‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 183 sur 264 · I. aS · texte numérisé non relu

I. aS

354 BOABDIL

ZOBAIDE.

Oui , soyez sans pitié,

Versez-le, tout ce sang que ma main a payé.

Vainement à la mort j'aurai cru vous soustraire;

Expirez à mes yeux, et comblez ma misère.

Quoi ! le malheur vous trouve abattu sous ses coups!

Faible femme , j'ai donc plus de force que vous !

j'ai pu ne pas mourir, et vous ne pourriez vivre !

Quoi ! le fier Boabdil lui-même vous délivre ,

C'est lui qui , de vous deux, seul est juste aujourd'hui ,

Et vous êtes pour moi plus barbare que lui !

Soyez-le , mais sachez que moi-même frappée ,

De celte arme fatale à vos mains échappée,

Sans la tombe avec vous je descends à l'instant.

Si vous l'osez encor, frappez-vous, maintenant.

Voilà votre poignard.

(Zoraide rend le poignard à Abenhamet.)

ABENHAMÉT, hésitant à reprendre le poignard.

Quelle est donc ta puissance?

D'où vient que cette main et frémit et balance; Que , par un mot de toi , mon bras est arrêté ? Tu m'aimes, Zoraide?

ZOMIDE.

En avez-vous douté ?

ABENHAMET , avec passion , et rejetant le poignard qui va tomber à côlé d'Aly, qni le rainass« et exprime par son geste une grande satisfaction.

Non ! je n'en doute pas ! nos deux cœurs sont les mêmes ;

Le mien interrogé me répond que tu m'aimes.

Eh bien ! assez hardis pour oser être heureux,

Oublions l'univers et vivons pour nous deux!

Viens, suis-moi, loin, bien loin. Pourvu qu'il nous rassemble,

Qu'importera l'asile oîi nous serons ensemble?

Toute terre est féconde , et tout ciel parfumé ,

Dans les lieux où l'on aime , où l'on se sent aimé.

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