‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 202 sur 264 · ACTE IH, SCENE IX. O · texte numérisé non relu

ACTE IH, SCENE IX. O

Qui ne l'aurait pas dite un ange de candeur?

Ils me paîront bien cher cette fatale erreur !

D'un scrupule insensé je brise enfin la cliaîue :

Le crime s'apprend vite, enseigné par la haine '

Tremble , couple odieux ! Boabdil aujourd'hui

Va mériter l'horreur que tu ressens pour lui.

Et vous qui m'insultez , vous , fiers Abencerragcs,

Vous, dont j'ai trop long-temps supporté les outrages ,

Qui vous applaudissant d'un horrible dessein ,

Aiguisez vos poignards pour en percer mon sein....

Eh bien ! j'entre avec vous dans la lice du crime 1

Mais , si vous n'y cherchez qu'une seule victime ,

Je sens que , plus avide , à mon juste courroux

Je ne satisferai qu'en vous immolant tous.

Si vous m'osez braver, si devant ma pnissance

Ne peut qu'en frémissant fléchir votre insolence ,

Sous le joug de la mort , vos fronts humiliés ,

Abaissés par le fer, vont tomber à mes pieds.

Et toi , parjure épouse , indigne Zoraïde ,

Tremble I j'ai soif de sang ! tremble ! ton cœur perfide

Va bientôt palpiter tout fumant dans mes mains !

(U va pour s'élancer vers l'appartement dc^Zoraï(lc,Aly lui barre le chemin.)

ALY

Non , la raison s'oppose à de pareils desseins ! Reste ; dans ton délire , oh ! ciel ! que vas-tu faire ? Au châtiment des lois veux- tu donc les soustraire ?

BOABDIL

Et toi , prétends-tu donc exciter ma pitié ?

ALY

En les frappant ainsi , tu fais grâce à nioitiO.

BOABDIL Comment ?

578 BOABDJÏ..

ALY

Leur mort en vain serait terrible et prompte , Les punir en secret , c'est leur sauver la honte.

BOABDIL

Je la leur sauverais ! Oh ! oui , je te conçois. Qu'on les traîne tous deux au tribunal des lois ! Qu'on exerce sur eux une horrible justice! Je veux qu'aucun tourment ne manque à leur supplice. Je veux.... De quelque mort qu'on les fasse périr, On ne leur rendra pas ce qu'ils me font souffrir ! Oh ! je brûle , j'étouffe '

ALY

• Ah ! reprends ton courage.

BOABDIL

Je me sens suffoqué de douleur et de rage ! Je pleure, Dieu puissant ! je pouvais donc pleurer? Ah ! vengeance î

Où vas-tu te laisser égarer ?

EcoutCj par ma voix, la raison qui t'implore....

BOABDIL

Une fièvre terrible est là , qui me dévore. Je n'ai jamais senti de pareilles douleurs !

(il reste un moment sans parler, et saisissant la main d'Aly avec force : ) Viens ! c'est par leurs tourmens qu'ils vont payer mes pleurs.

(Ils sortent. La toile tombe.)

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