BOABDIL, ALY
BOABDIL , sans voir Aly.
Sans honte la perfide ainsi me déshonore î • Son crime est donc certain ? Que n'en doulé-je encore ! En \ain à ma raison mon cœur -veut obéir ; Quand on a tant aimé , qu'on a peine à haïr ! (Aly fait un monvemeut en regardant Boabdil ; il fait un pas ; Boabdil , averti par le bruit , se retourne.) Ah ! c'est toi ! — Que veux-lu ? Parle.
ALY
L'heure s'avance Où les juges chargtis de venger ton offense,
BOABDIL
Du glaive de la loi vont frapper ton rival. Peut-être profanant ce sacre tribunal , Ses frères, ajoutant l'effet à la menace ,
^°^* I' est plus que temps d'arrêter leur audace -,
Préviens-la. Pour leur mort quels ordres donnes-lu ?
BOABDIL, froidement.
Aucun. Sur cet arrêt j'ai changé ; je l'ai dû. Abenhamet mourra ; mais, juste en ma vengeance , Je ne confondrai pas le crime et l'innocence. Ils vivront.
ALY
Ciel ! qu'entends-je? en servant leur fureur. Toi-même à leurs poignards tu vas offrir ton cœur !
BOABDIL
Comment?
ALY
Il faut parler, dussé-je te déplaire , Boabdil, d'une crise horrible et nécessaire. Le moment est venu, demain serait trop tard. Dans un secret terrible admis par le hasard , Dieu , qui m'a sous tes pas fait découvrir l'abîme , Me destine peut-être à prévenir le crime ; Mais il faut dissiper tes doutes sur ma foi .
Eh bien ?
ALY
Roi de Grenade , on s'arme contre toi ; On menace les jours. Une tribu perfide Ya laisser éclater son complot régicide, Déjà les coups sont prêts ; il faut les délournei , Ou tu n'as qu'un raomcni pour vivre et pour régner.