‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 181 sur 264 · ACTE II , SCEÎSE III. 00 I · texte numérisé non relu

ACTE II , SCEÎSE III. 00 I

âBëNIIAMET.

Mon Dieu , ne peux-tu ra'arracher la mémoire De ces temps de bonheur où je n'aurais pu croire Que celle que j'aimais dût préférer, un jour, La couronne à mon cœur, la puissance à l'amour?

ZORAIDE.

JNon ! TOUS ne croyez pas qu'hélas! je les préfère ; Qu'un trône , des grandeurs, sans vous puisse me plaire. Vous le dites en vain, j'en atteste les cieux ! Vous ne le croyez pas : vous me connaissez mieux.

ABEMIAJIET.

Alors , à Boabdil pourquoi l'cs-tu donnée ?

ZOP.AIDE.

Pourquoi? quand à l'autel où je me suis traînée ,

J'ai pu, malgré mon cœur, l'accepter pour époux j Savez-vous , malheureux , qui m'y forçait ?

ABENHAMET.

ZORAIDE.

Qui?

Vous!

ABENHAMET.

Moi ! comment? qu'as-tu dit ?

ZORAIDE.

Oui , toi , dont la victoire Avait , dans son caprice , osé trahir la gloire ; Qui , vaincu, sans défense, allais, dans ton malheur, Perdre , hélas ! à la fois l'existence et l'honneur. D'impatiens bourreaux préparaient ton f upplicej Eh bien ! je t'ai trahi : cet affreux sacrifice ,

352 BOABDIL

Quand la mort l'attendait, je l'ai dû consommer, Pour te sauver ainsi , qu'il a fallu t'aimer !

ABENAMET, avec humeur.

Et pourquoi les as-tu sauvés , ces jours horribles ? Ces jours à supporter désormais impossibles? Qui te l'a dit ? moi-même , en te rendant ta foi , Voulant vivre, ai-je été te crier : sauve-moi? Si Boabdil a pu , dans sa fausse clémence , Au prix de mon bonheur vendre mon existence , Tu cherchais une cause à tes lâches amours : Et je n'accepte pas ce présent de mes jours.

Vous êtes bien crueL

ABENHAMÉT.

Dis plutôt bien coupable.

Pardonne ! je m'égare , et la douleur m'accable. Si tu pouvais savoir jusqu'où vont mes regrets , Je sens que , par pitié , tu me pardonnerais.

(Pendant les derniers mots d'Abenhamet , Aly et les trois Zégris enlrenî sans être vus d'Abenhamet , de Zoraîde et d'Inès.)

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