‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 170 sur 264 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Au prix de ton hymen elle obtenait sa grâce. Tu vis de ses refus s'évanouir l'audace ; Et l'enchaînant à toi d'un lien éternel , Sur l'échafaud brisé tu fis dresser l'autel.

BOABDIL

Et tu veux que je sois assassin et parjure ! Que, faisant d'un serment une horrible imposture, L'échafaud sur l'autel se relève à son tour 1 Que Zoraïde, en vain immolant son amour

ALY

Lorsqu'elle t'appartient , loin de toi la faiblesse De vouloir t'abaisser à tenir ta promesse. Aux mortels, au prophète , à Dieu même juré , Un serment qui peut nuire est-il encore sacré ?

BOABDIL

Ahl ne me prouve pas l'utilité d'un crime.... jS'en fais pas à ma haine un moyen légitime. Sais-tu que je pourrais céder à mes transports , Si j'étais sûr de moi pour dompter mes remords ? Ne crois pas que ce soit la pitié qui m'arrête. Tavoûrai-je une crainte et honteuse et secrète ? Mon rival au tombeau descendrait aujourd'hui, Si j'y pouvais jeter sa mémoire avec lui ! Mais je sens trop, hélas 1 au trouble qui m'accable, Que l'oubli n'entre pas dans le cœur d'un coupable; Et je suis malgré moi par ce doute abattu : Innocent par faiblesse, et non pas par vertu.

ALY

Eh bien ! laisse une épouse et celui qu'elle adore,

Plus hardis

Dans l'exil puis-je le craindre encore?

Quand la loi , quand l'honneur leur défend de se voir?

536 BOABDIL

ALY

Conaais-tu quelque arrêt qui défende l'espoir ? Soit de près, soit de loin , tous deux d'intelligence Sauront former, crois-moi , des projets de vengeance : Peut-être ont-ils déjà préparé le poignard; Préviens-les , mais redoute un moment de retard. Une heure que l'on perd devient souvent funeste. Songe que dans ces lieux un jour encor lui reste ; Qu'il peut sur son rival porter un coup mortel : Que celui qu'on soupçonne est déjà criminel.

BOABDIL

Oh ! mille fois coupable ! on me déteste , on l'aime ! Malheureux !

ALY

Sache donc, dans ton intérêt même , T'abandonner sans honte à ton juste courroux, Et sauver à la fois le monarque et l'époux.

BOABDIL

Le monarque et l'époux , comment! quels noirs présages? Que veux-tu dire encor ?

ALY

Que les Abencerragcs Sauront venger leur chef par ton ordre exilé ; Que peut-être, par eux du désert rappelé, Bientôt on les verra —

BOABDIL

Non , je ne puis te croire. Ce doute n'est-il pas démenti par leur gloire?

ALY

N'a-t-oD jamais uni le crime à la valeur?

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