‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 175 sur 264 · ACTE II , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE I

Demain ! ah ! va , pour moi cette horreur, ces tourmeas ,

Ne seront que trop -vile apportés par le temps ;

Sans aller, poursuivi par leur fatale image,

A les souffrir d'avance épuiser mon courage.

Que viens-tu me parler de demain , d'avenir ?

Puis-je encore y songer, lorsqu'elle doit venir ?

Loin de moi tout penser qui n'est pas Zoraïde!

Klle seule, et puis rien, rion après, cher Séide.

Je ne puis, je ne veux rien prévoir du destin ,

Je dois la voir ce soir, que m'importe demain !

SÉIDE, à part.

Mon Dieu ' protégez-les !

ABENHAMET, écoulanl.

Ecoute.... l'on s'avance, On vient.... non.-, ma voix seule interrompt le silence. Séide , c'est ici qu'en des jours plus heureux , Son vieux père jadis la promit à mes vœux. Là , jouissant en paix de sa douce présence , Du bonheur attendu je goûtais l'espérance; Alors....

SlilDE.

Oui, mais depuis ? As-tu donc oublié A quel sort maintenant son destin est lié.-'

ABEMIAMET.

Ah! cruel , ta raison m'accable et me déchire. Quoi ! ne devais-tu pas, respectant mon délire , Quand ainsi j'oubliais un instant ma douleur, Me laisser ma démence, à défaut de bonheur ! Mais non, me rappelant son hymen exécrable , Tu me fais souvenir combien elle est coupable

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Mais elle ne l'est pas ; non , cet hymen fatal N'est que le fruit affreux d'un complot infernal , Et peut-être sa bouche en ces lieux va m'apprendre Ce secret odieux, que je ne puis comprendre ; Vainement tout me dit qu'elle a pu me trahir, Mon cœur la plaint, l'excuse, et résiste à ha'ir.

SÉIDE

Tu cherches à tromper la douleur qui t'anime.

ABENHAMET.

Oh ! ne m'empêche pas de douter de son crime 1 Si j'en étais certain , sais-tu qu'en ma fureur, Je pourrais lui plonger un poignard dans le cœur? Et que de ce poignard , teint d'un sang infidèle, Je pourrais me frapper et mourir vengé d'elle -*

SÉIDE

Ah ! grand Dieu !

ABENHAMET.

Prends pilié d'un amant insensé j Ne me détrompe pas si je suis abusé.

Séide , laisse-moi mon erreur consolante ; Songe que j'ai besoin de la croire innocente i Que l'hymen , à mes vœux l'enlevant sans retour. Ne m'a point arraché cet invincible amour Qui me brûlait jadis, qui me consume encore , Qu'à peine je contiens dans l'âme qu'il dévore ; Cet amour, qui , naguère encor pur et sacré , Par des nœuds immortels dut être consacré ; Qui, souvent au combat me guidant plus terrible , M'a presque fait douter qu'il fut rien d'impossible ; Qui doublait à la fois ma force et ma vertu ;

(Abeuliamel prend la main d« Séide.) Ce lent et doux poison dont l'ardeur. ...» Aimes- tu ?

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