HISTOIRE DV DEFVNT ROY CHARLES IX
Or pour instruire le ioune Chirurgien , et le dresser mieux à la pratique dessusdite , ie reciteray cesfe histoire, qui n'est hors de propos [)Our la curalion des piqueures des nerfs.
Le Roy ayant la fiéure, monsieur Chapelain, son premier Médecin, et moiîsieur Castelan , aussi Médecin de sa uiaiesté, et premier de la Royne sa mère, luy ordonnèrent la saignée:
et pour la faire on appella vn qui
ctainsy n'y aura plus de contraction ny spasme. »
Ce paragraplie a été modifié comme on le lit ici à partir de l'édition de 1575, à l'exception des mots ce que les nncien >■ oui connnandé, qui datent au plus tôt de celle de 1585.
Du reste, après ce paragraphe suivait immédiatement l'histoire du roi Charles IX et celle de laBaillive Courlin, comme on les va lire au chapitre suivant, et l'auteur reprenait enfln : Le spasme aussi suruieiit par trop (jrawl froid , cl le reste qu'on peut lire à la fin du chapitre 1 1 déjà cité du livre Desplayes enyeiieral.
i Ce chapitre était confondu avec le précédent dans 1 édition de 1575. L'histoire do Charles IX avait déjà été rapportée dans les Deux Hures de Chirurgie de 1573, p. 612.
auoit le bruit de bien saigner, lequel cuiclaot faire ouuerlure à la veine, piqua le nerf : qui fît promptement escrier le Roy , disant auoir senti vue très grande douleur*. Parquoy assez hautement ie dis qu'on desserrast la ligature, autrement que le bras s'enflerait bien fort : ce qui aduint subit , auec vne contraction du bras, de manière qu'il ne le pouuoit fléchir ny estendre librement , et y estoit la douleur extrême, tant à l'endroit de la piqueure, que de tout le bras. Pour le premier et plus prompt remède , i'apphquay vn petit emplastre de basilicon , de peur que la playe ne s'agglutinast, et par dessus tout le bras des compresses imbues en oxycrat auec vne ligature expulsiue , commençant au carpe, et finissant près l'espaule, pour faire renuoy du sang et esprits au centre du corps, de peur que les muscles ne receussent trop grande fluxion , inflammation et autres accidens. Cela fait, nous nous retirasmes à part pour aduiser et conclure quels medicamens on y deuoit appliquer pour seder la douleur, el obuier aux accidens qui viennent ordinairement aux piqueures des nerfs ^. le mis sur le bureau qu'on deuoit mettre en la piqueure de l'huile de térébenthine assez chaude, auec vn peu d'e;ui de vie rectifiée, et sur tout le bras vn emplastre de diachalciteos, dissous auec vinaigre et huile rosat , en continuant la susdite ligature expulsiue. Mes raisons es-
1 L'auteur de cet accident , que Paré n'a pas voulu nommer ici , était A. Portail, qui n'était pas encore reçu maître chirurgien Voyez la vie d'A. Paré dans mon Introduction.
^ L'édition de l573ajoute: qui sonispasme gangrené et moriiftcaiion, et quelquefois séparation de l'ame d'auec le corps.
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LE HVITIÊME LIVRE ,
toient , que ladite huile et eau de vie ont puissance de pénétrer iusques au fonds de la piqueure, et seicher Ihumidité qui sortoit de la substance du nerf, et par leur chaleur tant actuelle que potentielle seder la douleur i : et ledit emplastre de diachalciteos a pareillement vertu de résoudre Thumeur ja couru au bras, et prohibe la descente d'autre humeur. Quant à la ligature , elle sert de roborer et astraindre les muscles, exprimer et renuoyerauxpartiessuperieuresThumeur ja descendu . et empeseher la nouuelle fluxion. Ce que lesdits Médecins accordèrent , et conclurent tels remèdes y estre vtiles et nécessaires. Par ainsi la douleur cessa. Et pour d'auantage résoudre et tarir l'humeur contenu en la partie, ou vsa puis âpre* des remèdes résolutifs et desiccatifs comme de cestuy :
%. Farinae bordei et orobi ana 5 . ij.
Flor.caraom. et meliloli ana p. ij.
Buty ri récent, sine sale 3 . j . ft ,
Lisiuii barbitonsoris q.suQ*.
Fiat catapl. ad formam pullis, ,
Le Roy demeura trois mois et plus sans pouuoir bien fléchir ny estendre son bras : neanfmoins (grâces à Dieu) il fust parfaitement guéri , sans que raclion fust demeurée aucunement vitiée.
Or auions-nous conclu , où les susdits medicamens n'eussent esté snffisans pour obtenii' la curatiou, d'vser d'huile feruente , à fin de cautériser le nerf, ou mf smes de le couper totalement . parce qu il estoit plus expédient qu'il perdist l'action du bras , que de le laisser mourir misérablement à faute de ce faire. Comme il
* L'édition de 1673 ajoute : CV que. i'auois fnict en cas semblable plusieurs foi i nuec bonne ei heureuse issue.
estoit aduenu de récente mémoire à mademoiselle la bailliue Courtin, demourant rue sainte Croix , près la Bretonnerie , à Paris : à laquelle pour auoir esté ai si mal saignée , le bras luy tomba en gangrené et totale mortification , dont elle mourut par faute d'auoir esté ainsi secourue *.
Et ce suffira pour la curation des piqueures.
Mais où les nerfs seront descouuerts , n'y faudra appliquer medicamens si forts : car ils induiroient plus grande douleur, et ameneroient plus grands accidens : partant on en appliquera de doux , qui seichent sans aucune acrimonie ou mordication.
Exemple :
i:. Tereb. Venet. lota^ in aqua rosar. 5 . ij. Boli arm. subtil, piiluerisati et ireos Florent, ana 5. ij.
Incorp. siniul.
Pareillement nostre baume est en tel cas excellent. Aussi est bien cestuy fort recommandé de Vigo :
2C. Olei ros. omphacini § . 6 .
Olei de terebenth. 5.iij.
Sueci plantag. 3. fi.
Seminis hypericonis aliquantulnm contriti ni. û.
Tulhiîp préparât* 5. iij.
Calcisdecies lotsecumaqua plantag. 2. ij. Antimonij 5.j.
Sepi hircini et vitui. ana 5. v.
Verniiimilerrest. lolor. cum vino§ .j.fi.
r.iilliant nmiiia siinul , deTnjila tiithia , in lyalho decoclioui* hordei vsque ad consumptionem aqua» et vini : eolentur, rursusque igni admoueantiir, addendo tuthiam, et liât linimentuni eiim cera alba, et 5. (' . croci.
Ce Uniment mitigé la douleur, et est incarnatif, et engendre chair dessus les nerfs descouuerts.
' La On de ce chapitre manque dan? le Traité de \b',^.
DES FLAYl.S F\ PAB TICVLlKri.
Tu accommoderas proportionnello ment la prédite curation aux: tendons et membranes , n'oubliant aussi à conforter iceux nerfs ( en quelque sorte qu'ils soient blessés ) à l'endroit de leurs origines et passages plus insignes , comme la teste , l'espine , le col , les aisselles et aines : et ce auec huiles chaudes , comme huile laurin , delis, de vers, desauge et semblables*.