‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 237 sur 264 · SUR LA LECTURE DE MA TRAGEDIE · texte numérisé non relu

SUR LA LECTURE DE MA TRAGEDIE

— Suis -je acceptée , monsieur ?

— Non , mademoiselle , ces messieurs vous refusent. Moi seul ai été pour -vous ; mais une voix ne pouvait l'emporter sur celles de ces messieurs. Ils ont signé une lettre de refus : je me suis opposé à ce qu'elle tous soit envoyée , j'ai préféré , par égard pour vous, mademoisellq, vous dire mei-même ce qu'ils ont décidé , car je ne suis pas dans l'habitude d instruire verbalement les auteurs de la décision du comité.

— Quel est le sujet du refus , monsieur ?

— Mademoiselle, c'est au génie à le deviner.

— Mais , monsieur, il me semble qu'un refus doit être motivé ; et , puisque vous refusez de m'en instruire, Je vous dirai que je sais que .MM. Monrose , Joanny et Granville, ont accepté ma tragédie, et que vous seul avez été contre moi.

— Vous avez donc vu quelqu'un, mademoiselle? s'écria-t-il tout troublé. »

Cette phrase maladroite l'accusait ; mais je crois qu'il la prononça malgré lui.

« Je sais encore, monsieur, qu'un comité doit être de sept ou de cinq ; je demande une autre lecture.

— Vous l'aurez, mademoiselle, si vous croyez qu'on n'ait pas agi légalement avec vous. Cependant un membre , souvent, suffit pour accepter une pièce.

— Si un membre suffit , comment se fait-il que vous trouviez incompélens les trois qui m'ont acceptée ? Eh bien ! monsieur, si j'ai la majorité du comité?...

— Eh bien! mademoiselle , vous serez acceptée.

— Me ferez-vous jouer, monsieur?

— Non , mademoiselle.

— Et pourquoi, s'il vous plaît ?

— Parce que je ne suis pas convaincu que vous puissiez attirer la foule.

— Mais, monsieur, mon jiom est déjà bien connu, et vousmême m'avez dit que c'était une puissante recommandation.

— Cela ne fait rien, mademoiselle.

— Cependant le nom d'une femme a valu un brillant succès à la Belle Fermière.

— Vous êtes dans l'erreur, mademoiselle , c'est que la Belle Fermière est une pièce du plus grand mérite , et que c'est à ce mérite qu'elle a dû les huit cents représentations qu'elle a eues aux Français.

■— Eh bien ! monsieur, si ces considérations ne sont rien , je pense que la magnificence des décors et la pompe de la représentation sont quelque chose pour le public.

— Non , madeinoiselle.

— Quoi ! monsieur, tout le luxe oriental , uni à ce magnifique palais de l'Alhambra , ce jardin du généralit, si vanté , et cette belle place de l'Albaysin, ne pourraient piquer la curiosité de personne ?

— Non , mademoiselle : je vous mettrais tout Grenade sur la scène que pas une personne ne sortirait de chez elle pour l'aller voir.

— Mais si ma tragédie réunit les avantages que lui ont trouvés ces messieurs , c'est pourtant une chance de succès.

— Vous êtes dans l'erreur, mademoiselle, cela ne fait rien.

— Alors, monsieur, soyez donc assez bon pour m'indiquer les corrections qu'il faut que je fasse à ma pièce, afin que vous ne vous opposiez plus à sa représentation.

— Je ne m'y opposerais pas, mademoiselle, si je pouvais me persuader qu'elle pût me faire faire de l'argent.

— Eh ! pourquoi en douter, monsieur ?

— C'est qu'il n'y a pas conviction chez moi , mademoiselle.

— Oh! ne soyez pas insensible à la prière d'une pauvre jeune fille qui vous implore pour sa mère; songez que je suis son seul soutien....

— Mademoiselle , je n'ai plus rien à vous dire.

Maman, qui pendant toute cette scène avait gardé le silence, me dit alors :

« Sortons i tu ne parviendrais pas à convaincre monsieur.

— Madame, répondit M. Taylor, taisez-vous , vous n'ayez

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