CHAPITRE XLAIII
COMME IL FAVT SITVER LA FEMME , LORSQVE LA MATRICE EST GRANDE- MENT TOMRÉE HORS LA NATVRE DE LA FEMME.
Il faut situer la femme à la renuerse, les fesses et cuisses esleuées en haut, ainsi que si on luy vouloit extraire son arriere-faix ou enfant: puis oindre le col de la matrice, et tout ce qui est sorti hors, auec huile de lis ou beurre frais, graisse de geline, ou autres semblables, puis sera réduite en son lieu, en poussant auec les doigts tout ce qui est sorti dehors, non tout à vn coup, mais peu à peu, auec vn linge délié : et pendant qu'elle sera ainsi poussée, la femme retirera
était toul-à-fait déGguré. On y lisait : Parfums félidés , receus par le col de ladite matrice, et par la bouche et le nez : d'autres, etc. L'édiiion de 1573 porte une virgule au lieu des deux points , ce qui ne m'a pas paru encore assez net. L'édition latine a parfaitement traduit : Sujjuus j'œlidi iisdem locis {in vulvam eicervicem), suai'eoleiiles vero ore et varibus udmitteiidi. Oj» verra au chapitre 5G que les odeurs suaves atlireut la matrice, tandis que les odeurs fétides la repou.<sent, et delà leur usage difTcrenl par le haut et par le bas.
1 Cette dernière phrase n'a été ajoutée ici qu'en 1^96.
son haleine tant qu'elle pourra. Et subit qu'elle sera reduile, faut essuyer de linges déliés l'onctuosité qu'on y auoit appliquée , à fin que les parties ainsi ointes ne soient laissées lubriques: car par ainsi la matrice pourroit facilement tomber derechef Cela fait, on fomentera toutes les parties génitales de la femme d'vne décoction faite de chose astringente , comme ceste cy :
if. Cortic. granat. nue. auprès, gall. alum. roch. caud. equi. sumach, berber.
Cum aqua fabror. fiât decoct. pro fotu.
Et de ces choses en sera faite pareillement poudre , laquelle on aspergera dessus : et sera mis vn pessaire dedans le col de la matrice, de grosseur médiocre , de longueur de huit à neuf doigts, plus ou moins, selon la nature de la femme. D'auantage on y en appliquera d'autres de figure d'ouaile ', fait de liège couuert de cire, pour le rendrepluslice.au bout duquel il y aura vn lien pour le retirer quand on voudra. On en fait pareillement d'autres, faits en rond comme en cercle, qui sont aussi fort propres, et ne sortent hors comme ceux qui sont de figure d'ouaile 2.
1 Dans l'édition de 1673, il semble que c'étaient ceux de huit à neuf doigts qui devaient être de figure ovale; on lisait en enel ; de longueur de huici à neuf doigts, plus ou moins, selon la nature de la femme, de figure d'ouaile, etc. Ce texte ne s'accordait pas avec les figures, et il a été changéenl579.
-Cette dernière phrase, avec les figures de pcïsaire auxquelles elle a rapport, na été ajoutée qu'en lôSÔ. Quant aux pessaires ovales, ils étaient déjà figurés en 1564 dans les Dix Hures de chirurgie, fol. 223, avec cette légende : Pessaires en figure oualle,lesquelz doiueni esirç de liegc, puis couuçns do
LE DIX-HVlTIÉ]yfE LIVRE ,
Les figures te sont icy représentées.
Fùjure des pessaires en figure oualle.
A Le corps du pessaire.
B Le lien, lequel doit estre attachée la cuisse.
Cela fait , la femme se tiendra en repos huit ou dix iours, et aura les fesses hautes et les ïambes croisées.
cire, qui sentent pour (jarder que la matrice qui est relaxée ne sorte hors.
^ 3j(onsire laditte oualle.
P Ze lien qu'on lire, lorsqu'on veut retirer les
dits pessaires. El seront de grosseur qu'il
sera besoin.
Il y avait trois figures de ce pessaire ovale et deux du pessaire en cercle j comme elles pe représentaient que le même inçlfumept,
Pareillement on luy appliquera s^§ les flancs des ventouses assez grandes.
je n'en ai gardé qu'une pour chaque forme.
En conséquence , c'est Paré qui a pour la première fois mentionné et figuré ces pessaires ovales, et bien long-temps avant qu'aucun autre auteur en ail parlé.
Lq mot de pessaire est un de ceux qui se sont le plus écartés d.Q leur significallon primitive. Dans l'origine, et chez tous les auteurs anciens , il s'appliquait à des médicamens que l'on introduisait dans le vagin, tantôt seuls, tantôt à l'aide de charpie, de coton ou de soie qu'on en imbibait, tantôt enfermés dans des sachets qui leur servaient également de conducteurs ; et c'est ainsi que nous verrons Paré en parler lui-même dans son livre des medicamens. Puis en donnant déjà quelque extension au sens dq mot, on en vint à appeler pessaires des canules creuses en bois, en plomb, en élain, que l'on enduisait d'onguent à l'extérieur, et qui, pour leur ressemblance avec le membre viril , avaient reçu spécialement dans ce cas le nom de Priapisques. Paré les recommandera lui-même au chapitre 51 de ce livre, à la vérité d'après Paul et Dalechamps. Puis, au lie^ d'enduire l'extérieuf de ces instrumens , on les perça de trous plus ou moins nombreux, et ils servaient alors de canules pour porter des injections jusqu'au fond du vagin; tel est celui que Paré a figuré au chapitre 59 du livre des Tumeurs en gênerai, t. i, p. 3C9 ; et celui qu'il représentera tout-à-l'heure au chapitre 67 du livre actuel. Enfin , quant aux pessaires solides placés à demeure dans le vagin pour remédier à la chute de la matrice , la première mention que j'en ai trouvée ne remonte qu'au xv siècle; j'ai noté dans mon introduction , p. xcv, que Matthieu de Gradi avait conseillé pour un prolapsus utérin un pessaire en cire assez solide, de la forme d'une verge, entouré de laine trempée dans des liqueurs astringentes.
C'était encore , comme on voit, quant à la forme et quant aux accessoires , une imitation des pessaires-canules des anciens ; mais [ celui-ci était en cire, et il était plein , et
à fm de faire tenir la matrice en son lieu : et s'il aduenoit, pour auoir esté
enfin il devait rester à demeure au moins un certain temps ; trois conditions nouvelles, et qui allaient ouvrir la voie à de plus heureuses modifications. Et cependant, chose remarquable, près d'un siècle après Matthieu de Gradi, Franco, en parlant de lu clieule de matrice, ne sait encore appliquer d'autres pessaires que des pessaires médicamenieux. Enfin, trois ans après la dernière édition de Franco, A. Parçflgurait ses pessaires ovales.
Ici une question se présente ; cette invention était-elle à lui? Il ne la revendique point comme sa propriété; mais il en est ainsi de plusieurs choses qui lui appartiennent. Il semble cependant que des pessaires de diverses formes étaient depuis longtemps dans la pratique, sinon des chirurgiens , au moins des barbiers et des femmes, c'est ainsi qu'en parlait en 1581 l'un des amis de Paré, Rousset, dont je transcrirai ici le curieux passage :
« Or n'est il de merueille s'il n'en a iamais esté par les anciens rien parfaiclement escrit, car il y a vne infinité de petits et genlilsaydes expérimentez par les femmes, aussi industrieuses à se secourir en telles maladies et nécessités d'elles-mesmes , comme de leur nature verecondes à s'en descouurir aux hommes, lesquels sont secrets entre elles : de sorte que la plus part de leurs médecins mesmes ne les scauent pas, et croy que cestuy en a esté vn pour long-temps : Mais auiourdhuy quelques chirurgiens en font liures et leçons, et ce diuersement : scauoirest, quant à la matrice (sans doute matière) de quoy ils sont faits, quant à la figure et quant à l'vsage : car les vus le font de seule cire, quelques vns d'argent , ou d'or creux et pertuisé , les autres de liège ciré. Item , les vns le font rond, les autres en ouale, les autres triangle ou quadrangle inequilaleral, à angles obtus : les vns en farme de coeur applatie : quelques vns de rondeur oblongue et tronquée : les vns rond en plat, perluiïé au milieu , ou non : Aussi plusieurs l'appli-
trop longtemps descendue etexposée à l'air, qu'elle fust fort refroidie , il
quent auec vne cordette pour l'attirer mieux dehors , quand ils veulent : les autres seul , sans qu'on soit gucres empesché de l'oster qui voudra, aussi bien que s'il y auait vn cordon ; les autres ne l'ostent nullement, etc. n De l'enfant. Ccasarien, page 1T6.
Il ciie plus loin, page ISO et suivantes , une femme qu'il visita en 1579, et qui depuis 40 ans portait le même pessaire eij liège, qui lui avait été fait par son père : ce qui nous reporte à 1539. Ce père s'appelait Joannet Herauldié, dit Finet, et il était alors barbier à Gisors. Rousset voudrait même faire remonter l'emploi du pessaire jusqu'à Hippocrate, en vertu de l'Aphorisme 48 du b" livre, qu'il rend ainsi: Si ulei'us intrà loxas sitm décident , ou de~ sili<fril , ntcessarium (Si emmolum , oi| linamenium fieri ; et plus tard, dans so(i édition latine, il signala un autre passage d'Hippocrateoù la grenade semble avoir élé employée en qualité de pessaire à demeure. Rousset croyait d'ailleurs que le pessaire se plaçait dans la cavité de la matrice même, et non pas dans le vagin.
Suivant Bauhin, dans l'appendice qu'il joignit à sa traduction latine de Rousset , les femmes allemandes se servaient d'un peloton de fil recouvert de cire vierge, d'autres d'une noix vidée et recouverte de cire à l'extérieur, de manière à lui donner la forme, et presque le volume d'un œuf de poule , et c'est d'un pessaire de ce genre , ajoute-t-il, que l'on se sert pour les grandes dames d'Allemagne quand elles ont une chute de matrice. Il convient de remarquer qu'à ce texte, Bauhin joint une figure de pessaire ovale qui est copié de la façon la plus scrvile sur la planche d'A. Paré.
La belle-mère de Bauhin, femme très versée dans la pratique delà médecine, confectionnait des pessaires circulaires avec la racine de vigne sauvage, recouverte de cire vierge à laquelle elle ajoutait un peu de poix blanche ou de lérébcnlhine Enfin Jean Bauhin , le frère de l'analomiste, avait imaginé de soutenir la matrice avec un cercle
LJÏ DIX-JIVITIEME LIVRE
tautlomenter d'vne décoction chaude et carminatiue, pour résoudre les ventosités , comme ceste-cy.
S^. Fol. allh. salui. laiiand. rorismarini, artcmis. flor. camom. mclil. ana m. 6.
Scmiriis anisi, fœnic. ana 5 . j.
Coquantur omnia complète in aquà et vino, et Gai decoctio ad vsum.
Pareillement ne faut oublier à luy donner des clysteres, pour ietter hors losexcrcmens des intestins , à fin que la matrice aye meilleure place à se tenir en son lieu ' : et pareillement faire en sorte que la vessie soit tousioursvuide, autrement l'vlerus estant situé au milieu d'icelle et du boyau cuUier, par la compression et plénitude de l'vn et de l'autre, seroit lousiours repoussé dehors.
Or io te veux icy aduertir d'vn autre remède singulier pour retirer 1 vterus en haut quand il est tombé :
sçauoir le vomissement, lequel souuent purge la pituite qui relaschoit ligamens de Tvlerus, et le rappelle
en m d'argent arrondi , supporté par une fourche à trois branches. C'est là assurément la mention la plus ancienne de nos pcssaires à tige. Bauhin en cite d'autres encore faits de fer-blanc recouverts de cire ; il pense que certains pcssaires sont poussés jusque dans la cavité utérine; mais pour ceux qu'il a pu mieux étudier, savoir, le pcssairc ovale de fil ou de coque de noix, le pcssairc circulaire de sa belle-mère , et le pcssaire à tige de son frère , il exprime très nettement l'iiiée qu'ils sont placés dans le vagin, ou comme on s'exprimait alors, in collum uleri.
On voit que Paré, mieux instruit par l'expérience, n'est tombé, ni dans l'erreur complète de Rousset , ni dans la demi-erreur de liauliiu.
1 Le paragraphe s'arrêtait là en 1573; le reste est de 1575.
en haut. Car comme l'vterus par le coït se meut en bas pour receuoir la semence, ainsi par le vomissement le veniriculc se monte en haut pour ietler tout ce qui luy est nuisible au fond. Or le ventricule se leuanl ainsi en haut, ensemble le péritoine, l'vterus et toutes autres clioses qui luy sont attachées par vne coi'igauce et cormexion , seront retirées en haut :
parquoy ne négligeras ce remède, et regarderas à f ire vomir la femme at teinte de ce mal •
Posons le cas que la matrice n'eust peu estre réduite par tous ces moyens, et fust vlcerée et putréfiée , les anciens conunandent l'amputer : mais premièrement veulent qu'on la lie , et qu'on coupe ce qui est nécessaire, puis la cautériser, et paracheuer la cure selon l'art. On a veu des femmes à qui toute la matrice auoit esté extirpée, et neantmoins ont suruescu long temps après 2. Ce que tesmoigne Paulus au liure sus allégué ^ : et de récente mémoire loannes Langius, médecin du comte Palatin , au liure second de ses Epistres médicinales ^ Ep'st. 39, dit, qu'en sa présence vn chirurgien nommé Carpus, extirpa la matrice d'vne femme de la ville
• Ce paragraphe a été ajouté en 1675, et il se lit encore dans la dernière édition du vivant de l'auteur, en 15R5; mais dès la première édition |)Ostbume il a été retranché, et par suite dans toutes les éditions postérieures. Sa présence dans les trois grandes éditions originales m'a paru une raison suffisanie pour le conserver dans le texte.
^ Le chapitre se terminait ici en 157-3, sauf ce peu de mots qui ont été effacés plus tard : El le .suiJise de la precipilatioii de la matrice. La fin du paragrnphe a été ajoutée en 1575, et le reste du chapitre est encore de diverses dates.
^Paul. liu. C. — A. p.
DE LA GENERATION
dite Bononie* : ce qui fut fait heureusement , et sans la mort de la femme.
D'auantage, Antonius Beneuenius, médecin de Florence , traité De mirandis morb. cmisis, chap. 12. dit:
qu'il fut appelle par \n médecin nommé Vg-olius pour g:narir vnc femme à laquelle sa matrice tomba par pièces toute corrompue, et toutesfois depuis a vescu dix ans. Auicenne et Auenzoar portent suffisant tesmoignag-e que la femme peut perdre toute sa matrice , et loutesfois lu y demeurera la vie.
Histoire d'vne femme à qui la matrice fut extirpée le iour des Rorjs 1775.
Vne femme aagée de vingt cinq à trente ans, saine et bien reiglée de ses puri,^ations vterines, comme elle disoit, et réputée fort honneste et de bonne vie , se maria pour la seconde fois en l'an 1571, n'ayant eu enfans de son premier mariage. Peu après la copulation, eut signes de conception : toutesfois , auec progrés de temps , se sentant vne pesanteur es parties basses si fascheuse pour la douleur , rétention d'vrine , et autres accidens, qu'elle ne la pouuait plus Bîndurer, s'en descouurit à vn barbier chirurgien son voisin et amy, nommé Christofle Mombeau, demeurant aux faux-bourgs sainct Germain des Prés, lequel, ainsi qu'il me rapporta, voyant vne enfleure au périnée suiuant le iugement de son art , appliqua embro-
1 Ce Carpus n'est autre que Béreiiger de Carpi qui raconte celte histoire dans son anatomie Voy. mon Iniroduciion.p. clvxxvi.
Du reste ces citations de Langius et de Benivieni, dont les ouvrages n'avaient point été traduits en français, semblent attester quelque collaboration d'un ami qui savait le latin.
cations et cataplasmes de décoctions d'herbes, et autres remèdes anodyns et remnllitifs , par le moyen desquels la douleur cessa. Mais apparut à la léure intérieure de la partie honteuse vne ouucrture comme d'abcès rompu, par laquelle sortit, vue longue espace de temps, sanie lanost rougeastre, tantost iaunastre , tantost blaffarde.
Cependant ceste pesanteur ne se perdoit point . ains s'augmentoit, et vint à telle conséquence, que Tan 1573, et les autres ensuiuans iusques au iour de la cheute , si la malade se vouloit tourner au lit, ne le pouuoit aisément sans mettre les mains au ventre pour aider à supporter ce faix du costé qu'elle se vouloit tourner : et lors encore sentoit-elle comme vne boulle tombant à plomb , de quelque costé que l'inclination du corps se fist. Debout ou assise, ne pouuoit vriner, n'aller à ses affaires, sans sousleuer vers le diaphragme auec les mains ledit faix. Marchant, auoit grandissime difficulté de mouuoir les iambes , et pensoit auoir tousiours quelque chose entre deux qui l'empeschast. Quelquesfois aussi de l'année, se renouuelloil ladite ouuerture et yssue de matière : et lors sentoit douleurs de teste et es autres membres , defaillemens de cœur, degoustemens , vomissemens , suffocations , tant qu'enfin vaincue de mal et impatience , le vingt septième Décembre dernier, sous promesse de certaine et asseurée guarison , fut persuadée par vne femme empirique de prendre de l'antimoine'. Dont la vio'ence fut telle, qu'après avoir plusieurs fois vomi auec grands efforts, et fait plusieurs selles d'eaux, sentit (ce pensoil-eile )
• IJ antimoine produit des effets mcrneilleiuc. — A. P.
son fondement relasché. Visitée par vne sienne amie , fut conseillée d'appeller l'aide des chirurgiens , par-ce quecequisortoit nelui sembloil estre le boyau cullior, mais autre chose parlant de sa nature, le fus donc appelle le sixième iour de januier dernier, et M. Jacques Guillemeau , chirurgien iuréà Paris, ensemble M. An loine du ^'ieux , maislre barbier chirurgien , demeurant aux Fauxbourgs sainct Germain des Prés, voisin de ladite malade. Et après auoir tout bien considéré, aduisasmes pour le meilleur qu'il falloit extirper ce qui paroissoit , attendu la couleur noire , puanteur, et autres signes de substance pourrie. Si commençasmes à tirer peu-à-peu par deux diuers iours, sans douleur, vn corps, qui fut iugé . de messieurs Alexis Gandin , médecin ordinaire du roy et premier de la Royne, P. le Féure aussi médecin ordinaire du roy et de madame la princesse de la Uoche-sur-Yon, De Violaines, docteur en l'Vniuersité de Paris , et nous Chirurgiens , estre le corps de la matrice, à raison que fut trpquiî l'vn des testicules, et vne grosse membrane restant d'vne mole qv»i s'estoit apostumée, creuéç et vuidée , comme dit est. Apres l'extirpation de ceste partie, la malade se trouua mieux. 11 y auoit neuf iours depant l'extirpation, qu'elle nauoit esté à ses affaires, et quatre iours qu'elle n'auoit vriné : ce qu'elle fit depuis règlement , se trouuant fort bien par l'espace de trois mois, au bout desquels luy suruint vne pleurésie, auec vne grande tiéure continue, dont elle mourut- Estant aduerti qu'elle estoit decedée, désireux desçauoir ce que Nature auoit basli au lieu de sa matrice, en fis ouverture : où n'ay trouué la matrice, aius
LE DIX-HVITIEME LIVRE
en son lieu vne callosité dure, que Nature auoit machiné durant les trois mois de si peu qui ep restoit, pour tascher à refaire ce qui estoit perdu '.
' C'est ceUe observation qui a été arguée de faux par Compérat, dans sa Re^Uqut, p. 3G. Il combat les observations sur lesquelles Paré appuyait sa doctrine de la ligature des artères après les amputations; il en écarte trois par des motifs que nous retrouverons à l'occasion de l'apologie de Paré, et pour le rcsle, il ajoute :
« Il n'en reste donc que quatre qui puissent seruir à son propos : esquelles si le dis que il peut y auoir quelque fable meslee, ie ne diray rien qui ne se recognoisse es cDuures de ftl. Ambroise. Et combien que ie le peusse remarquer, ie n'enlreray toutesfois en ceste peine, me contentant de luy remettre deuant les yeux le mensonge qu'il a escriten spn liure de la génération, où il dit qu'il a extirpée vne femme de Sainct Germain de Prez le corps de la matrice auec ses testicules, laquelle depuis se seroit bien portée. Et neanlmoins demy an après la femme estant decedce, et son corps ouuert poursçauoir si ce qu'il disoit estoit véritable, la matrice fut trouuee toute entière en la présence de Monsieur le Baillif Docteur Régent en la faculté de Médecine à Paris, et M. Louys le Brun Chirurgien iuré à Paris , hommes exceilens en leur art, et dételle croyance, que xM. Ambroise n'eut sceu débattre leur tesmoignage. »
A une telle distance des époques , et sans autres témoignages, laquelle croire de ces deux assertions? La question est insoluble , non pas que je veuille mettre en doute la bonne foi de Paré; mais il avait pu se tromper, et bien d'autres se sont (rompes après lui en semblable circonstance. Toutefois il est à regretter qu'il n'ait pas jugé convenable, dans les deux éditions auxquelles il Iravailla encore après le pamphlet de Compérat , de répondre à une «-rilique qui s'attaquait à sa véracité, d'autant plus qu'en lâS6 il lit (les additions à ce chapilrc qui, en 1079, se terminait avec celle observation.
Il y a une remarque essentielle à faire à
DE LA GENERATION
D'aiiantage, François Roussel en sGn liure de V enfantement Cwsarieu, recite certaines histoires de femmes ausquelles on a veu tomber entièrement leurs matrices. Entre autres dit, que feu madame de Blancafort l'aisnée, ayant de long-temps peu à-peu la matrice précipitée, de sorte qu'elle ne la pouuoit plus réduire ny supporter : vpyant qu'elle commençoit à se pourrir, me vint trouuer à Moniargis , pour la penser ou conduire à Paris : mais elle luy tomba en chemin, et lie laissa neantmoins de passer outre, et ne luy fut pour cela fait autre chose qu'vn lauement de vin et de rose, par Telle, chirurgien, qui à son dire, n'apperceut au lieu où souloit estre la matrice, qu'vne vacuité.
Semblablemenl ledit Rousset fait mention de Perrine Boucher, vieille chambrière chez maistre François Quarré, aduocat à Montargis, pour auoir eu plusieurs accouchemens violens, laquelle auoit de long temps vue précipitation de matrice, qui peu-à peu, criant tant qu'elle ne la pouuoit plus remettre , enfin se gangrena et tomba d'elle-mesme en cuidant vriner, dequoy sont plusieurs tesmoins, monsieur Conluge médecin , et maistre lean de Beauuais, chirurgien de Montargis : dont elle ne daigna garder le lit , et vescut trois ans après bien saine , sinon que depuis elle estoit suiette à se tenir couuerle par embas, autrement sentoit douleur de colique. Finalement moy absent , estant icelle morte de fleure
continue , et ayant desi^ esté inhumée, fut à mon retour detprrée par permission de iustice, à ma sollicitation. Ji'ouuerture fijt faite par Felle , chirurgien , es p^-esences dudi(: sieur Contugc , médecin , et de la sage-femme et autres: et n'apperceus entre la vessie et le gros boyau, au lieu où deuoit estre la matrice, rien qu'vn lieu vuide tout cicatrisé : et estoit à la vérité l'ouuerture par laquelle elle prenpit ^e froid, causant douleur de cp|igup.