SCENE PREMIERE
ABEÎSHAMET , SÉIDE.
ABENHAMET.
It^iENS , l'ombre nous protège, on n'aura pu nous Toir, C'est ici , mon cœur bat et de crainte et d'espoir ; Quel trouble en ce moment et m'agite et m'oppresse ' Sera-t-elle , ô mon Dieu ! fidèle à sa promesse ? Viendra-t-elle ? et saurai-jc , en ce funeste jour. Si je lui dois enfin ma haine , ou mon amour ?
342 BOABDIL
sÉroE.
Ah ! malheureux ! combien d'une telle entrevue , Dans de pareils instans , je redoute l'issue !
Comment ? De quels soupçons tes esprits alarmés ?....
SÉroE.
Penses-tu que sur -vous tous les yeux soient fermés?
Crois-tu que Boabdil , affectant la clémence ,
Et contre la loi même embrassant ta défense,
Te puisse pardonner d'être aimé plus que lui ?
Non ! quand ton fier rival te présente un appui ,
De sa feinte bonté le funeste artifice
Veut épargner sa gloire , en cachant ton supplice.
Peut-être
ABENHAMET.
Eh ! que me font les dangers que je cours ! C'est aux heureux du monde à craindre pour leurs jours. Mais , pour moi , qu'ai-je donc de si beau dans ma vie , Pour l'aimer, pour trembler qu'elle me soit ravie ? Qui n'attend nul bonheur, qui ne sent nul remord , Ne doit pas faire un pas pour éviter la mort.
SÉroE.
Oui, mais faut-il aussi courir au-devant d'elle? Que dis-je! dans ces lieux Zoraïde t'appelle; Eh bien! même à l'abri des maux que j'entrevoi , Tu vas la voir, hélas ! c'est beaucoup trop pour toi ; Tu vas , en retrouvant cet objet de ta flamme , Tout entière à l'amour abandonner ton âme. De ce charme funeste un moment enivré , Demain tu partiras , jaloux , désespéré ; Demain, tu trouveras mille fois plus cruelle L'horreur dont est suivie une absence éternelle.