ACTE 1 , SCENE IV. ÙO
BOABDIL
ÎNon , toujours leurs vertus ont trompé ma fureur, Empêché ma vengeance , et, s'il faut te le dire , Ces vertus qu'à la fois je déteste et j'admire , M'affermissent encor dans ma haine contre eux ; Lorsque braves soldats , citoyens généreux , Môme aux yeux de l'envie ils sont irréprochables , Je sens que je voudrais qu'ils devinssent coupables ; Et ( d'un pareil souhait devrais-je convenir ) , Je voudrais acheter le droit de les punir !
AL Y, Eh quoi! ne l'as-tu pas? Est-ce en vain que ton père Jadis par leurs conseils répudia ta mère ? L'as-tu donc oublié?
BOABDIL
Ma mère ! Dieu puissant !
AL Y
Eh bien ! fils d'Aixa , sois fidèle à ton sang.
BOABDIL
Ma mère ! oh ! devais-tu l'attendre à cet outrage ! Devais-tu le subir, toi ?
AL Y
Si sou fils partage L'horreur qu'elle en ressent, venge-la de Taffront Dont un époux trop faible a fait rougir son front. Que dis-je! n'attends pas que le poignard d'un traître..
De ma raison déjà je ne suis plus le maître ; Cette raison qui fuit roe laisse à ma fureur. Quoi ! malgré soi , faut-il aimer avec ardeur !
OÔO BOABDIL.
Ne pouvoir, trop instruit, hélas! qu'on \ous déteste, Triompher un instant de cette ardeur funeste ! En rougir, et pourtant s'en laisser dévorer ! Et, se sentant haï , ne pas même ignorer Que celle à qui l'horreur est tout ce qu'on inspire , Sait aussi ce que c'est qu'aimer jusqu'au délire! Qu'elle aime ! et que sans cesse un fantôme jaloux, Repoussant le bonheur, se place entre elle et vous ! Sentir un cœur de glace auprès d'un cœur de flamme! Ne pouvoir échanger son âme contre une âme ! Puis, entendre toujours, comme infernal arrêt, Dans le cœur une voix qui vous crie : On te hait ! Ah ! quand on souffre ainsi , l'on peut être coupable.
AL Y
Eh bien !
BOABDIL
Transport affreux! Tourment épouvantable ! (Revenant comme d'un songe.) Que dis-tu?
ALY
Qu'empêchant un mal qu'on sait prévoir, Toute vengeance est juste et devient un devoir.
BOABDIL
Lorsqu'il est seul aimé, j'hésite !... Ah ! qu'il succombe T Qu'il meure ! mais sans bruit. Dans la nuit de la tombe Enfermons avec lui cet odieux secret ; Confident du cercueil , comme lui sois discret , Mais hâte-toi surtout : songe , dans ta prudence , Qu'il faut sauver ma gloire et presser ma vengeance; Que si j'ai pu braver la crainte d'un remord. Je... ne me revois plus qu'en m'apprenant sa mort.
(11 sort.)