SCÈNE PREMIÈRE
BOABDIL j seul, criant dès la coulisse. Il a l'air égaré , et' a un billet à sa ceinture.
Quoi ! ce sang odieux ne s'arrête donc pas ! De son horrible fange il souille encor mes pas !
4o4 BOABDIL.
Il coule donc partout , ce sang inépuisable ! Partout!... Et si la trace en est ineffaçable !... S'il en a réjailli quelque goutte sur moi !...
(Il regarde ses vêtenjens.) Mais non , je n'en ai pas... J*al cru , dans mon effroi , En sentir près du cœur une goutte brûlante... Hélas ! mon crime seul me suit et m'épouvante ! C'est lui qui dans mon âme a jeté tant d'horreur
(Il regarde autour de lui d'un air effrayé.) Mais, dans quels lieux encor m'a conduit ma fureur ! Quoi ! c'est partout la mort , ou l'apprêt d'un supplice ? Pour qui cet échafaud , ce bûcher, cette lice ? Pour elle ! Dieu puissant , pour elle ! Ala ! dans un jour Quels forfaits ont commis la vengeance et l'amour ! Combien de pas marqués sur le chemin du crime ! Elle \a donc mourir, et mourir ma victime? Mais, d'où vient ma pitié pour qui m'a pu trahir ? Ah ! j'ai perdu , je sens , le droit de te haïr ! Je ne puis que te plaindre , hélas ! d'être coupable ! Coupable ! l'es-tu bien ? Ciel , quel doute m'accable ! Si tu ne l'étais pas !... si ma crédulité.... Achève , Dieu puissant! je l'ai trop mérité. Que dans ce jour affreux ta céleste vengeance Me l'enlève, et m'apprenne après son innocence.