ACTE V, SCÈNE X
Le ciel a prononcé contre l'accusateur, Et la loi du combat te déclare vainqueur : Mortels , reconnaissez la céleste justice.
(Aux esclaves.) Qu'on détruise à l'instant les apprêts du supplice !
(Les nègres emportent leurs torches , des esclaves défont le bûcher.) Mais, ce Zégri se meurt; soutenez-le, soldats; Le monstre doit l'aveu de ses noirs attentats.
(Les soldais s'approchent d'Aly qui les repousse et fait un effort pour se redresser.) Aux yeux de l'Eternel lorsque tu vas paraître , Zégri , la vérité doit se faire connaître; Je la demande au nom du ciel et de la loi. J'attends.
ALY
Oui , cette femme a respecté sa foi.
Je l'aimais. C'est moi seul dont la flamme jalouse Voulut de Boabdil déshonorer l'épouse.
Et ses nobles refus ont doublé ma fureur. Comme elle, son amant fut fidèle à l'honneur ; Et si devant Jaën, dans l'attaque dernière, Abenhamet vaincu perdit notre bannière, Eh bien ! c'est que j'avais , trahissant mon pays , Découvert en secret sa marche aux ennemis.
(Ici le chevalier qui est resté contre la barrière , pousse un cri étouffé.)
IBRAHIM , aux gardes.
Qu'on aille délivrer le chef abencerrage. De l'arrêt qui l'atteint cet aveu le dégage. Qu'on vole à sa prisoB !
ALY
Il n'en est pas besoin , Tu peux leur épargner cet inutile soin.
IBRAHIM
Comment ?
420 BOABDIL
ALY
Loin de ces murs en protégeant sa fuite , Je l'ai fait échapper, pour l'immoler ensuite. Il n'est plus !
ZORAIDE i à part.
Dieu!
ALY, commençant h parler avec peine.
J'ai dû m'assurer aujourd'hui Que ma mort deviendrait inutile pour lui. Et ce secret qu'ici ma bouche vous révèle, Avec moi descendu dans la nuit éternelle , S'il existait encor, vous ne le sauriez pas.
IBRAHIM
Malheureux !
ALY, faisant tous ses etforts pour se faire entendre.
Mais déjà , pour entraîner mes pas ,
L'ange du noir séjour et m'appelle et s'avance.
Jusqu'au dernier instant fidèle à ma vengeance ,
J'ai vécu pour la haine et j'ai rempli mon sort.
(Il se lait un moment , se soulève , et , rassemblant toutes ses forces , dit :)
Adieu donc à la vie ! et salut à la mort !
(Il tombe.]
IBRAHIM
Esclaves, approchez ; hors d'ici qu'on l'entraîne !
(Les esclaves emportent le corps d'Aly.)