CHAPITRE XUII
DE LA STERILITE , OVI EST DEFAVT d'engendrer AVX hommes, DE LEVR IMPVISSANCE , DE FROIDVRE ET MA- LEFICE.
L'es causes de la stérilité aux hommes sont plusieurs , à sçauoir quand leur semence est trop chaude, ou trop froide, trop seiche, ou trop humide et fluide, qui fait qu'elle s'escoule subit de la matrice, comme celle des vieilles gens, et des ieunes qui sont en trop bas aage : ou à cause du trop fréquent coït, qui rend la semence debile et indigeste et corrompue : et partant pour engendrer, il faut par quelque temps s'abstenir du coït.
Partant il ne faut assaillir son espouse trop souuent : car ce faisant la semence n'a loisir d'estre bien cuite, et elabourée et parfaite, dont elle n'est féconde à génération. Car toute semence n'est pas conuenable à faire enfans : il y faut deux conditions nécessaires, Fvne qu'il y en ait en bonne quantité, l'autre qu'elle soit bien cuite, et digeste, espaisse et gluante, pleine d'esprits fretillans : ces deux choses manquent à ceux qui retournent trop souuent. Et ceux qui vont médiocrement, font amas de semence qui se rend parfaite en bonté. Pareillement la femme de son costé amasse beaucoup de semence, qui la chatoiiille et la fait désirer la compagnie deson maryplus beaucoup que quand il la connoist souuent : ce qu'on voit par expérience, quand le mary a esté en vn long voyage, que la femme deuiendra soudain grosse, pourueu qu'il ait gardé loyauté à sa compagne, laquelle l'ayant attendu aussi longue-
DE LA GENERATION
ment, en est friande et affamée : et qu'au reuoir après long temps, il semblesc fairel'amour comme le iour des nopces, où il se fait vn combat auec grande effusion de sang blanchi, qui est la matière de faire petites créatures de Dieui.
Et lorsque la semence de l'homme est trop chaude ou froide, la femme en pourra bien iuger, la sentant fort chaude et acre, ou trop froide et aqueuse, laquelle est iettée tardiuement, au contraire de la chaude qui est iettée promptement. Que si telle semence n'est du tout inféconde, engendrera plustost vne femelle qu'vn masle.
Semblablement après Tincision de la pierre, quelques-vns demeurent stériles.
Pareillement pour auoir receu quelque playe derrière les oreilles, qui aura coupé certains rameaux des veines et artères iugulaires : laquelle section après estre cicatrisée, fait ceste voye solide par la cicatrice, de façon que la matière de la semence ne peut descendre , et priue les testicules de la communication du cerueau, de sorte qu'ils ne peuuenl receuoird'iceluy, ny l'esprit animal, ny la matière, dont le reste de la semence est débile et en trop petite quantité, et par conséquent inféconde.
Les hommes chastrés ne ieltent point de semence, à cause que les testicules leur manquent : ny aussi ceux
' Yoici un paragraphe qui peut assez bien soutenir la comparaison avec le fameux chapitre 4. Or je remarquerai que ce paragraphe manque en 1573, et n'a été ajouté qu'en 1579; en sorte qu'il serait permis de présumer qu'il aurait été insj)irc à notre auteur par son voyage à la Cour de Lorraine, qui lui fit quitter sa nouvelle femme entre 1676 et 1679.
à qui on les a tors et comprimés par violence, parce que la voye de la semence est bouchée par vn callus, qui fait qu'elle ne peut eslre iettée hors : toutesfois ieltent l'humeur visqueux conlenii aux glandes prostates, et le ieltant sentent plaisir.
Pareillement par plusieurs indispositions de la verge, adulent stérilité à l'homme, comme si elle est Irop courte, ou par trop énorme, soit en grosseur ou longueur, qui blesse la femme et luy prouoque quelquesfois flux de sang, principalement auxieunes, de sorte qu'elles ne peuuent ietter leur semence : car en lieu d'auoir plaisir et délectation, souffrent douleur. Or si le vice vient de la trop grande longueur de la verge, il leur faut bailler vn bourrelet, à fin qu'elle n'entre si profondément, et sera de telle grosseur qu'il sera besoin, à ce que la femme ne sente douleur '.
D'auantage, stérilité vient parce que la verge est tortue, pour la briefueté du ligament (qu'on appelle le filet) qui la tient, de sorte qu'en l'érection d'icelle ne se tient droite, mais courbée, de façon qu'il ne se peut faire intromission.
Semblablement il se trouue quelques-vns qui n'ont point le trou au bout de la verge, mais ils l'ont dessous, à cause de quoy ils ne peuuent engendrer, parce que ceste imperfec-
' Ce sont là des détails d'hygiène sur lesquels nos auteurs modernes n'oseraient insister. Il faut remarquer que Paré les avait d'abord donnés comme une chose toute simple, et où il n'avait besoin de s'appuyer d'aucune autorité; mais en 1579 il trouva à propos de citer en marge Sytuiits lin. de la (jeueratioii ; et dans la première édition posthume il cita Gourdon à la suite de .Sylvius.
tion les empesche de ietter la semence droit en la matrice.
Aussi par vne paralysie particulière de la verge peut venir stérilité qui se connoistra faisant tremper les parties génitales en de l'eau fioide, et si elles ne se retirent, c'est signe qu'il y a paralysie à la partie : car en telles maladies les parties ne se retirent point, mais demeurent tousiours laxes et molles,et y a quelquesCois peu de sentiment : ioint que la semence sort sans que la verge se dresse, et sans nul plaisir, et les testicules sont froids au tact».
Bref les causes de l'impuissance d'engendrer viennent ou du défaut de suffisante et bonne nourriture, comme on voit es hectiques, emacics et cachectiques, ou d'inlemperi(^, comme en ceux qui sont trop chauds ou trop froids, ou de vice de conformation.
On peut aider à ceux qui sont de nature trop froide , en leur ordonnant electuaires chauds de diasatyrlon et diatrium piperum : aussi viandes telles qui s'ensuit, à sçauoir, pigeonneaux , passereaux, perdreaux, leureaux , haitoudeaux , œufs frais et mollets, testicules et crestes de coq : aussi le membre génital d'an taureau et testicules de sanglier ont très grand»; vertu : ris cuit auec laict de vache, adioustant saffran, canelle, clou de girofle, muguetle, poiure, asperges cuites auec vu bon bouillon, mangé( s auec beurre frais, et poudre de duc. Aussi nauels et raues cuits en boiiillon gras auec vn peu de poiure, marrons, truffes, porreaux, oignons, cibouUcs, muguetles, menthe, rocquette, pignons, pistaches, satyrion, erynge et persil. Et pour le dire
LE DIX-HVITIEME LIVRE
en vn mot, toutes viandes qui engendrent esprit venteux: et boiront d'vn vin généreux, ou hippocras, ou maluoi.sie,et tout en quanlilé médiocre'.
Pour les remèdes extérieurs : Prenez huiledesuzeau2,en laquelle ferez infuser des fourmis, et en frotterez les reins et parties génitales.
Aulre. Prenez œufs de fourmis, et les faites bouillir en huile de camomille, et y mettez poudre de semence de ciboulles, de rocquette, deuphorbe, et castoreum, cire tant qu'il suffira, et soit fait onguent, duquel en frotterez comme dessus.
Si la femme est froide au déduit, elle se frottera le col de sa matrice d'ambre, ciuetle et musc. L'homme pareillement se frottera la verge de poudre de pyrethre, de poiure, mixtionnés auec miel : et cecy eschauffera la malrice trop refroidie 2.
Retournons sur nos brisées. Geste dernière cause est bien difficile à curer, principalement si elle gist en défectuosité^.
Il y a d'autres défauts et maléfices es parties génitales aux hommes, qui se font par incantation qui les rend inféconds, comme leur auoir noiié raiguillelle, et fait d'autres charmes que ie ne puis dire ny escrire ^, par la vertu desquels est restrainte si fort
« L'rdiUon de M lellc note curieuse
■3 porte ici en marge IS^olcz- bien.
' Ce paragraphe a été ajouté en 157.. mais largement amplifié en 1685.
^ Proliablement luiilc de sureau.
^ Toutes. CCS prescriptions de remèdes externes depuis ces mots : Pour les remèdes extérieurs, ont été ajoutées en 15P5.
•* Ce paragraphe est de 1575 ; il paraît cependant se rapporter au texte de 1573, c'est à savoir à l'impuissance provenanl de paralysie de la verge.
■' Le chapitre se terminait ici en 1573; le reste du paragraphe est de 1575 ; et le paragraplic linal de 1579.
la vertu naturelle d'engendrer, qu'il leur est du tout impossible pouuoir seruir de maris aux femmes pour cer tain temps, qui a esté autresfois cause que les mariages ont esté séparés.
Qu'il soit vray, les Canonistes ont establi loy sur ce fait, ayant dressé vn titre particulier, Des froids, maie fi cù s, impotcns et ensorcelés.
Il ne faut douter qu'il n'y ait des sorciers qui noiicnt l'aiguillette à l'heure des espousaiiles ' , pour empesclier riiabilalion des mariés , desquels ils se veulent venger meschantement pour semer discorde , qui est le vray mestier et office du diable. Or pour vray sainct Augustin, entre les moyens de iuiire qu'il a remarqué estre aux sorciers, il spécifie les ligatures au septième traité sur l'Euangile sainct Jean : dont nouer l'aiguillette est vne espèce de ligature. Il sera cy après plus amplement déduit de ces sorciers, parlant de l'art Magique.