ACTE III , SCÈNE III
Mon cœur est jeune encore et mon front seul est ■vieux. Mais j'ai perdu pour vous le prestige des yeux. Cet amour, qui trois ans s'irrita dans mon âme, Lorsqu'il fait bouillonner tout mon sang qu'il enHarame , N'excite, hélas ! en vous qu'un sentiment d'horreur. Tremblez à votre tour d'exciter ma fureur ! Tremblez de prolonger ce refus qui m'outrage ! Sur le point d'éclater, n'attirez pas l'orage ; Songez qu'en ce moment je dois être écouté ; Songez qu'on permet tout à la nécessité.
ZORAIDE.
Jamais le déshonneur ne devient nécessaire.
ALY
Mais la mort vous attend !
ZORAIDE, dignement.
Mais moi , je la préfère :
Mon cœur a peur du crime et non de l'échafaud.
C'est votre dernier choix ? c'est votre dernier mot ?
ZORAIDE.
Oui.
ALY
Refuser l'amour, c'est accepter la haine ! ZORAIDE.
C'est refuser le crime y en acceptant la peine !
ALY, avec rage.
Ce mépris, de mes feux vient d'étouffer l'ardeur ! Je ne suis plus enfin que votre accusateur. Connaissez désormais quel est votre partage : Sachez que rien ne peut vous soustraire à ma rage ;
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Que j'ai dû tout prévoir et que j'ai tout prévu ;
Qu'introduit en ces lieux personne ne m'a -vu ;
Qu'un passage secret m'a servi pour m'y rendre ;
Qu'un signal que j'attends , que seul je puis comprendre ,
Va m'indiquer l'instant où je dois en sortir.
Rien ne peut m'accuser, ne peut me démentir.
Je ne suis pas de ceux qui se laissent surprendre ,
Madame , et contre vous je puis tout entreprendre.
D'autant plus que , certain de mon impunité,
Ma haine peut agir en pleine liberté!
Vous périrez tous deux, mais d'une mort terrible ,
Infâme !.... Et moi , fidèle à ma vengeance horrible ,
J'irai.... N'espérez pas que sur votre tombeau ,
J'en éteigne jamais le funeste flambeau !
D'un reproche odieux flétrissant votre gloire ,
Vous poursuivant encor, c'est sur votre mémoire
Que je me vengerai , quand -vous ne serez plus v
Et voilà de quel prix je paîrai vos refus î
ZORAIDE.
Ah ! Je ne puis , hélas î prouver mon innocence ; Et vous accomplirez cette injuste -vengeance. Mais, quels que soient les maux que je souffre en ce jour> Je les préfère encore à -votre indigne amour ! Mon cœur est pur; s'il faut qu'aujourd'hui je succombe , Votre -victime en paix descendra dans la tombe. Calme , sur l'écbafaud je recevrai la mort : Car on meurt sans effroi , quand on meurt sans remord ! (Ici un refrain guerrier se fait entendre dans le lointain ; Aly tressaille.)
ALY
(A part.) (Haut.)
Le signal !.... Pour vos maux vous aurez du courage; Mais des siens, dites-moi, soutiendrez-vous l'image? Pourrez-vous, sans frémir, voir cet être adoré, Dans sa longue torture expirer par degré ,