‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 456 sur 511 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

HISTOIRE MEMORABLE DE lEAN \<^1ER DE LA niEMCRANE APPELLÉE riYittÉN,

lean Wier , médecin du duc flë Cleues, en son liure De rimpostiire et tromperie des Diables, désenchantemens et sorcelleries • , tecité qu'il y avoit vne fille en Chambourg, laquelle auoit vne taye f rte et dure nommée Hymen , qui prohiboit que lorsque ses meristrUes lui suruindrent, ne peurent eslre vacuées, à raison de l'cmpeschcment de ceste membrane :

et pour la régurgitation du sang qui remontoit en haut , atioit lé ventre fort enflé et tendu , et auoit de grandes et extrêmes douleurs , comme si elle eusl deu enfanter. Alors les matrones furent mandées , lesquelles la veirent atioir le ventre ainsi dur et tendu, et les douleurs si extrêmes, que d'vn commun accord disoient qu'elle estoit grosse d'enfant , encores que la pauure fille leur contredistauecques grands sermens, et affermas! n'auoir iamais eu connoissance d'hommes : et dit qu'il fut appelle, lors que les femmes ne luy pouuoient plus rien faire, et qu'elles en desesperoient , à raison des dou-

• Cha'p. 38. — A. P. — Ce livre, comme il à été dît ààHs ttïôil ïrifroduction , avait été traduit en français par Grévin vers 1668.

LE DIX-HVITIEME LIVRE

leurs insupportables , lesquelles auoient desia duré trois sepmaines sans luy donner repos ne iour ne nuit, auec quelque suppression d'vrine, veilles perpétuelles, et perte d'appétit. Promptement qu'il fut arriué, il reconnut la partie malade, où il trouua l'orifice du col de la matrice clos et estoupé par vne taye, tellement qu'il n'en pouuoit rien ou peu sortir : et s'enquit de son aage, qui estoit dé vingt et vn ans, et que iamais n'auoit eu ses fleurs : lors connut ceste tumeur ne procéder sinon d'vne subite descharge et fluxion de sang vers la région de ï'vterus et vaisseaux d'iceluy : parquoy appella vn chirurgien, et luy commanda faire vne ouuerturé à ladite taye, et peu à peu en sortit bien huit liiires de sang coagulé, noir et ja commencé à se pourrir : et l'euacuation du sang faite, trois iours après fut dti tout guarie.

Pour ceste cause ie conseilleray touiours aux pères et mères, qui auront la connoissance que leurs filles ayent ladite hymen, qu'ils la facent couper, s'il n'y atioit suffisante ouuerturé à expurger leurs fleurs, pource que quelques-vnes pour seniblable cause sont mortes, par faute que ié sang menstruel n'auoit yssuè.

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