‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 470 sur 511 · LES SIGNES QVE LES MOIS VEVLENT COVLER AVX FEMMES ET FILLES · texte numérisé non relu

LES SIGNES QVE LES MOIS VEVLENT COVLER AVX FEMMES ET FILLES

La femme aura les mammelles grosses et endurcies : aussi est titillée et incitée à Venus : elle a pareillement vn grand prurit aux parties intérieures du col de la matrice 2, pajce que le sang est lors eschauffé, dénient acre, et se putréfie s'il n'est euacué à l'heure deué. Aussi toutes les parties génitales sont eschauCfées et tuméfiées : toutesfois si la matière des fleurs est froide, elle n'appete Venus et ne s'y délecte, et sent en sa matrice stupeur auec vn decoulement d'aquosités blalfardes : et si rhumeur cholérique domine, la cou-

^ Ce long paragraplie est de 1575; celui qui suit date seulement de 1585.

- Ces mois : elle a pareillemenl vn grand prurit, etc., ont été intercalés en 1585.

LE DIX-HVITI15mE LIVRE,

leiir (ludit flux sera ianne : et si c'est !(• sang:, sera rubiconde et vermeille:

aussi si c'est la melancholie. sera gros, noir et plombin.

Aux filles qui sont au quatorzième an, leurs fleurs commencent à sortir, à autres à treize, à autres à douze : alors leurs tetins se grossissent, poignent et démangent, et la voix se mue plus grosse, et sont incitées à V enus, et ont douleur aux lombes et aux parties génitales, semblablement à la teste, auec vomissement de cbolere ou de pblegme, ou tous les deux ensemble : et le sang de leurs fleurs est semblable à la laueure d'vue chair sanglante, par-ce qu'il est encore indigeste et non cuit, à cause de leur tendre ieunesse, et partant est séreux, aqueux et blaffard K Et lorsqu'elles sont ja meures et capables d'vn mari, depuis qu'on attend trop à les marier, encore qu'elles rendent leurs fleurs en leur temps, on voit toutesfois qu'elles sont tourmentées griefuemenl d'vne défaillance de cœur et siilïocatioii de matrice, principalement quand elles deuieunent amoureuses, et sentent vne chaleur en leurs parties génitales qui leur démangent, titillent et -chatouillent, qui leur cause de ietter leur semence elles seules : laquelle demeurant aux vaisseaux spermatiques ou en la matrice, se corrompt et se retourne en venin (comme auons dit), d'où prouient qu'il s'esleue des vapeurs pulredineuses aux parties nobles et en la masse sanguinaire, qui altère le sang et fait qu'elles ont vn battement et défaillance de cœur, gémissent et soupirent, à cause que la faculté expultrice est incitée à iet-

1 Sylaius, liiire des mois. — A.. P, —1579. Voyez ci-devant la note de la page 751.

ter hors cette semence superflue et corrompue : et sont pensiues et chagrineuses et fort degoustées, ayant l'appétit depraué, dit P/fO, ne pouuans dormir, ayans la couleur palle et iaunastre, basanée, bouffie, et tout le corps semblablement , de sorte qu'elles ressemblent plustost mortes que -viues, el souuent meurent hydropiques et languissantes, ou maniaques.

Donc pour obuier à tels accidens, ic conseille aux parens et amis de la fille, estant en aage et maturité, qu'ils la marient à vn homme qui ait de quoy payer, à On qu'il n'abuse les marchands ' : et estant ainsi mariée reprendra sa couleur viue et naturelle , et le teint clair, poli et délicat , et son corps retournera entièrement en sa bonne habitude -. Les filles vil lageoises n'ont point ces accidens, ou bien rarement, à raison qu'elles n'ont les obiets et muguets comme celles des villes : et aussi qu'elles ne mangent et boiuent semblables viandes, tant en quantité qu'en qualité : ioint pareillement qu'elles Irauaillent beaucoup, qui leur fait oublier le desir des hommes : et encore le cas aduenant qu'elles eussent rétention de leur semence , le bon air et le grand trauail assidu qu'elles prennent consomme et tarit ceste matière spermalique, corrompue et venimeuse, tant par sueur que par insensible transpiration.

Que diray-ie plus? C'est qu'il se

• Ce tour de phrase rabelaisien : qui ait de quoy payer, afin qu'il n'abuse les marchands, existait déjà textuellement en 1573.

~ Les remèdes qu'aiions cy deuant déclarés, liiy seront aussi faits. — A. P. — Cette note existait déjà aussi en 1573, et je ne sais pourquoi elle n'a pas passé dans le texte.

DE LA GEÎfERATlON.

Iroiiue des filles si succulentes, dbondantes grandement en sang, qu'iceluy regorge aux mammelles et se conuertit en laict, elle peuuent faire rayer comme font les nourrices , à cause que les mammelles ont vne vertu lactifiante : ce qui se peut prouuer par Hippocrates , qui dit que si la femme n'est point grosse et n'a point enfanté, a du laict, c'est signe que ses mois sont supprimés * : et sur le Commentaire de cest Aphorisme, Galiendit, pour ce que les gîandulesdes mammelles estaus exangucs et blanches, conuertissent ce sang menslrual qui y regorge en humeur semblable à elles en couleur. SemblablemenL Valescus de Tarante, médecin, dit auoir veu vne fille , laquelle n'auoit ses mois, auoir du laict aux mammelles -. Icy ne sera hors de propos dire que Cardan 3 dit auoir veu à Gennes vn nommé Antoine Buse, aagé de trente ans, lequel auoit du laict en ses mammelles assez suffisamment Ijour nourrir vn enfant, et ne couloit pas seulement, mais le faisoit rayer, ainsi que fait vne nourrice de ses mammelles. Ledit Valescus de Tarante , médecin , affirme qu'on a vu vn homme (la femme estant decedée) allaicler son enfant et le nourrir , qui estoit vne chose admirable ^ : ce qui est confirmé par Aristote, liu, 3, chap. 4, lorsqu'il parle du laict des hommes : parquoy ne faut pas tousiours conclure qu'vne fille ayant du laict aux mammelles soit grosse ou

1 Aph. 39. 5. — A. P.

- Celle citation de Valescus est une addition de i585.

3 Liu. 12 de sitbdlilale. — A. P. — Cette note n'existe que dans l'édition de 1575.

^ Cette nouvelle citation de Valescus, et celle d' Aristote qui la suit, ont été également ajoutées en 1585.

qu'elle ait enfanté, veu qu'vn homme aussi en peut bien auoir '. La raison est que le laict a son origine et cquse efficiente de l'action de la semence virile : comme il se peut prouuer de ce que quelques hommes en ont, et de ce qu'ordinairement les femmes n'(m ont point qu'elles n'ayent conceu par la réception de l'action de la semence du masle. Parquoy les filles masculinisantes, comme dit Hippocrates aux liures de Diela, c'est-àdire qui sont de nature forte et virile, ayans pareillement la semence virile, peuuent auoir du laict sans auoir eu connoissance d'homme , aussi bien que les hommes masles en peuuent auoir, comme déduit Cardan expliquant l'Aphorisme sus allégué.

Or maintenant nous retournerons à nostre propos, et dirons que pendant que les femmes ont leur flux, sentent le corps pesant et mal aisé : aucunes iettent beaucoup de sang, les autres peu, selon leur température et les alimens dont elles sont nourries , et l'exercice qu'elles font, et pareillement selon leur aage. Celles qui les ont coutumierement en petite quantité, ce sont les grasses, à cause qu'elles ont les veines estroites , et par conséquent peu de sang, lequel s'employe à la gresse (comme auons dit cy dessus). A peu de femmes leurs purgations s'esmeuuent tous les mois sans y faillir, mais à plusieurs il se fait inlermission. Celles qui ont leur flux tout à la fois, à sçauoir, quatre ou cinq iours suiuans, sont plus heureuses et se portent mieux que celles à qui il vient peu à peu et à plusieurs iours.

' ici linissait en 1573 le texte de ce paragraphe; le reste est de 1575.

LF, l)l\-JIVri

ciiAVirai. JAV.

Lies AcciDKNS (jvi \ii;nm:m' AV I i.vx

DE SANG IVIENS1I!\ AI. IMMODEKÎ:.

Sont appétit pcnlii, loule roncoction dcbllcet refrignalion de. tout le corps, ol les verdis prosternées, detoioralion et aiiiaif,Missenieiit, enfleures aii\ ianilx's, liydropisie, fiéiire Leclique, delaillaïue de cœur, conijulsions, spasme et quelquefois la mort bien soudaine. Si lellux est fait I)ar liuniciir cliaiid et acre, sera fétide et de mauuais»; odeur et ( ouleur, estant tousiours accompaj,nié d'vne fleure, et souuent vlceres aux frenciues, et autres ])arties de la bouche .: la lanf,nie sera arid(! et seiche pour les vapeurs putrides et mali^'nes qui montent en haut, et pour ces causes faut y preuoir par les moyens qui seront dits cy après.

Les menstrues fluent aux femmes par les veines et artères naissans des vaisseaux spermaliques , finissans leur orifice dedans le fond et costés «le la matrice : mais aux vieijîes et femmes grosses (si fenfaut est sain) les mois Huent par les rameaux de la veine et artère hypogastrique , qui se rciellent et ramitient au col de la matrice. Ce (jui aduieiit (juaiid le sang pèche en quantité ou qualité, ou tous deux ensemble, ou par coït excessif, ou par-ce que la verge virile est troj) ('iiorin(> en grandeur et grosseur, ou |)ar 1 indx'cillité (k' la \citu retentrice des vaisseaux, vA la force de lexpultrice. Quelquesfois aussi ledit llux exci'ssif vient après Mi enfantement, coulant des cotvledons <»u orifices des vaisseaux où estoit attaché Farriere-faix contre les parois de

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