ACTE V , SCÈNE II. 4 o
Je ne te comprends pas.... et ce nouveau langage...
(D'uu air d'inlérêl.) Mais tu semblés troublé ; tes regards, ta pâleur... Tu souffres ?
BOiiBDIL, avec douleur.
Oui , beaucoup , ma souffrance est au cœui !
ALY
Ah ! fuis ces lieux !
BOABDIL
Pourquoi ? Celui qui fait le crime Ne se fuit pas lui-même en fuyant sa victime. En tout temps , en tout lieu , le coupable avec soi Empprle ses remords.
ALY
Des remords.... est-ce toi ?....
BOABDIL
Oui , c'est moi qui m'éveille et sors de mon délire. Trop serré sur mes yeux, le bandeau se déchire , J'y vois ! je me regarde et je me fais horreur. Combien elle a duré , ma détestable erreur ! Qu'après un tel sommeil le réveil est terrible ! Quand elle vient trop tard , la raison est horrible. Lorsque de son flambeau l'inutile clarté Me découvre l'abîme où je me suis jeté , Je n'en puis pas sortir !
ALY
Si ton sujet fidèle...
Pouvait te....
BOABDIL, avec inJignuliuu.
Quoi! viens-tu , dans ton funeste zèle ;
4o6 BOABDIL.
De mou cœur étouffant les trop justes regrets , Y chercher une place à de nouveaux forfaits ? Viens-tu me demander encor quelque vengeance ?
ALY
Ciel!...
BOABDIL, avec colère.
Qui t'avait donné ta fatale puissance ? À mes pas attaché , comme l'ange du mal , Dis, par quel talisman , quel prestige infernal , Fascinais-tu mes yeux dans ta cruelle adresse ? Ah ! ta seule magie était dans ma faiblesse. J'avais pris mon orgueil pour ma force, et de moi Tu n'as fait qu'un tyran, tu n'as pas fait un roi. Non , je ne suis pas roi ! vainement j'ai naguère Du trône, en ma fureur, précipité mon père. Dans leur sang généreux me plongeant forcené, Je suis de mes sujets le bourreau couronné !
ALY, à part.
Dieu! m'échapperait- il? Ce transport qui rauiinc...
BOABDIL, commuant.
A rimmortalilé condamné par mon crime.
Trop illustre coupable, oui, je le sens, hélas !
Dans la postérité l'on ne m'oublîta pas.
Qu'ai-jc fait, Dieu puissant! dans ma funeste laga?
Hier î hier encor, les fils d'Abencerrage
Pouvaient, impatiens de triomphes nouveaux.
Fiers enfans du désert , marcher sous mes drapeaux ,
Dans leur fraternité de force et de courage !
Hier !.... et c'est demain , que le combat s'engagt I
Et demain , pour lépoudie au belliqueux appel ,
Se réveillerout-ils du sommeil éternel ?
Se rendront-ils encore à leur poste de gloire?
Non! retranchés pat moi des rangs de la victoire,