‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 195 sur 264 · ACTE III , SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE III

Mon cœur est jeune encore et mon front seul est ■vieux. Mais j'ai perdu pour vous le prestige des yeux. Cet amour, qui trois ans s'irrita dans mon âme, Lorsqu'il fait bouillonner tout mon sang qu'il enHarame , N'excite, hélas ! en vous qu'un sentiment d'horreur. Tremblez à votre tour d'exciter ma fureur ! Tremblez de prolonger ce refus qui m'outrage ! Sur le point d'éclater, n'attirez pas l'orage ; Songez qu'en ce moment je dois être écouté ; Songez qu'on permet tout à la nécessité.

ZORAIDE.

Jamais le déshonneur ne devient nécessaire.

ALY

Mais la mort vous attend !

ZORAIDE, dignement.

Mais moi , je la préfère :

Mon cœur a peur du crime et non de l'échafaud.

C'est votre dernier choix ? c'est votre dernier mot ?

ZORAIDE.

Oui.

ALY

Refuser l'amour, c'est accepter la haine ! ZORAIDE.

C'est refuser le crime y en acceptant la peine !

ALY, avec rage.

Ce mépris, de mes feux vient d'étouffer l'ardeur ! Je ne suis plus enfin que votre accusateur. Connaissez désormais quel est votre partage : Sachez que rien ne peut vous soustraire à ma rage ;

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Que j'ai dû tout prévoir et que j'ai tout prévu ;

Qu'introduit en ces lieux personne ne m'a -vu ;

Qu'un passage secret m'a servi pour m'y rendre ;

Qu'un signal que j'attends , que seul je puis comprendre ,

Va m'indiquer l'instant où je dois en sortir.

Rien ne peut m'accuser, ne peut me démentir.

Je ne suis pas de ceux qui se laissent surprendre ,

Madame , et contre vous je puis tout entreprendre.

D'autant plus que , certain de mon impunité,

Ma haine peut agir en pleine liberté!

Vous périrez tous deux, mais d'une mort terrible ,

Infâme !.... Et moi , fidèle à ma vengeance horrible ,

J'irai.... N'espérez pas que sur votre tombeau ,

J'en éteigne jamais le funeste flambeau !

D'un reproche odieux flétrissant votre gloire ,

Vous poursuivant encor, c'est sur votre mémoire

Que je me vengerai , quand -vous ne serez plus v

Et voilà de quel prix je paîrai vos refus î

ZORAIDE.

Ah ! Je ne puis , hélas î prouver mon innocence ; Et vous accomplirez cette injuste -vengeance. Mais, quels que soient les maux que je souffre en ce jour> Je les préfère encore à -votre indigne amour ! Mon cœur est pur; s'il faut qu'aujourd'hui je succombe , Votre -victime en paix descendra dans la tombe. Calme , sur l'écbafaud je recevrai la mort : Car on meurt sans effroi , quand on meurt sans remord ! (Ici un refrain guerrier se fait entendre dans le lointain ; Aly tressaille.)

ALY

(A part.) (Haut.)

Le signal !.... Pour vos maux vous aurez du courage; Mais des siens, dites-moi, soutiendrez-vous l'image? Pourrez-vous, sans frémir, voir cet être adoré, Dans sa longue torture expirer par degré ,

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