ACTE II , SCÈNE Ilï
ZORAIDE.
Moi l'appeler ! jamais : quelle horreur m'environne î Si tu peux deviner tout ce que je soupçonne , S'il t'est possible encor d'échapper au trépas , Fuis , te dis-je ! en ces lieux je ne t'attendais pas!
ABENHdfMET , tirant de son sein un bouquet , le montre à Zoraïdc.
Tu ne m'attendais pas ? quoi ! ces fleurs , ce message Qui d'un reste d'amour m'avait semblé le gage , N'était pas de toi ?
(11 rejette loin de lui le bouquet avec colère.) (1) ZORAIDE.
Non , je le jure , mon Dieu !
Fuis, ou laisse-moi fuir; Abenhamet, adieu!
ABENHAMET.
Tu ne m'attendais pas ? Oh ! ciel !
INÈS
Venez , madame.
ÀBBINHâMëT , saisissant fortement la maiu de Zoraïde.
Reste ! tu viens d'ôter la pitié de mon âme. Je sens presque, à l'horreur dont je suis agité, Que je verrais ta mort avec tranquillité ! Oui!
INÈS
Venez.
ZORAIDE.
L'insensé ! le désespoir l'égaré.
Je ne puis
(1) Les Orientaux se parlaient par fleurs.
550 BOABDIL
ABENHAMET.
Que' que soit le sort qu'on me prépare , Je l'attends ! sous mes pas l'abîme peut s'ouvrir.
ZORAIDE.
Fuis !
ABENHAMET.
Crois-tu que je tremble , au moment de mourir ? Qu'ai-je , pour aimer seul , tant besoin de la vie ? La tombe est désormais l'asile que j'envie. Va , tu creusas la mienne en trahissant ta foi ; Elle va m'être au moins plus fidèle que toi.
ZORAIDE.
Ah ! cruel ! de quels coups vous venez de m'alteindre j Vous ne m'épargnez pas !
Moi ! j'ai tort de me plaindre.
Boabdil en effet dut l'emporter sur moi : Oui , tu m'as dû trahir, car je ne suis pas roi.
ZORAroE.
Le malheureux !
ABENHAMET.
Croyez aux serraens d'une femme !
Quand l'espoir d'être aimé vous brûle de sa flamme , Laissez-la vous jurer un amour éternel ; Voyez , pour vous unir, se préparer l'autel ; Et puis , qu'il vienne un roi dans sa grandeur suprême , Pour présent d'hymcnée offrant un diadème , Dussiez-vous être aimé , dût-il être haï , Qu'il vienne un roi, vous dis-jc , et vous serez trahi î
ZORAIDE.
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