‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 452 sur 511 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

DE LA PRECIPITATION OV PERVERSION DE LA MATRICE , c'eST-A-DIRE TOMBEE OV RENVERSÉE HORS DE SON LIEV NATVREL 2.

La précipitation ou peruersion de la matrice aduient quand elle est hors de son propre lieu, comme estant son fond relasché vers l'un des flancs et costés, ou dedans son col, ou qu'vne grande pairlie d'icelle sort du

' Liure 2. des Erreurs populaires. — A. P. — Il y a ici dans l'édition de 1579 quelque chose de fort singulier. Le chapitre qui suit, et cjui devrait être le 4G% porte le chilTre de 47e; et la numération continue ensuite d'une manière régulière, de telle sorte qu'on dirait seulement que le compositeur s'est trompé, et a cotnpté un chapitre de plus. Mais a la tablé des matières placée en lê(e âii Livre de la rjeneraiion, le 46'' chapitre est bien accusé; il ai pour titre : Bernonstrance sus les abus qui se commettent sur la précedure de l'hnpuissance des hommes et des femmes. Paré aurait-il voulu faire un chapitre spécial sur cette question, qu'il aurait ensuite rejeté ou qui aurait été perdu à i'impression? il est diflicile d'y répondre; on trouvera cependant quelque chose sur ce sujet dans le livre des Rapports.

' iî'ranco avait lra:ilé dans son Of chapitre De la précipitation ou rlieute de la matrice; niais sans vues qui lui fussent propres, et comWe un assez maigfc compilateur. Sans doiilé Pàrè A beaiicoup emprunté aux anciens , et il a pris assez de soin de les citer; mais les trois chapitres qui suivent n'ont rien de commun avec celui de Franco, et portent l'empreinte de l'observateur et du praticien original.

tout hors d'iceluy 1. Hippocrates, ati traité des Maladies des femmes^ dit qu'on a veu sortir la matrice hors du corps iusques aux cuisses, voire selon iÉtius , aussi grosse qu'vn œut d'autruche : qui ne peut estre le seul col , sans que tout le corps n'y soit deuailé , renuersé , et retourné comme vn sac. Or cesle masse de chair descendue n'a pas grand sentiment, mais sont les lieux dont elle est attachée qui sont fort sensibles.

Les causes, signes et accidcns de ce mal sont, ou la relaxation, ou ruption des ligamens qui lient la matrice et la tiennent en son lieu naturel Or ils se relaschent ou rompent ie plus souuent après vn enfantement violent, ou par l'imprudence des matrones, qui tirent la matrice d'auec l'aniere-faix par trop grande force , ce que i'ay veu aduenir plusieurs fois : aussi par vne véhémente extension , lors que la femme est grosse d'en faut , en estendant du linge , leuant les bras en haut, ou leuant de terre vn pesant fardeau, ou autres choses semblables : pareillement par vn grand effort de crier, ou par vne toux \iolenle , par tenesme, [ c'est à dire grandes espreintes à s'efforcer d'aller à la selle > ou de pisser : ) aussi cheutes, coups orbes donnés contre le ventre, ou cheuaucher vn cheval allant trop dur : aussi grandes slernutalions, dancer, sauter de haut en bas les iambes séparées l'vne de l'autre. Aussi la rétention de l'baleine par defluxion de quelque matière pituiteuse, accompagnée de quelques venlosilés, qui relaschent et humectent les ligamens de la matrice , ou

' Ce paragraphe finissait ici en 1573, et même encore en 1579; le resté a été ajouté en 1585.

LE DIX-HVITIEME LIVRE

paralysie d'iceux, et toutes choses qui conipriment violenlement le diaphragme el les m usrlcs de l'epigastie : aussi pour aiioir enfanté souuent, car Tenfant pesant an ventre la fait relasciun- et descendre en bas ' : pour auoirreceu air froid, comme pendant l'enfantement, ou du tlux menstruel , ou pour eslre long temps tenue sur vne pierre froide, ou pour auoir eu vue violente expulsion de Tenfant, ou fausse geniture comme vne mole.

Aristole, chapitre 2. Hure 7. De hist.

animal., remarque vne autre cause fort notable de la cheute de l'vterus : A plusieurs femmes (dit-il) rvterus tombe pour le désir qu'elles ont de s'accoupler aux hommes, de sorte que leur amarry ne peut estre remis en sa place que par le remède de la conception.

Les signes que la matrice est descendue, c'est que la femme sent douleur aux parties esquelles la matrice est liée et attachée, à sçauoir, aux flancs, aux lombes, et à l'os sacré, et sent au col de sa matrice vue tumeur auec les doigts : et si elle est d'auantage relaschée, on la voit estre sortie Lors la nature de la femme, comme vne chair rouge en forme d'oualle, et diuerse en quantité, selon la grandeur de la relaxation : et aura la femme difficulté d'asseller et vriner, par-ce que ladite matrice comprime l'intestin droit et le col de la vessie : semblablement la femme sent en sa nature vne pesanteur et grande fascherie, et l'empesche de cheminer et de faire le ieu de Venus.

La récente ou nouueile relaxation de la matrice en vne ieune femme est curable, au contraire non. Si elle

• L'énuraéralion des causes se terminait là en lù7.3, le reste date de 1575 et 1585.

tombe par paralysie des ligamens , est difficile à guarir : et si elle tombe par pourriture, est du tout Incurable.

Si elle est fort descendue entre les cuisses, elle ne peut estre réduite, et se corrompt par l'air ambient, et s'vlcere et putréfie par le continuel attouchement de l'vrine et matière fecalè, et aussi par la compression et contusion du îVay des cuisses.

l'atteste auoir veu et medicamenté vne ieune femme, à qui sa matrice tomboit hors de sa Nature la grosseur d'vn gros œuf de poulie , auoir esté guérie et porté depuis des enfans, et sa matrice n'estre iamais retombée.

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