‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 245 sur 264 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JANE, GILFORT.

JANE

Ami, que parles-tu d'une autre destinée Pure comme nos cœurs s'écoulant fortunée? Quand ma vie est unie à celle de Gilfort, Puis-je dans mes désirs rêver quelque autre sort? Je trouve l'univers auprès de ce que j'aime. Ah ! contre le pouvoir, contre le sceptre même , Va , je ne voudrais pas échanger mon bonheur.

GILFORT.

Je connais , comme toi , ce qu'éprouve ton cœur. Non , tu n'as pas besoin que l'éclat l'environne ; Pourtant qu'il serait beau, paré d'une couronne, Ce noble front empreint d'amour et de candeur.

JANE

Mon ami, le repos fuit loin de la grandeur. Si le ciel avait dû m'asseoir au rang suprême , Si je devais sentir le poids d'un diadème , Lorsque mille tourmens me viendraient alarmer, Pourrais-je consacrer tous mes jours à t'aimer ? Malgré soi , la puissance est toujours inquiète ; Le trône ne vaut pas le prix dont on l'achète , Mais toi , qui t'a dicté ce langage inconnu ? Quel vœu d'ambition dans ton âme est venu ? Toi qui , ne désirant qu'une obscure fortune , Voyais dans la grandeur une charge importune , Qui , fier et satisfait du nom de mon époux. N'avais trouvé que moi dont tu fusses jaloux ?

GILFORT.

Pourquoi donc m'accuser ? Ton ami trouve encore

L'objet de son orgueil dans celle qu'il adore ;

C^templant enivré tant de grâce et d'attraits ,

Crmort te semble-t-il , lorsqu'il t'aime à jamais ,

Coupable de penser en voyant son amante

Qu'il manque une couronne à sa tête charmante?

De beautés , de vertus , assemblage parfait ,

Pour être à tes genoux, le monde semble fait.

Je voudrais , ah I pardonne au respect qui m'entraîne ,

Comme épouse , t'aimer, te servir comme reine ,

Comme amant et sujet, obéir à tes lois.

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