estre engendrée sans semence d'homme , aucunes femmes pourroient par là couurir leur impudicité : ce qui ne se fait iamais.