‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 455 sur 511 · CHAPITRE XLiX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLiX

DE LA MEMBRANE APpÇ^LÇE HyiME!>j '.

l'occasion des deux histoires suivantes. J'ai déjà dit que l'édition française de Rousset avait paru en 1581 ; Paré la copie si exactement qu'il laisse subsister le pronom me ou moi, qu'il ï\q faut rapporter qu'à Roussel lui-même.

Pareillement il se trpuue qii:jelquesfois en aucunes vierges vne meipbrane à l'orifice du col de la matrice, appellée des anciens hymen, qui empesche d'auoir la compagnie de l'homme et fait la femme stérile.

Or le vulgaire (voire plusieurs gens doctes) cuident et estiment qu'il n'y a nulle vierge qui n'aye ladite hymen , qui est la porte virginale :

mais ils s'abusent , pour - ce que bien rarement on la troui^e, et proteste (, composant mon Anatomie ) Tauoir recherchée à plusieurs filles mortes à rHôlel-D^eu de Paris, aagées de trois, quatre, cinq, et iusques à douze ans, et iamqis ie ne Tay pu appe^xeuoir, fors à vne fille aagée de dix-sept ans, qui estoit accordée en mariage : et sa mère sçachant que sa fille auoit quelque chose qui pouuoit empescher estre appelée mère, me pria la voir, en laquelle trouuay vne mem-

' Ce sujet avait tléjà été abordé, mais ^vec mpins de détails, au l"' Livre de l'apatomie, ch. 3i. Voyez t. I, p. 167.

brane nerueuse de l'espaisseur d'vn parchemin fort délié , qui estoit audessous des nymphes, imme liatemcnt près le conduit par où les femmes pissent, deuant l'entrée de Torifice du col de la matrice, ayant un petit trou par où ses mois se pouuoient escouler. Et ayant veu ladite membrane ainsi peu espaisse, la coupay promptement auecques des ciseaux, et donnay à la mare conseil de ce qu'il resloit pour parfaire la guarison : et luyenchargeay expressément qu'elle mist entre les deux parties des plumaceaux ou vue grosse tente, de peur que l'union de ce qui auoit esté coupé ne se reprist de rechef l'vn auec l'autre : peu après fut mariée, et eut enfant.

Vn iour deuisant de cette matière auec monsieur Alexis, premier médecin de la royne, homme d'honneur et estimé entre les gens doctes, ie luy dis que i'auois fait plusieurs sections de filles, tant à l'Hôtel-Dieu de Paris qu'autre part, et que iamais n'auois veu ceste membrane , fors vne fois, comme i'ay dit cy dessus : lequel me dit que véritablement elle se trouue rarement,etqueRealdusCoIombus', liure 2, en auoit escrit ce qui s'ensuit : « II se trouue au dessous des nymphes en aucunes vierges, non en toutes, vne membrane appelée des anciens hymen, laquelle quand elle s'y trouue Joutesfois se trouue rarement), empesche l'entrée de la verge de l'homme, et a vn perluis par lequel ses mois coulent. » D'auanlage dit , qu'il l'a seulement trouuée à deux petites fillettes et vne fois à vne

• Realdm Culombus grand ei excellent aunlomixie. Au liu. 15. — A. P. — Cette note est de 167:5, et a i^té effao/c depuis.

LE DIX-HVITIEMK LIVRE

plus grande. Auicenne dit ' qu'au col de la matrice y a vn tissu de veines et artères, et de filamens nerueux tres-sublils, qui procèdent de toutes les parties d'iceluy col, lesquelles sont rompues au premier coït veneriquc, dont souuent le sang en sort. Almensor escrit le conduit des pucelles estre eslroit et ridé, et en ses rides il y a des veines et artères très subtiles entrelacées , lesquelles se rompent à la delloralion et extension des rides. Voila que les susdits au- Iheurs nous ont laissé par escrit.

Les matrones tiennent pour vne chose vraye, qu'elles peuuent connoistre une fille vierge d'auecques celle qui a esté depucellée , par ce qu'elles disent trouuer vne ruplion d'vne taye qui se rompt au premier coït , et souuent à k'ur rapport les iusliciers donnent iugement , et là comme' tent grands abus par lesdiles matrones. Qu'il soit vray, l'en ay interrogué plusieurs pour sçauoir où elles trouuent ladite iaye : l'vne disoil tout à l'entrée de la partie honteuse , l'autre au milieu , et les autres tout au profond . ;iu deuant de la bouche de la matrice : les autres disent qu'elles ne peut estre veue qu'après le premier enfantement. Et voila comment ces sages-femmes accordent leurs vielles.

On trouue cette pannicule hymen rarement; et lors qu'on le trouue, on le peut dire estre contre nature , parquoy n'en faut faire reigle certaine ni vniuerseile: le sang qui sort n'est à cause de la rupture de l'hymen, mais vient à raison des rugosités du col de la matrice qui n'ont encore esté esteudues et déprimées,

' Auicenne li. -3. fen. 23. trait. 1. ch. l. — A. P.

DE LA GENERATION

et à ceste première entrée se desioignent et séparent, el se fait rupture de certaines petites veines et artères, lesquelles descendent par la superficie interne du col de la matrice, se rompans et s'ouurans , ne pouaans souslenir ceste extension sans dou leur et flux de sang, lors que la fille n'a accompli ses dimensions : mais si la fille pucelle est en aage suffisante, estant mariée auecques vn homme qui aura sa verge proportionnée au col de sa matrice , n'aura aucune douleur ny flux de sang estant depucellée '.

Dont il est aisé à entendre combien grandement sont abusés les habitans de Fez, cité principale de Mauritanie en Afrique : desquels la couslume es nopces est telle (comme raconte Léon l'Africain , liure 3. de son histoire d'Afrique2):Sitost,dit-il,quei'espoux et Tespouse sont paruenus en la maison , s'enferment tous deux en vue chambre, où ils demeurent cependant que le festin s'appreste, et y a vne femme dehors, attendant iusqu'à tant que le mari ayant deOoré l'espouse, tend vn petit linge moiiillé d'icelle à la femme qui est à la porte l'attendant, qui, tenant ce drapeau entre les mains, s'en va criant à ceux qui sont inuités à haute voix, que la fille estoit pucelle : parquoy on les fait banqueter. Mais si, de malheur, elle n'esloit trouuée n'ayant ietté le sang 3, elle est rendue par le mari au père et à la mère, qui en reçoiuent vne grande honte, auec ce que les inuités s'en retournent l'estomach

' Chose digue d'eslre bien notée. — A. P.

2 Paré citait ici en note Léon l'africain et lean IVier.

3 II y a évidemment ici une négation de trop; mais toutes les éditions étant uniformes, j'ai cru devoir respecter le texte-

creux , sans donner coup de dent.

Mais le cas se rencontrant tel que Tauons descrit cy dessus, ils seront bien deceus '.

El parlant ne faut conclure, comme aucuns veulent, que la fille au premier coït qui ne iette le sang par le col de la matrice, ne soit pucelle, pareillement aussi celle qui en iette le suit : parce qu'aucunes, par les meschantes maquerelles et impudentes qui ont accouslumé vendre filles pour pucelles , se font contrefaire ceste taye par le moyen de certaines iniections d'eaux astringentes, puis mettent profondement au col de leur matrice vne esponge imbue en sang de quelque beste, ou en remplissent quelque petite vessie, comme la vessie où est contenu l'humeur cholérique aux moutons ou autres bestes, qu'on appelle la vessie du fiel : et alors que l'homme vient auoir compagnie d'elles, font les reserrées, crians comme si on les depucelloit, ou qu'on leur fist vne douleur extrême : et en l'acte, ledit sang qui en est exprimé coule dehors, et le panure badelory, doux de sel, pense auoir eu la crème où il n'aura eu que le fonds du pot, voire que de ces pucelles en sera queiquesfois yssa de petites créatures qui se dégénèrent en hommes ou femmes 2. loint aussi que ces pucelles sont fardées comme vu sepulchre blanchi, qui est poli par dehors, et dedans rempli de pourriture et puanteur, comme les boettes des apoticaires, peintes par dehors auec or et

» Ce paragraphe a été ajouté en 1575.

2 Dans l'édition de 1573 et jusqu'en 1570, après ces mots en hommes ou femmes, l'auteur ajoutait immédiatement : Pariant garde le heuriqui pourra. La phrase intermédiaire a été ajoutée en 1585.

azut", et dedans pleines de poison :

Ainsi est-il de ces putains affettées qui baillent la verolle, et sont cause que les panures amoureux transis meurent misérablement , arides et secs. Partant garde le heurt qui poiirta.

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