SCENE PREMIERE
BOABDIL , ALY, SEIDE , Zégris , Vanégas , Abencerrages , Alabez, Gardes. ,•
BOABDIL est assis quand on lève la toile; il se lève pour parler k tes guerriers .
Nobles chefs , qu'un devoir et pénible et sévère Rassemble dans ces lieux pour condamner un frère ; Vous , qui , pour le frapper en criminel d'état , Portez le fer des lois dans la main du soldat ,
024 BOABDIL
Jamais , depuis le jour oh l'ange de la gloire
Des rives de l'Afrique amena la victoire ,
Où l'Espagne, soumise à des maîtres nouveaux ,
Des enfans du désert arbora les drapeaux ,
Jamais , dis-je , jamais , essuyant cet outrage ,
Grenade , aux ennemis laissant ce noble gage,
]N'a%ait encor perdu son étendard sacré.
Pour la première fois , un chef déshonoré ,
Butin des Castillans , vient de \oir sa bannière
De leurs camps à Jaën balayer la poussière.
Coupable de sa perte, il attend aujourd'hui
Le redoutable arrêt qui va peser sur lui.
Je sais qu'en ses décrets la loi , ferme, implacable ,
Considère le crime et non pas le coupable.
Cependant, ne peut-on , rappelant ses exploits ,
Mettre dans la balance et peser à la fois
La faute et les succès du chef abencerrage ?
Mais cherchez dans les temps, interrogez l'usage :
J'attends votre conseil avant de condamner.
Prononcez.
LES ZÉGRIS Bi LES VANÉGAS.
La mort !
LES ABENCERRAGES et LES ALABEZ.
Grâce !
ALY
Et pourquoi l'épargner ?
De motifs étrangers nos lois sans tenir compte , Doivent faire la part de l'honneur, de la honte. Ces inflexibles lois , sans répondre du sort , Imposent à nos chefs la victoire ou la mort. Si la gloire à Jaën eût servi son courage , Sur un char triomphal , recevant notre hommage,