‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 59 sur 511 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DIVISION DES PLAYES SELON LA DIVER- SITÉ TANT DES PARTIES OFFENSÉES , ÇVE DES BALLES DONT ELLES SONT FAITES 2.

Toutes les playes que les basions à feu causent au corps de l'homme , tant simples que compliquées , auec contusion , dilaceration , intemperature et tumeur, se font les vues es parties nobles, les autres es ignobles :

* Ce livre, le premier qu'A, Paré ait fait paraître, et celui qui d'abord a fait sa réputation, a eu trois éditions avant de passer dans les OEuvres complètes ; les deux premières en 1545 et 1552 , avec un titre analogue à celui qu'il porte ici; la troisième en 1564 avec plusieurs autres Traités, sous le litre des Dix Hures de Chirurgie. Les chapitres 14 et 15 manquant dans ces trois premières éditions, semblent avoir paru séparément dans l'édition de 1572 que je n'ai pu voir; et le chapitre 16 ne date que de 1579.

Attendu l'importance de la question, soit pour l'histoire de l'art , soit pour l'histoire d'A. Paré lui-même, je n'ai pas voulu, pour toute la partie de ce livre qui concerne

quelques vnes es parties charneuses , quelques autres es nerueuses et osseuses : aucunesfois auec ruption et dilaceration des grands vaisseaux , comme des veines et artères, et quelquesfois sans la ruplion d'iceux. Telles playes aussi sont aucunesfois superficielles, et souuent profondes, iusqu'à pénétrer outre le corps et les membres esquels on les reçoit. Vne autre diuersité "se connoist en elles selon la différence des balles, entre lesquelles s'en trouue de grosses , de

les plaies d'arquebuses, disséminer dans les notes les doctrines en lutte avec celles de notre auteur , et j'ai préféré les présenter ensemble dans mon Introduction. Les notes qui vont suivre auront donc uniquement pour objet de signaler les modiOcalions les plus importantes de la rédaction et des doctrines d'A. Paré lui-même.

2 Tout ce chapitre, à l'exception d'un ou deux mots, offre la rédaction adoptée par Paré dans l'édition de 1564. Les éditions antérieures présentent quelques différences. D'abord elles nesont point divisées en chapitres; et puis le style même a subi de notables changements ; la balle y est nommée ballotte, )es apprentis ouvriers, etc.

LE JVEVFIEME LIVRE

moyennes, et de petites comme dragée, dont la matière (qui n'est ordinairement que de plomb),se laisse aucunesiois conuerlir en acier, en fer, ou en estain, rarement en arifent, et moins encores en or. Suiuant lesquelles ditferences , le Chirurgien doit prendre diiierses indications pour opérer, et selon icelies diuersifier les remèdes 1.

Or nous ne deuons iuger les grands

1 Dans les deux premières éditions le livre commençait ainsi:

Les playe.s faicles par basions à feu ne vciiuent eslre simples , mais necessairemeni compliquées, c'est àsçauoir auec coutmion, etc.

Ce n'est donc qu'en 1564 que Paréa admis qu'elles pouvaient être simples. La phrase qui se rapporte à la diversité de ces blessures selon la diflérence des balles , ne date aussi que de 1664.

Immédiatement après ce premier paragraphe , dans les deux premières éditions, suivait la réfutation de ceux qui regardaient ces plaies comme vénéneuses, discussion qui a été depuis reportée dans le discours au roi; voici le texte primitif:

« Aucuns disent icelies playes estre combustes et vénéneuses par' la qualité de la pouidrc et ballotte ou boulet: dont grands accidenlz suruiennent. Mais facilement se pcult rcprouuer telle opinion. Car en premier lieu la ballotte de soy ne sçauroit cautériser, pour ce que le plomb ne peult conceuoir si grande chaleur qu'il ne fust fondu. Toulesfois nous voyons la ballollc passer au trauers d'vn harnoys iusques à entrer dedans la chair, et estre encore entière. OuUre plus, nous voyons lesdicles ballottes auoir esté iettées contre vne pierre, et neantmoins tout soudain on les peut tenir en la main , sans notable chaleur : combien que l'atlrilion ou collision d'icelle auec la pierre deust auoir encores augmenté sa chaleur: donc ne pourra eslre faicte aduslion par la ballolle. Et s'ilz disent estre par la pouldre à canon, ia la pouldre n'est caustique , comme l'expérience le monstre. Car en l'appliquant sur aucun vlcerc , ne faict corrosion ou mani-

accidens de ces playes prouenir par aduslion de la balle , ny par la venenosilé, ou autre mauuaise qualité de la poudre à canon, pour les raisons qu'auons déduites aux Discours pre- •cedents, mais à cause de la contusion , dilaceration et fraction que faitla^ iolence de la balle es parties nerueuses et osseuses. Car quand il adulent que la balle ne touche que les parties charneuses,etencorpsde bonne teni-

feste douleur, fors en bien petit Instant après qu'elle y est appliquée: ce qu'ay voulu expérimenter, premier qu'en donner ingénient. Et de ce chacun peult faire facile expérience. D'auantage qu'elle ne soit vénéneuse , ie le prenne par ceste raison : nul simple qui entre en elle n'est trouué vénéneux, moins donc sera trouué vénéneuse sa composition et toute sa mixtion. Outre plus, posé qu'elle eust bien grande acrimonie, encore ne pourroit-elle estre portée auec la ballotte, qu'en bien petite quantité: car elle est consumée tant par l'action du feu , que séparée par l'agitation de l'air. El quant à ce que tant facilement s'enflamme, n'est suffisante raison pour conclure qu'elle ayt faculté ou vertu de faire aduslion: carie camphre , combien qu'il soit tres-froid , ne laisse pourtant de s'enllanimer, et ce que l'eau de vie se conuertit en flamme , n'est tant pour sa chaleur que pour la ténuité des parties. Ce qui se monstre .'car icelle eau bien distillée, puis exposée à l'air, s'esuanouit, et dissipe en substance aireuse. Semblablementsoiiuenlesfoisonvoilque parauantquc la ballotte entre en aucun membre, elle rencontre harnoys et habits , et en icelle conl'raction le reste de la pouldre se sépare et diminue de ladite ballotte- parquoy n'y peut demeurer que bien petite portion d'icelle. Mais quand ne rencontre aucune chose interposée deuant la chair, en ce cas pourroit porter plus grande quantité de pouldre, qui est cause de noircir la playe. Ce qui a deceu et abusé aucuns, cuidans telles playes estre adusles: ce qui pour les raisons predictes est absurde et mal entendu.

» Parquoy ne deuons iuger, etc. »

DES PLAYES D HARQVEBVSES.

perature, i'ay trouué aulresfois telles playes autant peu rebelles à curation , et aussi faciles à traiter, que celles qui sont faites par autres bastons faisans vulneres ronds , conlus , et de telle figure que fait le boulet. Pour-ce est-il nécessaire auoir plus d'esgard aux symptômes ou accidens de la contusion, dilaceration, fracture d'os et violence de l'air enuironnant, qu'à la combustion qu'on estimeroit prouenir du boulet et venenosité de la poudre à canon , pour les raisons prédites. Ce que mettant en lumière pour aider aux ieunes et nouueaux praticiens en chirurgie , i'ay voulu traiter briefueraent, toutesfois ainsi que i'ay peu expérimenter à la suite des guerres , que i'ay continué par l'espace de quarante ans K En quoy ie proteste auoir suiui le conseil des Médecins, et gens de ma profession plus renommés et approuués, tant par leur doctrine que longue expérience : lesquels ie m'asseure sçauoir choses trop plus grandes que ne pourroient contenir mes escrits. Par ainsi ie n'escris pas pour eux , ains pour les nouueaux apprentifs de cest art, et à ceux qui n'auront meilleur aide pour suruenir aux cas vrgents prouenants esdites blesseures , lesquels surprennent quelquesfois le conseil du Chirurgien , si la raison et expérience ne conduisent son œuure.

* Les deux premières éditions disent seulement que l'auteur a suivi les guerres ; en 1664 il ajoute : que l'ai commué par L'espac-c de trente a7is; el en 1675, pur l'espace de quavanle ans, ce qui a été conservé depuis dans toutes les éditions.

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