A MADAME LA PRINCESSE BAGRATICN. 2 K
EQCore, si mes maux, si mes chagrins n'étaient qu'à moi seule, j'aurais peut-être du courage pour les supporter; mais leur poids m'accable quand je pense qu'il pèse aussi sur ma pauvre mère : on manque plutôt de force pour la souffrance des autres que pour la sienne, et je souffre des tourmens de ma mère comme elle souffre de ceux de sa fille !... Du moins , si je pouvais travailler! Mais comment retrouver une pensée poétique au milieu de tant de pensées douloureuses, de tant d'inquiétudes d'avenir? Comment soulever le poids affaissant de mon sort pour respirer en liberté l'air de l'inspiration? Non, le temps passe, mon travail pourrait me sauver ainsi que ma mère!... lîl le spectre du lendemain, fantôme aux mille formes bizarres, mais toutes effrayantes , est là, devant moi , toujours là ! comme l'implacablî" geôlier de ma pensée *prisonnièr(\.. Rien encore! rien!... et cependant. ..
Tel dans ces tristes jours , honte de notre histoire . Ces jours oii comme un crime on punissait la gloire , Chénicr, lorsqu'à son tour le bourreau l'appela , Dit , frappant d'une main convulsive et brûlante Le front qu'il présentait à la hache sanglante : J'ai pourtant quelque chose là I
2l4 A IMADAME LA PRINCESSE EAGRATION.
Qui, malgré cette accablante oisiveté, malgré ce silence qui me tue , moi aussi j'ai pourtant quelque chose au cœur et au front.
Oui, ce souffle brûlant, ce souffle inspirateur
Qui , du feu qu'elle enferme agrandissant la flamme,
Ainsi qu'un rayon créateur, Semble échappé du ciel pour féconder une âme , Combien de fois en Tain je l'ai senti passer ! Et j'ai dit au malheur : Laisse-moi donc penser ! Inutile prière! A mes cris insensible , En épuisant ma force à de nouveaux combats ; Sourde comme la mort , et comme elle inflexible , L'infortune me frappe et ne m'écoute pas !
Si , fatiguée des coups que la cruelle ni'assène sans relâche , elle pouvait un instant laisser reposer son bras , j'en profiterais , princesse , pour adresser quelques vers au prince royal qui , comme vous le pensez, pourraient peut-être disposer Son Altesse à m'accorder le secours de son auguste présence pour la lecture que je dois faire de ma tragédie. Puisse le cachet que mon cœur y posera ne pas être brisé avec dédain par la main puissante dont j'implorerai l'appui !
Quand votre influence propice Combattant mon destin peut vaincre ma rigueur,