DES PLAYES D
vn Médecin : auquel assés ouuertemeiit il blasoune et dénigre ce que i'ay escrit par cy deuant des playes faites par coups de harquebuses , et de leurs cures. le proteste que quand il n'y auroit autre mal, et que ie ne verrois autre interest en cecy que le mespris de moy et de mon liure , ie laisserois couler les choses doucement , et les passerois sous silence :
sçachant bien que les responses et répliques , dont nous nous voulons aider à clone la bouche des medisans , bien sonnent seruent plustost à les faire parler d'auanlage qu'autrement, et qu'il n'y a meilleur moyen d'assoupir telles noises, que de ne dire mot : comme nous voyons que le feu s'esteint, cessant sa matière combustible, et lui ostant le bois. Mais quand i'ay bien considéré le danger euident auquel plusieurs se fourreront s'ils viennent à suiure les reigles et enseignemens que donne ledit Médecin pour la cure desdites playes, i'ay pensé que mon deuoir estoit d'aller au deuant de ce mal, et d'empescher autant que que ie pourrois, eu esgard à ma profession, laquelle outre l'affection commune que tous doiuent au bien public , m'oblige particulièrement à cecy, tellement que ie ne pourrois en bonne conscience faire le sourd et le muet , où le deuoir gênerai et particulier m'obligent et contraignent à parler. C'est cela qui me sollicite à faire cette Apologie, plustost qu'vn désir boitillant et passionné d'auoir ma reuange de celuy qui à la vérité m'a assailli à tort.
Or en ce liure il prétend contemner et mépriser l'application des medicamens suppuralifs , comme du basili con , et d'autres semblables : pareillement de ceux qui sont acres, comme l'Egyptiac et autres : et dit , Tels re-
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medes ont été cause do la mort dune infinité de personnes ausquels on les a appliqués , voire encore que leurs playes fussent superficielles , et en partie charneuses : et qu'en ce l'on ne doit suiure le conseil d'Hippocrates, qui dit que toutes playes contuses doiuent estre suppurées. Parce (dit-il) que c'est vne maladie nouuelle et inconnue aux anciens, qui désire aussi nouueaux remèdes. D'auantage il dit , que pour l'intemperature de l'air, n'est besoin changer de remèdes ausdites playes. Aussi qu'on ne doit comparer le tonnerre et la foudre aux coups d'artillerie. En quoi le voyant du tout contrarier à ce que i'en avois escrit en mon liure des playes faites par harquebuses, flèches, et dards, io suis contraint pour ma défense repeter aucunement ce que i'en ay par cy devant et ailleurs exposé, pour reprouuer tous ces points, comme i'espere faire l'un après l'autre.
Premièrement, que les medicamens suppuratifs ne soient propres à telles playes, c'est combattre la raison, l'authorilé , et expérience. Car chacun sçait que les balles eslans rondes et massiues , ne peuuent blesser sans faire grande contusion et meuiiris seure, laquelle ne peut estre curée sans estre suppurée, suiuant l'authorité non seulement d'Hippocrates , mais aussi de Galien, et d'autres auteurs tant anciens que modernes.
Et que luy sert de nommer telles playes nouuelles, pour déroger au dire d'Hippocrates, lequel nous tenons comme père , auteur , et vray fondement des loix de la saciée Médecine , sur toutes dignes de grande loiiange, parce qu'elles ne sont sujettes à chanfjement , comme celles des Roys, Princes, et grands Seigneurs, ny à la prescription de temps et de
régions? Donc si i'ay en recv siiiiii la doclrine Hippocratiqiie , qui tousiôurs se trouue vraye et stable, le croy auoir bien fait , et n'ay esté seul. Car monsieur Botal , Médecin ordinaire du Roy , et monsieur loubert aussi Médecin du Roy, et son Lecteur ordinaire en l'Vniuersilé de Montpellier, hommes bien expérimentés, tant en la Médecine qu'en la Chirurgie, qui ont escrit recentement de cette matière, loiient et commandent appliquer au commencement en telles playes du basilicon, et autres medicamens suppuratifs. Ceux-cy (pour auoir suiui les guerres) ont plus ueu de blessés par basions à feu en vn iour, que nostre Médecin n'a fait en toute sa vie. Quant à l'expérience, il y a vne infinité d'autres bons Chirurgiens , et grandement expérimentés , qui ont vsé et vsent de ces remèdes au commencement, pour rendre telles playes à suppuration , s'il n'y a indication contraire.
le diray d'auantage , qu'vn chirurgien Empirique son voisin , nommé Doublet, a fait maintesfois des cures merueilleuses , appliquant à telles playes vn médicament suppuratif, composé de lard fondu, iaune d'œuf, et térébenthine auec vn peu de safran ; et tenoitce remède pour vn Iresgrand secret. Il y en avait vn autre à Thurin l'an 1538 (moy estant lors au seruice de défunt monsieur le Mareschal de Montejan, Lieutenant gênerai du Roy en Piedmonf lequel auoit le bruit par sus tous les Chirurgiens de ce pays là, de bien guarir telles playes auecques oleum Catellorum, la description duquel i'eus de luy par grandes prières. Cette huile a puissance de lenir et appaiser la douleur , et rendre les playes suppurées : et Tappliquoit vn peu plus
LE NEVFIEME LIVRE
chaude que tiède, et non pas bouillante , comme aucuns veulent. Ce qu'vne infinité de Chirurgiens ont fait, après que ie leur ay descrit ladite huile en mon liure des playes faites par harquebuses, auec bonne et heureuse issue.
Quant au mespris qu'il fait de l'onguent Egyptiac, ie croy véritablement qu'il demeurera seul en son opinion et hérésie, veu qu'on n'a encores seeu trouuer de plus singulier remède pour preuenir et corriger la pourriture, qui suruient le plus sonnent en vlceres virulents , corrosifs, ambulatifs , et malins , iettans vne sanie puante, dont la partie tombe en gangrené , si on n'y remédie par l'Egyptiac et antres medicamens acres, qui ont esté pour cette raison fort approuués desdits Botal et loubert , et de tous bons Chirurgiens. Et cependant nostre Médecin soustient qu'ils sont venimeux : Attendu (dit-il) qu'en les appliquant aux playes faites par basions à feu, ont esté cause de la mort de plusieurs personnes : qui est chose si absurde et contre raison, que l'en quitte la response aux barbiers de village, qui auront trop dequoy luy satisfaire sur ce point, et luy prouuer plus manifestement qu'il ne scaurait nier hardiment, par la considération d'vn chacun des ingrediens dudit Egyptiac, iceluy non seulement n'estre vénéneux, mais mesme résister et contrarier directement à toutes sortes sortesde venins et pourritures qui peuueut survenir aux parties cbarneuses , à raison de quelque playe et vlcere.
Il dit d'auantage, que la disposition de l'air ne peut eslre cause d'infecter et rendre les playes dangereuses en vn temps plus qu'en autre. En cela il demeurera encore tout seul de ceste