‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 205 sur 264 · ACTE IV, SCÈNE I. T)Sl · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. T)Sl

BOABDIL

Arrête ! que dis-tu ? Qui , les Abenccrrages ? Eux dont jusqucs ici les généreux courages Ont soutenu la gloire et l'éclat de leur nom , S'abaisseraient ainsi jusqu'à la trahison? Cela ne peut pas être.

ALY, avec ironie.

Ah ! tu prends leur défense ; Déjà d'Abenhamet oublîrais-tu l'offense ?

BOABDIL

Moi , l'oublier ? grand Dieu '. Mais cet affreux rival , Un forfait semblait juste à son amour fatal : Trop souvent l'amour seul au crime nous décide. II a pu conspirer; mais eux, non.

ALY , avec intention.

Non ! Séide , Crois-tu qu'il fut aussi par l'amour égaré?

BOABDIL

Séide ! se pcul-il? Séide a conspiré ?

Qu'on l'appelle , je veux à l'instant le confondre ,

L'interroger moi-même...

ALY

II ne peut te répondre, Ce poignard l'a contraint au silence éternel.

BOABDIL

Mort, comment ? dans quels lieux i* ALY.

Au généralif.

BOABDIL

Ciel

0O2 BOABDIL

ALY, appuyant.

Séide, nouveau chef des fils d'Abencerragé.

BOABDIL, méditaat.

Leur nouveau chef!....

ALY

Eh bien ! t'en faut-il davantage i Et traitant mes soupçons de doutes superflus, Sûr de leur innocence....

BOABDIL, avec ane rage concentrée.

Oh ! non ! je n'y crois plus !"

ALY

Hélas ! je ne t'ai vu que trop long-temps y croire.

Quand je les accusais , tu m'opposais leur gloire.

Qu'ont-ils donc fait pour toi ? Jamais , jusqu'à ce jour.

Fiers citoyens , ont-ils par un seul cri d'amour

En public accueilli ton auguste présence ?

Non ! je l'interrogeais , cet orgueilleux silence ;

Il m'a depuis long-temps révélé leurs secrets.

D'un masque de vertu couvrant leurs noirs projets ,

Leur générosité , faussement populaire ,

A su gagner ton peuple , auquel il fallait plairei

Ce peuple qui toujours muet à ton aspect ,

Laisse éclater pour eux un insolent respect ;

Qui pour toi par degrés venu jusqu'à la haine ,

Croit encor la cacher et la déguise à peine.

Ramène son esprit un moment égaré....

BOABDIL

Si je ne suis pour lui qu'un objet exécré , Dois-je par un forfait recouvrer son estime ?

Page 1