‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 162 sur 264 · ACTE I , SCENE I. O · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE I. O

Abenhaniet vainqueur fut irioDlé Mais i! faut

Qu'Abenhamet vaincu monte sur l'échafaud.

Qu'elle ordonne un triomphe , ou commande un «upi^lico ,

Lorsqu'il faut que la loi récompense oa punisse.

On doit, sans écouter l'envie ou l'amitié ,

Récompenser sans haine , et punir sans pitié.

J'ai dit.

SÈlDE.

Peux-tu donner ce conseil détcslablo ?

Pour être malheureux , quoi ! l'on est donc coupable ? Elle est juste , dis-tu , la loi dont la rigueur Ainsi que d'un forfait peut punir d'un malheur ! ÏSou ! cette loi fut faite en des temps où nos pères N'avaient pas vu le ciel des rives étrangères. Mais nous, qui, dans ces lieux conduits par nos destins , Avons vu d'autres bords que les bords africains ; IN'ous , qui , foulant aux pieds la terre d'ibérie , L'avons par droit de force acquise pour patrie ; Nous avons comparé les mœurs ; notre raison De sept siècles passés a compris la leçon , Et nous prétendrions retourner en arrière! Ah ! de nos préjugés secouons la poussière ! Brisons le joug usé de nos vieilles erreurs ; Marchons avec les temps , et dérouillons nos mueurs !

BOABDIL

Insultez-vous aux lois, à leurs décrets augustes ?

SÉIDE

Non , roi ! mais je combats colles qui sont injustes,

ALY

Celle-ci ne l'est pas, non ! Par l'impunité Ou voit trop le vu'gaire aux forfaits inAÏlé.

BOABDIL

Je k répète , il faut qu'Abenhamet périsse ,

Et que chef ou soldat , instruit par son supplice ,

Sache , dans son devoir, par l'effroi retenu,

Que même châtiment à même faute est dû.

Ma voix également dira que , généreuse.

De leurs nobles succès la patrie orgueilleuse ,

Doit prodiguer ses dons à ses triomphateurs.

Oui, des tourmens au lâche, au brave , des honneurs ;

C'est ainsi que la loi doit s'expliquer.

SÉIDE

Peut-être De la peur, selon toi , le courage peut naître. De ce magique effet tu te flattes en vain : Le lâche d'aujourd'hui sera lâche demain. Je ne crois pas non plus , ainsi que tu le penses , Que nous ayons besoin d'honneurs, de récompenses ; Si l'on admet qu'on puisse acheter la valeur, Un guerrier viendra donc, en insolent vainqueur, Marchander sur le prix qu'il veut de sa victoire. Ah ! celui qui comprend tout ce que vaut la gloire , Soit qu'il l'acquière en paix , ou la trouve aux combats , La donne à son pays et ne la lui vend pas ! Mais vous, qui, sans pitié quand le destin l'accable j Traitez Abenhamet ainsi qu'un vil coupable , Est-il un seul de vous , quels que soient vos succès. Pouvant ici jurer de ne faillir jamais? Et toi même , à sa place, Aly, pourrais-tu croire Qu'on pût de ta valeur perdre ainsi la mémoire ? Qu'un revers fût un crime et valût le trépas ? Non , j'ose l'attester, tu ne le croirais pas. Mais enfin , malgré toi, ta haine se déclare,

Et

BOABDIL

Jeune homme , ton zèle un peu hi'op loin s'égare :

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