‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 55 sur 511 · DES PLAYES PAR HARQVEBVSES · texte numérisé non relu

DES PLAYES PAR HARQVEBVSES

les oranges, les grenades, les pelotes, les pois et carreaux à feu : très misérable inuenlion , par laquelle nous voyons souuent vue milliasse de panures hommes fricassés sous vue mine, ou cazematle : les autres en l'ardeur du combat atteints,voire legierement de quelqu'vn de ces engins , brusler cruellement dans leur harnois,sans mesme que les eaux puissent refréner et esteindre la furie d'vn tel feu.

Ce n'estoit doncques assez d'auoir armé le fer et le feu contre nous , si mesme pour haster le coup on n'eust quasi comme empenné telles armes , les faisant voler aux despens de nostre vie , appropriant des ailes à la mort, pour accabler l'homme plus soudainement : pour la conseruation duquel toutesfois telles choses auoient esté premièrement créées. Vrayement quand en moy-mesme i'oy parler des machines desquelles les anciens vsoient,fustpour assaillir les hommes en combat et rencontre , comme sont les arcs,dards,arbalestes, frondes : fust pour forcer les villes, comme sont 6eliers, chenaux, vignes, tortues^ haliste^^ et autres semblables, me semble que i'oy parler de petits iouctsd'enfans,au regard de celles-cy,quipour en parler proprement et à la vérité, surpassent en figure etcruautéleschoses que l'on sçauroit penser les plus cruelles Que sçauroit-on imaginer en ce monde de plus espouuentable et furieux que la foudre et tonnerre? Et toutesfois le tonnerre ordinaire et naturel n'est par manière de dire rien , au regard de ces machines infernales : ce qui se pourra aisément comprendre par la comparaison des effets de l'vn et de l'autre.

Nature a bien voulu honorer et priuilegier l'homme , inférieur en force corporelle aux bestes , de cecy : c'est

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que le seul homme ne meurt tousiours estant frappé de foudre, et au contraire pour peu que les autres animaux qui sont suiets à la foudre en sont touchés, en meurent soudain.

Car comme ainsi soit que tous animaux frappés du foudre tombent de l'autre costé , le seul homme ne meurt point, s'il ne tombe sur la partie frappée du foudre , ou s'il n'est tourné par force du costé d'où la foudre vient. Mais l'artillerie n'espargne non plus les hommes que les bestes : et sans discrétion, de quelque costé qu'elle vienne, en quelque costé qu'elle frappe , en quelque façon qu'elle les renuerse , leur emporte la •vie. 11 y a plusieurs remèdes pour se garder contre le tonnerre. Car outre les charmes , par lesquels les anciens Romains croyoient la foudre pouuoir estre conjurée et diuertie ou excitée , on ne veit iamais la foutire descendre plus auant que cinq pieds en terre. De là vient que ceux qui la craignent font caves profondes en terre, pour s'y retirer comme en sauueté. On dit que Te Laurier n'est iamais frappé de la foudre : c'est pourquoy le temps passé , et encore auiourd'huy , il est pris pour un signal de victoire. Parquoy l'Empereur Tibère, craignant sur toutes choses le tonnerre, se faisoit promptement couronner de laurier, au moindre bruit qu'il eustouy en l'air. On lit de quelques-vns auoir fait faire des lentes de peaux de veaux marins, pour ce que cest animal a cela de particulier, que iamais il n'est atteint du foudre. L'Aigle aussi est dit auoir ce priuilege entre les oiseaux , de n'estre frappée de la foudre : c'est pourquoy on l'appelle cousteliere de lupitcr , dit Pline , liure 2, chap. 54 et 55. Mais contre l'artillerie, rien ne sèment les paroles

et incantations, rien le laurier victorieux, rien le veau marin, rien chose quelconque, non pas mesme vne muraille opposée , espaisse de dix pieds.

Brefcecy monstre la fureur inexpugnable de l'artillerie, au regaid du tonnerre : c'est que le tonnerre se peut dissiper par son de cloches, bassins d'airain, et mesme par le bruit d® l'artillerie : les nuées , du heurt et combat desquelles se fait le tonnerre, estans par telle agitation de l'air, ou dissipées ou chassées en autre pays bien loin : mais la fureur et orgueil de l'artillerie ne s'appaise pour chose quelconque.

Il y a quelques temps et quelques régions exemptes de foudre : car on ne voit gueres tomber la foudre au cœur de l'Hyuer, non plus qu'au gros de l'Esté. Ce qui adulent de deux raisons contraires : car en Hyuer l'air est fort espais, au.ssisont les nuées, de sorte qu'aisément estreignent tout le feu que pourroient avoir chargé les exhalations de la terre, qui neantmoins sont lors froides et glaciales :

de là vient que la Scythie et les régions froides qui sont à l'environ , c'est à dire, laTartarie, Liuonie, Moscouie, Russie, et autres pays voisins, sont exempts de foudre. Comme au contraire les grandes chaleurs en préservent lÉgypte : car les exhalations et vapeurs de la terre, qui sont chaudes et seiches , se conuerlissent par la chaleur véhémente en petites nuées qui n'ont point de force , comme dit Pline'. Mais comme Tinuention, aussi la tempesle et dommage de l'artillerie , s'est espandue comme vne pesle par toutes les provinces de la Terre : et en tout temps le Ciel retentit sous la plaintive voix de ceux qui en sen-

> Liu. 2. chap. .^0. — A. P.

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