ZORAÏDE
Qui, moi? moi , mériter le malheur par le crime ! De quel égarement êtes-vous la victime ? Avez-vous pu penser qu'à ce cœur abattu L'infortune ferait oublier la vertu ?
Non , ne l'espérez pas ; à mes sermens fidèle , Je serai malheureuse , et non pas criminelle.
ABENHAMET.
J'ai pu te proposer de trahir ton devoir ?
De me suivre? Ah ! mou cœur, s'il l'a pu concevoir,
Désavoue à jamais ce projet condamnable.
Je sais trop bien t'aimer, pour te rendre coupable.
Mais, avant de partir, que du moins, pour adieu,
J'entende un mot d'amour, un mot.... bientôt , grand Dieu !
L'Africain doit me voir sur son brûlant rivage.
J'y veux pour mes tourmens emporter du courage;
Oh ! donne-m'en ! sans toi , sous le ciel du désert ,
Je vais souffrir encor plus que je n'ai souffert.
Quand l'honneur m'y défend jusques à l'espoir même ,
Zoraïde , qu'au moins je me dise : elle m'aime !
Oh ! dis-moi qu'il n'est pas d'absence pour le cœur ;
Dis-le-moi , j'ai besoin de ce dernier bonheur.
ZORAIDE.
Oui ! ma douleur m'arrache à ma contrainte extrême. Pars, ne crains rien du temps, de l'espace, je t'aime !
356 «OABDIL.
Je t'aimerai * pars, cède à l'honneur, au devoir ; Pars, je croirai toujours et t'enteudre et te voir T Va , je puis supporter l'épreuve de l'absence , Oh ! oui , ton souvenir me rendra ta présence ' A toute heure , en tout lieu , je te retrouverai.
(Montrant son cœar.) C'est là , c'est dans mon cœur que je te reverrai. Tu pars , mais c'est en vain , je te suivrai de l'âme; Je croirai près de toi , sous un ciel tout de flamme , Respirer l'air brûlant qu'on respire au désert ; Je croirai.... Ciel ! que dis-jc ? oh ! ma tête se perd ! Quai-je fait?
ABENHAMET.
Zoraïde , oh ! parle ! dis encore Que tu m'aimes ! Ta voix, cette voix que j'adore , Est si touchante ! un mot , un encor par pitié !