‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 176 sur 264 · ACTE II , SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE

SÉIDE

Non , de l'amour encor mon cœur sait se défend ro.

ABENHàMET, repoussant la main de Sëidc.

Insensé ! je parlais à qui ne peut m'entendre ! Quoi ! tu n'as point aimé ? tu n'aimes pas , ami ? Tu n'as donc pu jamais être heureux qu'à demi :' Qu'Abenhamet te plaint de ton indifférence !

SÉIDE

A-l-il donc pour me plaindre oublié sa souffrance ? Mais, ami , laissons là ce que j'éprouve ou non , Et si tu peux encore écouter la raison , Si sa voix...

ABENHAMET.

Que dis-tu? moi l'écouter, la suivre ?

Réponds-moi; quand l'honneur, quand la gloire t'enivre , Lorsque pour la chercher tu voles aux combats , Si l'on venait te dire , en retenant tes pas , Que l'offrant loin des camps un bonheur pur, tranquille , La raison te rappelle... à Ion cœur indocile , Repoussant tout conseil , affermi dans son choix , Vainement la raison ferait parler sa voix , Tu ne l'entendrais pas. Eh bien! tu peux m'en croire, L'amour ne sait pas plus l'écouter que la gloire. Quelles que soient, ami , celles que nous sentions , Lorsque l'âme est ployée au joug des passions. Quelques biens, quelques maux que l'on perde ou qu'on brave, Le cœur sans réfléchir obéit en esclave. Devant son objet seul tout fuit , tout disparaît ; La passion commande , et la raison se tait.

SÉIDE

Tu le prouves du moins... mais on s'approche... écoule. On \ient...

346 BOABDIL

ABENHAMET.

C'est Zoiaide , oui , c'est elle sans doute.

SÉIDE

Mais n'allons pas , avant de nous en assurer, Par un funeste espoir nous laisser égarer; Eloiguons-nous...

ABENHAMET.

Séide, oh! ciel ! que peux-tu dire?

SÉIDE

Viens, malheureux, crois-en la crainte qui m'inspire . Songe qu'un autre qu'elle ici peut te chercher ; Dans ce doute fatal , tremble de t'approcher !

Viens !

(Il l'entraîne. )

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