ACTE IH, SCENE IX. O
Qui ne l'aurait pas dite un ange de candeur?
Ils me paîront bien cher cette fatale erreur !
D'un scrupule insensé je brise enfin la cliaîue :
Le crime s'apprend vite, enseigné par la haine '
Tremble , couple odieux ! Boabdil aujourd'hui
Va mériter l'horreur que tu ressens pour lui.
Et vous qui m'insultez , vous , fiers Abencerragcs,
Vous, dont j'ai trop long-temps supporté les outrages ,
Qui vous applaudissant d'un horrible dessein ,
Aiguisez vos poignards pour en percer mon sein....
Eh bien ! j'entre avec vous dans la lice du crime 1
Mais , si vous n'y cherchez qu'une seule victime ,
Je sens que , plus avide , à mon juste courroux
Je ne satisferai qu'en vous immolant tous.
Si vous m'osez braver, si devant ma pnissance
Ne peut qu'en frémissant fléchir votre insolence ,
Sous le joug de la mort , vos fronts humiliés ,
Abaissés par le fer, vont tomber à mes pieds.
Et toi , parjure épouse , indigne Zoraïde ,
Tremble I j'ai soif de sang ! tremble ! ton cœur perfide
Va bientôt palpiter tout fumant dans mes mains !
(U va pour s'élancer vers l'appartement dc^Zoraï(lc,Aly lui barre le chemin.)
ALY
Non , la raison s'oppose à de pareils desseins ! Reste ; dans ton délire , oh ! ciel ! que vas-tu faire ? Au châtiment des lois veux- tu donc les soustraire ?
BOABDIL
Et toi , prétends-tu donc exciter ma pitié ?
ALY
En les frappant ainsi , tu fais grâce à nioitiO.
BOABDIL Comment ?
578 BOABDJÏ..
ALY
Leur mort en vain serait terrible et prompte , Les punir en secret , c'est leur sauver la honte.
BOABDIL
Je la leur sauverais ! Oh ! oui , je te conçois. Qu'on les traîne tous deux au tribunal des lois ! Qu'on exerce sur eux une horrible justice! Je veux qu'aucun tourment ne manque à leur supplice. Je veux.... De quelque mort qu'on les fasse périr, On ne leur rendra pas ce qu'ils me font souffrir ! Oh ! je brûle , j'étouffe '
ALY
• Ah ! reprends ton courage.
BOABDIL
Je me sens suffoqué de douleur et de rage ! Je pleure, Dieu puissant ! je pouvais donc pleurer? Ah ! vengeance î
Où vas-tu te laisser égarer ?
EcoutCj par ma voix, la raison qui t'implore....
BOABDIL
Une fièvre terrible est là , qui me dévore. Je n'ai jamais senti de pareilles douleurs !
(il reste un moment sans parler, et saisissant la main d'Aly avec force : ) Viens ! c'est par leurs tourmens qu'ils vont payer mes pleurs.
(Ils sortent. La toile tombe.)