‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 54 sur 511 · DES PLATES FAITES PAR HAROVEBVSES · texte numérisé non relu

DES PLATES FAITES PAR HAROVEBVSES

Devant qu'entrer à bon escient on la description des Playes faites par Harquebuses et cura (ion d'icelles, il m'a semblé bon, pour mettre le Lecteur en jïousl, deuant que le présenter à vue table diuersifiée de tant de mets et fricassée de poudre à canon , toucher icy en bref qui fut l'inuenteur d'une si pernicieuse machine de guerre , en combien d'espèces elle a esté tournée et variée, ayant chacune son nom selon sonvsage, et combien elle est dommageable au genre humain.

Polydore Virgile , chapitre second du liure deuxième des Inuenletirs des f?(ose.ç, dit l'artillerie auoir esté inuentée par un Allemand de basse con-

1 Cette préface a paru pour la première fois dans la deuxième édition des œuvres complètes, c'est-à-dire en 1779; et il n'y a rien été changé dans les éditions suivantes.

Je dois ici rendre raison de l'orlhograpne que j'ai suivie pour le mot harquebuses. Dans son livre de 1545, Paré écrivait harquehuies; on 1564, hacquebutes ouhaquebules ; et à partir de la première édition des œuvres complètes il écrit hacquebutes, harquebvzes elharqurbuses indifféremment. Nous sommes bien obligé d'abandonner le premier mot , puisque'! dans cette préface même. Paré donne

dition, qui en fut induit en telle sorte. Cest homme, né pour le péril et deffaitte de l'humain lignage, gardoit vr iour pour certain affaire dans un mortier, de la poudre qui depuis pour son principal vsage a esté appellée poudre à canon, et l'auoil couverte d'vne pierre. Advint qu'en tirant du feu d'une pierre auec son fusil, vue petite eslincelle tomba dans ce mortier, et soudain la poudre ayant pris feu , fit sauter cette pierre en haut : ce qui festonna , et ensemble luy apprit la force de ceste matière , de sorte que faisant un petit canon de fer, et composant la poudre, il essaya ceste macbine : et voyant son fait réussir à son sou-

comme sources étymologiques le "mot François arc et le mot italien biizio; ce qui ne convient plus avec hacqui-buies. D'après celte double étymologie, il eût fallu aussi retrancher Yh comme on l'a fait plus récemment ; mais si ]e mol arquebuse se rencontre au xvi« siècle , c'est si rarement que l'on peut accuser une faute d'impression ; et j'ai dû maintenir l'orthographe de l'époque. Quant à \'s substituée au z, je l'ai trouuée assez fréquemment pour en conclure que cette substitution était déjà admise ; et je l'ai adoptée comme se rattachant d'avantage à l'orthographe actuelle.

PREFACE

hait , fut le premier qui enseigna aux Vénitiens l'usage de cesle diablerie, en la guerre qu'ils eurent contre les Geneuois, l'an de notre salut mil trois cens octante , en vn lieu jadis nommé fosse Clodiane, à présent Chioggia.

Combien que selon le Jugement de Pierre Messie, chapitre huitième, en la première partie de ses divirses Leçons , ceste inuentiori doit estre plus ancienne : à cause qu'en la Chronique d'Alphonse, onzième Roy de ( astille, qui conquisl les Isles Argczires, il se trouve qu'estant au siège de la ville , en l'an mil trois cens quarante trois, les Mores assiégés tiroient certains tonnerres auec des mortiers de fer. Encores long temps auparauant, qui lut y a quatre cens ans et plus, en la Chronique du Roy Alphonse qui conquisl Tolède , le seigneur Don Pe- Ire, EuesquedeLeon, escrit qu'en vue bataUle de mer, qui fut entre le Roy de Tunes et le Roy More de Seuile, auquel le Roy Alfonse fauorisoit, les Tuningeois auoient certains tonneaux de fer ou bombardes, et qu'avec ce ils tiroienl force tonnerres de feu : ce qui deuoit estre artillerie , bien qu'elle ne fust à la perfection de maintenant.

L'inuenteur de ceste machine a eu pour recompense que son nom et sa profession ont esté inconnus de tout le monde , comme indigne d'aucune mémoire , pour le malheur qu'il nous a introduit . Combien qu'A ndré Theuet en sa Cosmographie, parlant desSuëuians, peuples d'Allemagne, auance de l'autorité d'un certain \ieil liure escrit à la main, tel homme Allenuind auoir esté Moine et Philosophe, ou Alchimiste de profession , du pays de Fribourg , nommé Constantin Anclzen.

Quoy qu'il en soit , ceste machine a esté premièrement appellée li mbarde , à cause du bruit qu'elle fait , que les Latins conformément au naturel du son appellent liombus. Depuis à ceste première inuention de soy rude et imparfaiie , le temps, l'art, et surtout la malice des hommes a beaucoup adiousté. Car premièrement quant à la matière , au fer ont succédé le bronze et le cuiure , métaux plus traitables et fusiles , moins aussi suiets à la roiiille Secondement ceste première simple et lourde masse de canon a este diuersifiée en cent façons, iusques à les monter sus des roiies, à fin que non seulement de plus haut , mais aussi de plus grande vistesse , elles peussent courir à la ruine des hommes, les premiers mortiers ne semblans assez maniables ny assez Cl uels par vn simple vomissement de fer et de feu. De là sont venus ces horribles monsti es de ' anons^ doubles Canons, Bastardes, Mosquets, Passe-volans, et ijieces de campagnes, ces furieuses bestes de CouUuurims, Serpentines , Uasilisq<, Sacres, Fauco s. Fauconneaux, Verses, Fleutes,OigiKS^ et autres infinies espèces, toutes de diuers noms, non seulement tirés et pris de leur figure et qualité, mais bien d'auantage de leurs effets et cruauté. En quoy certes se sont monstres sages , et Lien entendus en la chose, ceux qui premièrement leur ont imposé tels noms , qui sont pris non seulement des animaux les plus rauissans, comme des sacres et faucons, mais aussi des plus pernicieux et ennemis du genre humain, comme des serpons, couleuures , et basilisqs , pour monstrer que telles machines guerrières n'ont autre vsage, et n'ont este iuuentées à autre fin et intention, que pour ravir promptement et cruel-

lement la vie aux hommes : et que les oyans seulement nommer , nous les eussions en horreur et detestation.

le laisse plusieurs autres pièces moindres en corps , mais de force et crunuté plus pernicieuses , de tant qu'elles attaquent nostre vie de plus près , et qu'elles nous peuuent surprendre à l'improviste et trahison , sans qu'il y ait moyen de s'en donner garde , comme sont les pislole'^^ pistolets, petits bidets, et autres semblables, petits lézards et scorpion- , que Ton peut aisément cacher dedans 1ns chausses. Entre ces deux espèces tiennent le moyen les harqu' buses n croc, que l'on ne peut bien tirer si elles ne sont liées et accrochées sur du bois , les mousquets po trinals^ que l'on ne couche en iouë , à cause de leur calibre gros et court , mais qui se tirent de la poitrine, et les harquebuses communes : le tout inuenté pour la commodité des gens de pied, et pour desserrer balles et dragées. Le mot gênerai imposé parles Latins, est Sclopus, à l'imitation du son , et des Italiens qui disent Sclopetere: par les François harquebuse , mot pareillement tiré des Italiens, à cause du trou , par lequel le feu du bassinet entre auant dans le canon , car les Italiens nomment vn trou Buzio : et se nomme arc, à cause qu'on en vse maintenant , comme iadis on faisoit des arcs à la guerre, veu que les archers auoient le temps passé la première pointe, comme à prosent ont les harquebusiers aux combats et batailles.

De ceste misérable boutique et magazin de cruauté , sont sortis les mines , contre-mines , les sapes , les pots à feu, les traits, les lances et arbalesles à feu , les tonneaux meurtriers, les sachets, les trainées, les fuzées , les fagots bruslans, les cercles,

Page 1