ACTE II, SCÈNE IV
iiOPiAIDE , sans voir Aly et les trois Zégris.
Et moi , quand j'ai formé ces nœuds que je déteste ,
Sais-tu combien mon cœur s'est livré de combats ?
Non I deux fois dans sa vie on ne les ressent pas ,
Ces craintes , ces tourmens qu'en vain on voudrait rendre ,
Que celui qui les souffre , hélas ! peut seul comprendre !
ABENHAMET.
Va , s'il était un mot qui pût donner la mort , Ce que je viens d'entendre aurait fini mon sort. Quoi ! tu ne sais donc point de parole qui tue ? La mort ne vient donc pas quand elle est attendue ? Comme elle tarde ! Eh bien ! il la faut devancer ! Il faut enfin
ZORAIDE , lui arrachant le poignard.
Oh ciel ! quel odieux penser, Tout mon sang vers mon cœur se retire et se glace ! Malheureux !
ABENHAMET.
De mes jours que veux-tu que je fasse ? Loin de tout ce qu'il aime , et de honte accablé , Est-il quelque bonheur qui reste à l'exilé? Irai-je défier, pour lutter de courage , A défaut d'ennemis , quelque tigre sauvage ? Irai-je , quand c'est toi , c'est l'honneur que je perde, Fatiguer de mes cris les échos des déserts ? Non ! j'ai perdu le droit de servir ma patrie : C'est un bien que la mort , quand la gloire est flétrie. J'avais cru pouvoir vivre , et je suis détrompé. Des plus horribles coups le destin m'a frappé; L'existence est pour moi d'u^n poids insupportable ; Et puisque dans mon sort tout espoir est coupable, Laisse-moi donc mourir !