NOTICE SUR LES ITALIENNES
M. le vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont , mon premier et digne protecteur (i). Il y verra l'hommage d'un cœur reconnaissant, et l'accueillera , j'ose le croire , avec la même indulgence qu'il a toujours accueilli ce que j'ai eu le bonheur de lui présenter.
Je traiterai M. le vicomte Alban de Villeneuve comme j'ai traité M. de Chateaubriand, c'est-àdire qu'il n'apprendra que mes Italiennes lui sont dédiées que lorsqu'il en recevra le volume; et j'espère que , comme M. de Chateaubriand aussi, il sera assez bon pour me pardonner d'oser lui en adresser la dédicace sans en avoir avant sollicité son agrément.
Ainsi, tu vois bien, d'après cela, ma pauvre maman, qu'à défaut de mes pieds, qui sont cloués en France, il est à propos que mon imagination voyage à ma place. Mais qu'est-ce que l'imagination près de la réalité ? Comment bien nuancer le coloris que l'on ne voit pas? 11 me semble, vois-tu, que mes Italiennes contiendraient mille fois plus de poésies , si je pou-
(i) Ce fut à M. le vicomte Alban de ViIleHeu\e-Bargemont , qui était préfet à Nantes lorsqu'Elisa publia ses poésies , qu'elle dut la protection de M. de Marlignac et la pension de 1,200 fr. (jue lui fit oc luinistre.
NOTICE SUR LES ITALIENiNES.
Tais les écrire sur les lieux mêmes ; là, les vers, je le sens , se placeraient sans difficulté sous ma plume Par exemple, l'ode que je composerais à Florence ne serait-elle pas plus digne du Dante que celle que je composerai à Paris ? Ne décrirais-je pas d'une manière plus touchante à Ferrare que dans cette chambre l'amour qu'Eléonore d'Est inspira à ce malheureux ïorquato , qui possédait à lui seul plus de génie qu'il nen aurait fallu pour faire cinquante poètes ? Et lorsque je parlerais de la grandeur passée de Rome, s'il me plaisait de faire monter César au C apitoie au milieu de ses quarante éléphans, chargés de flambeaux, ne me ferais-jc pas mieux l'idée de cette pompe triomphale si je pouvais apercevoir l'espace que devait occuper ce cortège si grandiose?... Enfin, il faudra que je voie tout des yeux de l'âme. Je t'assure bien pourtant que si je faisais l^s Vêpres Siciliennes en Sicile, je crois que j'y ferais entendre ce son de vêpres qui fut le signal du massacre des Français.... C'est avec le secours de lord Byron que je me transporterai à Venise sur la place Saint-Marc, en face du palais du doge , pour faire tomber la tête de Marino Faliero.... Enfin, comme on dit, du meilleur pain