CVRE DES PLAYES DES NERFS
Les playes des nerfs, selon la commune pratique des anciens Médecins et Chirurgiens , ne doiuent estre promptement agglutinées, suiuant la générale indication de solution de continuité : mais plustost si elles sont trop estroittes, comme les piqueures, ils commandent qu'elles soient aggrandies par incision de ce qui est dessus, et qu'on les tienne long temps ouuertes, à fin de donner issue à la sanie, et entrée aux medicamens *.
Quant à moy, i'ay plusieurs fois traité telles playes tout autrement :
et de fresche mémoire en vn nommé monsieur le Coq , Procureur en Cour d'Eglise, demeurant en la rue de nostre- Dame , lequel en serrant certains papiers qui est oient sur son contoir, trouua entre iceux vn trencheplume, qui luy passa tout au trauers de la main : aussi en vn mien voisin, qui voulant embrocher vn aloyau de
•L'édition de 1673 applique tout ce qui vient d'être dit aux Playes des nerfs, tendons et membranes.
DES PLAYES EN PARTICVLIER
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bœuf qui estoit gelé, se perça de la broche le milieu de la main de part en part. le leur ay aggluiiné incontinent leurs playes, y mettant dés le premier appareil de mon baume assez chaud , sans nulle tente , et autour un defensif, et furent bien tost guéris , sans leur aduenir aucuns accidens 1.
Toutesfois ie ne conseille pas au ieunc Chirurgien de se bazarder à suiure telle façon de pratiquer, que premièrement il ne soit bien exercé à discerner les diuerses complexions et habitudes des corps. Car cela ne pourroit bien succéder, si le corps estoit pléthorique . cacochyme , ou de sentiment fort aigu : en tel cas serait plus seur d'y besogner, comme nous dirons cy après.
Or non seulement les playes des nerfs différent en curation d'auec les autres playes , mais aussi sont différentes entre elles : car combien que tous medicamens soient propres aux nerfs blessés, lesquels attirent du profond, et tarissent les humidités et sanies , si est-ce que ceux qu'on applique aux piqueures , et où les nerfs ne sont pasdesnués, requièrent et endurent bien remèdes plus forls, subtils, et desiccalifs (toutesfois sans mortification) à fin qu'ils puissent pénétrer au profond , en attirer et seicher rhumeur et sanie qui est autour, ou en la substance d'iceux nerfs. Au contraire, quand ils sont descouuerts, il n'est besoin que de medicamens doux , et qui seichent sans aucune mordication.
1 Ces deux premiers paragraphes se retrouvent en substance à la fln du deuxième chapitre du Traité de 1573; mais le paragraphe suivant, qui modifie la doctrine générale, no date que de l'édition de l57o.
Exemple pour la piqueure de nerf.
lu. Terebent. YcnctiE, olei veteris ana § . j. Aquœvitœ parum.
Autre.
If. Olei terebenthinœ § . j.
Aqiia; vitœ 3. j.
Euphorbij 3. £> .
Autre.
If. Radiées dragonteae, brionicC, valerianae , et gentianiE exsiccatas et in pnluerem redactas : misée cum decoclo centaurei, et oleo aut axungia veteri.
Tu en mettras chaudement dedans la playe.
Autre.
If. Galbanum, poix grasse, opopanax : liquéfiez en eau de vie et fort vinaigre, puis y meslez axunge de porc, d'oye, de poulie, de chapon, d'ours, huile vieille, huile de lis, et semblables.
Autre.
If. Olei hyper, sambuci et de euphorbio ana § j .
Sulphuris viui subtiliter puluer. 3. (J.
Gummiammon. bdellij ana 3. Ij.
Aceti boni 5 • ij-
Vermiuraterrestriumpraeparatorum § .j.
Bulliant omnia simul ad consumptionem
aceti.
On instillera en la playe de ce médicament, puis sera appliqué tel Cerat, lequel attire la matière du profond.
2^. Olei supra script. §.j.
Terebent. VenetiB §. fi.
Diachylonis albi cum gummis 3. x.
Ammoniaci, bdellij in acctodissolutorum
ana 3. ij.
Résina pini, gummi elemi, picis naualis»
ana 3. v.
Cerae quodsufficit.
Fiat ceratum satis molle.
Tu vseras prudemment aux pi-' queures des nerfs de tels et sembla- '
blos remèdes, les (liiiersiiiant selon la qualité et prolondeur d'icellcs, et aussi selon la température et habitude des corps, et ayant esgard aux autres choses considérables *.
Et où par tels moyens la douleur ne seroit appaisée, mais plustost augmentée, et qu'on veist la partie enflammée , et les léures de la playe esleuées ieltanl vue sanie séreuse, subtile et virulente , nommée Ichor ^ : on
* Tout ce qui précède depuis le paragraphe Ornon seulement lespluyes des nerfs, elc, est de rédaction nouvelle, et date de 1575. Dans le petit Traité de 1573 on lit :
« Pour la curalion, deux choses sont à considérer, à sçauoir, sederla douleur, et garder qu'ilnese face nouuelle fluxion et aposleme: et pour ce faire on ap'pliquera à la plaie , au commencement, vn médicament dessiccalif, et de subtile et tenue substance, à fin qu'il pénètre au profond de la pointure, et qu'il consomme les humidités qui y acquièrent { comme nous auons dict) promptement acrimonie, qui est cause d'induire grandes et extrêmes douleurs et autres accidents : parquoyon y appliquera huille de térébenthine, avec vn peu d'eau de vie bien recliflee, et pouldre d'euphorbe, ou de souphre incorporés ensemble, et y seront a'ppliqués assés chauds, ou en lieu d'iceux huille de vitriol , auec eau de vie : et autour de la partie , vn cataplasme tel que cestui :
lif. Farinœ bord, et orob. aua 3 • ']• Sirup.acetos. § iij.
Flor. camomil. p, ij.
Lixiuii (juantum sufTicit.
Fiat cataplasma.
» Et où tels remèdes n'auroient peu appaiser la douleur, etc.
^ A partir de la cinquième édition, on trouve ici dans le texte entre parenthèse la phrase latine suivante qui n'existe pas encore dans la quatrième: IJanc curandi rulionem Valescus de Tarenla,lib.l. c, de coiiuulsione, annolauit, vl est lierai iucisionem. J'ai cru devoir la rapporter dans les noies, - d'autant plus que sa rédaction latine fait fortement douter qu'elle soit bien d'A. Paré.
LE nVITIliME LIVIŒ,
y doit appliquer de l'huile toute feruente , auec vn peu de linge attaché au bout d'une espatule, et en toucher le fonds et les parois de la playe trois ou quatre lois. Geste cautérisation fera tost après appaiser la douleur, à cause qu'en bruslant le nerf, tendon ou membrane, on oste le sentiment, et par conséquent la douleur : ainsi qu'il appert aux grandes et extrêmes douleurs des dents pertuisées , lors qu'on peut toucher au profond de leurs racines d'vn fer ardent , ou d'huile (le vitriol rectiflée , ou d'eau de vie : car cela fait promptement cesser la douleur, en bruslant le nerf qui s'insère esdites racines. Nous voyons aussi aux vlceres corrosiues et ambulatiues (tousiours accompagnées de douleur extrême) qu'après y auoir appliqué vn médicament escarolique, comme poudre d'alun, de mercure, egyptiac fortifié, icelle douleur cesse incontinent *.
Or supposons encores que la douleur perseuere , et quil y ait ja com-
• Ici finit le chapitre 2 du petit Traité de 1573. Le chapitre 3 traite Des Plaies des ioinc ureSf^i le quatrième De la siiualion des ioinciures estant vulnerées ; ils forment ici les chapitres 41 et 42. Enfin les chapitres 5, ti et 7 traitent successivement Du spasme ou conuulsion, — De la atration — et de la Cure du spasme par consentement et douleur. Ils ont été reportés presque en entier et littéralement au livre Des ptayes en gênerai, où ils constituent les chapitres 9, 10 et 11 (voyez tome 1-', page 443 et suiv.). L'unique modification est qu'au il' chapitre, pag. 44G, après avoir indiqué les huiles propres à /a picifueure (les nerfs, le Traité de l.')"3 ajoute à peu près réiiui\alent du paragraphe qui termine ici noire chapitre 39,
«Et où tels medicamens ne profiteroient, seroit le plus expédient de couper le nerf ou tendon tout au Irauers , car par ce moien chasque partie se retirera vers son coslé,
DES PLAIES EN i^illTICVLlER,
mencemeiit de rcliactiou des nerfs et spasme , et que le malade soit en danger de mort, en tel cas il est expi;dient de couper du tout le neri ou tendon du trauers. Par ce moyen chasque partie d'ic. luy se retirant vers son coslé , n'y aura plus de contraction : vray est que Taction sera perdue, mais il vaut mieux la perdre «lue la vie. Ce que les anciens ont commandé.